Enfants de poussière de Craig Johnson

« Nous étions tous les deux enfuis le plus loin possible de la guerre, jursqu’aux franges de notre société, mais le Vietnam nous avait fatigués… »

Craig Johnson nous livre le quatrième opus de sa série Walt Longmire. Son shérif préféré.
Après « Little Bird » (lauréat du Prix du Roman Noir du Nouvel Observateur), « Le Camp des Morts » (lauréat du Prix 813)
et « L’Indien blanc », tous publiés chez les très recommandables éditions Gallmeister dans la collection Noire.
Les habitués seront ravis de retrouver Walt, son inséparable ami Henri Standing Bear (surnommé « La Nation Cheyenne »), sa fille Cady, sa secrétaire et standardiste Ruby, sa (très chère) collègue Vic et…et…son Wyoming.
Les novices se feront un plaisir non dissimulé de découvrir cet efficace et attachant casting.

Le Wyoming, parlons-en. Ouest des Etats-Unis. Capitale : Cheyenne.
De grandes étendues de plaines et des montagnes magiques, les BigHorn Mountains. C’est (c’était) la terre ancestrale des Indiens Sioux et Cheyennes.
Les blancs « avaient efficacement mis fin au monde de vie nomade de la nation cheyenne. »
Terre des crotales…aussi. Méfiez-vous où vous mettez les pieds !

Les américains ont de l’Histoire à se reprocher.
Les auteurs américains savent écrire pour exorciser le terrible passé de leur pays. Les Indiens massacrés et le Vietnam, par exemple.
Entre autres…
Leur littérature, souvent avec talent, sait donner corps, avec des mots, aux fantômes, aux ombres, aux hontes, aux peurs, aux cauchemars…
Comme dans l’halluciné « Méditations en vert » de Stephen Wright.

Peut-être devrions-nous « en prendre de la graine » ?
La littérature française d’aujourd’hui peine encore à évoquer, à parler de son Histoire : collaboration durant la deuxième guerre mondiale ou guerre d’Algérie. Entre autres…
(A noter le remarquable « Monsieur le Commandant » de Romain Slocombe, tout de même !)

Walt Longmire est le shérif du comté d’Absaroka, dans le Wyoming.
La cinquantaine toujours fringante, amateur de jazz à la Fats waller (il pianote un peu), veuf, une fille.
« Lorsque j’ai créé le personnage de Walt, je voulais qu’il soit sympathique, intelligent, drôle, mais je voulais aussi qu’il ait un bon niveau culturel, parce que j’espérais que les lecteurs auraient eux-mêmes un certain niveau de connaissance en littérature, et qu’ils se reconnaîtraient dans ce personnage. »

Son paradis sur Terre : « …un lieu à l’autre bout du monde…un passage ordinaire entre deux parois rocheuses rouges pas ordinaires où des personnages peu recommandables avaient trouvé un endroit par lequel faire passer le bétail volé, des truites grasses qui jouaient de leur queue puissante dans l’eau transparente et glaciale…chez moi, un endroit où les sommets couverts de neige veillaient sur nous. »
Au loin les BigHorn Mountains.
Tout près, le ranch de Craig Johnson construit des ses mains sur les contreforts des BigHorn Mountains…son paradis sur Terre.
Il s’occupe de ses chevaux, de ses chiens et de Walt Longmire.
Il est lauréat du Tony Hillerman Mystery Short Story Contest.
(Tony Hillerman, cher amateur de polar, vous connaîssez j’espère, non ?)

Mais revenons à nos enfants de poussière.
Les enfants de poussière (« dust child ») désignent ces enfants non désirés, nés pendant la guerre du Vietnam, rejetés par la société, comme leurs mères, souvent accusées d’être des prostituées.

Le corps d’une jeune Asiatique étranglée est retrouvée en bordure de route par les frères James et Den, deux ranchers célibataires endurcis…très endurcis même.
Dans le sac de la victime : une vieille photo de notre bon Walt Longmire prise quarante ans plus tôt dans un bar malfamé de Saïgon.
Bar à « putes » joliment nommé le « Boy-Howdy Beau-Coups Good Time Lounge ». Sur cette photo, Walt pose à côté d’une belle vietnamienne.
« Je sortis la photo de la doublure trempée du sac à main et la retournait pour la regarder. Elle était vieille et décolorée par le soleil, les coins rebiquaient là où l’eau avait imprégné le papier. C’était un instantané d’une femme asiatique perchée sur un tabouret de bar. Elle lisait le journal et un homme était assis devant un piano à sa droite. Il tournait le dos à l’objectif. Il portait un treillis et son visage était un peu caché. Il était grand, jeune, très musclé et il avait un visage d’ange joufflu et une coupe militaire. Et c’était moi. »

C’était en 1968, juste avant l’offensive du Têt, dans le Sud-Vietnam, qui fera vaciller les forces américaines et basculer l’opinion publique.
Le Têt, c’est la fête du Nouvel An vietnamien. Les attaques seront féroces. Une bataille se déroula même au sein de l’ambassade américaine à Saïgon.
Les manifestations pacifiques aux Etats-Unis vont durer jusqu’à l’accord de paix…en 1973 !
Dans le bourbier du Têt, Walt Longmire y était. Retour au bercail à la bannière étoilée avec quelques cicatrices, quelques médailles et beaucoup, beaucoup de fantômes pour peupler ses nuits…

L’enquête commence. Les suspects ne manquent pas. Les frères James et Den, ce géant indien Crow, Virgil White Buffalo, membre des tribus Crooked Staff et Crazy Dogs (un ancien du Vietnam qui vit sous un tunnel), le mystérieux Tran van Tuyen, distributeur aux Etats-Unis de films du marché asiatique, Phillip Maynard, barman à la Harley rutilante du Wild Bunch Bar et, et…Walt Longmire lui-même !
A vous de choisir…Suivez la piste…

Au fil des pages, Craig Johnson nous promène (nous balade) dans les bordels moites de Saïgon, la jungle étouffante de napalm, des brûlants canyons infestés de serpents à sonnettes, une ville minière abandonnée, hantée par des mineurs ensevelis vivants sous un coup de grisou.

« Les serpents à sonnettes muent en août. Leurs yeux se voilent et ils éprouvent de l’inconfort, ils sont contrariés et s’attaquent à tout ce qui passe et contrairement à la croyance populaire, ils ne sonnent pas forcément avant de mordre. »

Je vous avais prévenu, méfiez-vous où vous mettez les pieds…

Dans les polars de Craig Johnson les personnages sont vite attachants.
Avec leurs courages et leurs faiblesses.
Ils vivent avec la nature, avec leurs natures, avec leurs mauvaises consciences (la culpabilité de l’homme blanc colonial au lourd héritage de décimeur de peuples minoritaires), avec leurs fidèles amitiés, leurs fragiles amours, leurs petits train-train quotidiens…
La mécanique de l’intrigue est parfaitement huilée et les pages se tournent toutes seules.

« Tu te préoccupes moins des vivants que des morts. »

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Trilogie écossaise de Peter May

Je vous conseille sans restriction…

La trilogie écossaise de Peter May

avec le très attachant inspecteur Fin Macleod

Écrivain écossais, Peter May habite depuis une dizaine d’années dans le Lot Il a d’abord été journaliste avant de devenir l’un des plus brillants et prolifiques scénaristes de la télévision écossaise. Il y a quelques années, Peter May a décidé de quitter le monde de la télévision pour se consacrer à l’écriture de ses romans.

« L’île des chasseurs d’oiseaux » 2009

Marqué par la perte récente de son fils unique, l’inspecteur Fin Macleod, déjà chargé d’élucider un assassinat commis à Edimbourg, est envoyé sur Lewis, son île natale, où il n’est pas retourné depuis dix-huit ans. Un cadavre exécuté selon le même modus operandi que celui d’Edimbourg vient d’y être découvert. Sur cette île tempétueuse du nord de l’Ecosse, couverte de landes, où l’on se chauffe à la tourbe, pratique encore le sabbat chrétien et parle la langue gaélique, Fin est confronté à son enfance. La victime n’est autre qu’Ange, ennemi tyrannique de sa jeunesse. Marsaili, son premier amour, vit aujourd’hui avec Artair. Alors que Fin poursuit son enquête, on prépare sur le port l’expédition rituelle qui, chaque année depuis des siècles, conduit une douzaine d’hommes sur An Sgeir, rocher inhospitalier à plusieurs heures de navigation, pour y tuer des oiseaux nicheurs. Lors de son dernier été sur l’île, Fin a participé à ce voyage initiatique, qui s’est dramatiquement terminé. Que s’est-il passé alors entre ces hommes ? quel est le secret qui pèse sur eux et resurgit aujourd’hui ? Sur fond de traditions ancestrales d’une cruauté absolue, Peter May nous plonge au cœur de l’histoire personnelle de son enquêteur Fin Macleod. Fausses pistes, dialogues à double sens, scènes glaçantes : l’auteur tient le lecteur en haleine jusqu’à la dernière page.

« L’homme de Lewis » 2011

En rupture de ban avec son passé, Fin Macleod retourne sur son île natale de Lewis. La mort tragique de son jeune fils a pulvérisé son mariage, impuissant et résigné, il a quitté la police. La lande balayée par les vents, la fureur de l’océan qui s’abat sur le rivage, les voix gaéliques des ancêtres qui s’élèvent en un chant tribal : il pense pouvoir ici retrouver un sens à sa vie. Mais peu de temps après son arrivée, on découvre le cadavre d’un jeune homme, miraculeusement préservé par la tourbière pendant une cinquantaine d’année. Les analyses ADN relient le corps à Tormod Macdonald, le père de son amour de jeunesse Marsaili, et font de lui le suspect n°1. C’est une course contre la montre qui s’engage alors pour découvrir la vérité : l’inspecteur principal est attendu sur l’île pour mener l’enquête et il n’épargnera pas le vieil homme, atteint de démence sénile, dont les souvenirs s’effacent jour après jour. L’évocation de l’histoire personnelle de Tormad lève le voile sur un pan de l’histoire écossaise largement méconnue. Il faisait partie des «Homers» : ces enfants orphelins ou abandonnés que l’église catholique envoyait sur les îles Hébrides. Débarqués des ferrys, avec autour du cou une pancarte indiquant le nom de leur nouvelle «famille», ils constituaient surtout une main d’œuvre gratuite et un rempart contre la consanguinité qui frappait l’archipel. Au rythme des fulgurances qui traversent l’esprit malade du vieil homme, le passé ressurgit, douloureux, misérable, dramatique et permet l’identifcation du cadavre, qui vient mettre fn à des décennies de vengeance. Après L’île des chasseurs d’oiseaux (Rouergue, 2009), on retrouve ici avec bonheur la figure d’un enquêteur entier et émouvant, indécis à la croisée des chemins, tenté de construire son avenir sur les cendres du passé. L’Ecosse mystérieuse, majestueuse et sauvage est un écrin de rêve pour ces vies dans la tourmente, magistralement orchestrées par Peter May

« Le braconnier du lac perdu » à venir en septembre 2012

Depuis qu’il a quitté la police, Fin Macleod vit sur son île natale des Hébrides, à l’ouest de l’Écosse. Engagé pour pourchasser les braconniers qui pillent les eaux sauvages des domaines de pêche, il retrouve Whistler, son ami de jeunesse. Le plus brillant des enfants de Lewis. Le plus loyal aussi qui, par deux fois, lui a sauvé la vie. Promis au plus bel avenir, il a pourtant refusé de quitter l’île où il vit aujourd’hui comme un vagabond ; sauvage, asocial, privé de la garde de sa fille unique. Et d’entre tous, il est le plus redoutable des braconniers. Quand Fin se voit contraint de le traquer, Whistler, de nouveau, l’arrache à la mort et le conduit jusqu’à un lac qui abrite depuis dix-sept années l’épave d’un avion. L’appareil, que tous croyaient abîmé en mer, recèle le corps d’un homme, assassiné.
Dans sa quête pour résoudre l’énigme, Fin opère un retour vers le passé qui le confronte aux trois femmes qui ont marqué sa vie : Marsaili qui a hanté toute son existence, Mairead à la voix pure qui a envoûté ses premières années d’homme, Mona dont l’a séparé pour toujours la mort tragique de leur fils.
Opus final de la trilogie de Lewis, Le Braconnier du lac perdu en est aussi le plus apocalyptique. Alors que ressurgissent les démons enfouis et que les insulaires affrontent une nature dévastatrice, l’heure des comptes a sonné et les damnés viennent réclamer leur lot de victimes.

FORTEMENT RECOMMANDE !

De grandes espérances de Charles Dickens

« Le nom de famille de mon père étant Pirrip, et mon nom de baptême Philip, ma langue enfantine ne put jamais former de ces deux mots rien de plus long et de plus explicite que Pip. C’est ainsi que je m’appelai moi-même Pip, et que tout le monde m’appela Pip. »

« De Grandes Espérances » peut être à juste titre envisagé à part dans l’ensemble de l’oeuvre de Dickens. Il se distingue aussi bien des longs romans, par son format et sa relative concision, que des autres livres parus en magazine hebdomadaire, dont il évite la sécheresse excessive. Dans les années 1950, un jury d’homme de lettres français l’a élu meilleur roman étranger du XIXème siècle devant « Guerre et Paix » et « Crime et Châtiment », et aujourd’hui encore on le cite fréquemment comme le meilleur livre de son auteur. Fait significatif : même les critiques peu favorables à Dickens lui concédent des qualités particulières, un peu comme ceux qui, n’aimant ni
« L’Education sentimentale », « Ni Salammbô », ni « Bouvard et Pécuchet », reconnaissent les mérites de « Madame Bovary ». En somme, le « classicisme », la maîtrise formelle des « Grandes Espérances », s’ils ne déchaînent pas toujours l’enthousiasme, forcent au moins le respect. »
Ce passage est extrait de la passionnante biographie de Jean-Pierre Ohl, « Charles Dickens » qui vient de paraître dans la collection Folio-biographies (déjà chroniqué par votre serviteur sur MyBoox).
Charles Dickens finit d’écrire « Les Grandes Espérances » en 1861.
C’est l’un des derniers romans de l’auteur. Il meurt en 1870.
L’œuvre est publiée pour la première fois sous forme de feuilleton de décembre 1860 à août 1861, dans le magazine créé et dirigé par Dickens « All the Year Round », et paraît ensuite en trois volumes chez l’éditeur londonien Chapman and Hall, en 1861.
Non, Dickens n’est pas un auteur réservé aux enfants !
Dickens c’est Kafka, Dostoïevski ou Beckett avant l’heure. C’est une « substance fluide et composée » (Chesterton), un romancier de génie, un « transmutant » du réel.
C’est l’histoire du petit Pip, élevé « à la main » par sa soeur. Une sorte de biographie fictionnelle de cet enfant qui va grandir avec nous.
Ce roman fourmille de personnages hauts en couleur comme souvent chez Dickens : Abel Magwitch le forçat, l’étrange Miss Havisham et sa fille Estella. Dickens sera malheureux en amour (malgré 11 enfants !) tout comme son héros Pip qui dit à propos d’Estella : « Je n’ai jamais connu une seule heure de bonheur en sa compagnie, et pourtant, je ne cessais d’espérer le bonheur de vivre avec elle jusqu’à sa mort. » Le gentil et le méchant, le sage et le fou, le riche et le pauvre, la belle et le laid. Les archétypes à la Dickens sont là.
L’héritage mystérieux d’une immense fortune (l’expression  » grandes espérances  » désigne une promesse d’héritage) va bouleverser sa vie…jusqu’aux plus belles espérances…jusqu’aux plus cruelles désillusions…Des manoirs lugubres, une campagne anglaise magique, un Londres sombre : « Londres. Le Grand Four. Le Coin des fièvres. Babylone. La Grande Verrue. La lanterne magique…remplie de plus de merveilles et de plus de crimes que toutes les cités de la terre. » Si vous voulez visiter le Londres industriel et miséreux de cette fin du 19ème siècle, n’allez pas vous perdre dans un savant, démonstratif et ennuyeux livre d’Histoire, suivez le guide romanesque, suivez Dickens.
Des dialogues hilarants et cinglants…La misère et l’hypocrisie. Aventures et trahisons. Des larmes et des rires…
Ah ! L’humour féroce de Dickens : inimitable !
Tout Dickens : magnifique !
Dickens, c’est la vie…dure et tendre, triste et joyeuse !
A lire absolument !
John Irving écrit : « D’ailleurs c’est le propre des grands romanciers, qu’il s’agisse de Dickens, de Hardy, de Tolstoï ou de Hawthorne et Melville. On parle toujours de leur style, mais en fait, ils exploitent tous les styles, n’en refusent aucun. Pour eux, l’originalité de l’expression est un phénomène de mode qui passera. Les questions plus vastes et plus importantes, celles qui les préoccupent, leurs obsessions, resteront au contraire: l’histoire, les personnages, le rire, les larmes. »

Charles Dickens de Jean-Pierre Ohl

Cette « petite » collection « Biographies » des éditions Folio est toujours remarquable. Format poche, photos insérées au cœur du livre, typographie, toucher du papier…tout est là pour nous rendre la lecture agréable, nous rendre la vie facile.
Cette biographie inédite de Jean-Pierre Ohl est, elle aussi, remarquable. Elle pourra se lire, avant, pendant ou après une lecture d’un livre de Dickens. Tout comme Balzac, Dickens est un fin observateur, un acharné du travail doté d’une imagination inépuisable.
Dickens est l’homme d’une seule ville : Londres. « Londres. Le Grand Four. Le Coin des fièvres. Babylone. La Grande Verrue. La lanterne magique…remplie de plus de merveilles et de plus de crimes que toutes les cités de la terre. »
Si vous voulez visiter le Londres industriel et miséreux de cette fin du 19ème siècle, n’allez pas vous perdre dans un savant livre d’Histoire, suivez Dickens.
Une mère « très peu mère », un père emprisonné pour dettes, Dickens, à douze ans, travaille dans une fabrique de cirage, infestée de rats.
Cet épisode (comme toutes ses expériences) va influencer toute son œuvre. « L’Inimitable », comme on le surnommait à l’époque, va inventer des personnages dans ses livres très très ressemblants à ceux qu’ils côtoyaient : cherchez dans ses livres sa mère, son père, ses amours…vous les trouverez peints sous différents traits.
Dickens sera un un généreux défenseur du peuple (un radical sentimental) jusqu’à ses derniers jours.
C’est un écrivain qui sait faire rire ET pleurer.
Très célèbre de son vivant, il fut très très malheureux en amour malgré ses dix enfants !
Après la parution de « Oliver Twist », un vent de folie souffle sur toute l’Angleterre : il y a les cigares Picwick, les chapeaux Picwick, les cannes Picwick, etc.
Dickens est énergique et volontaire : écrivain, journaliste, imitateur, acteur de théâtre et même hypnotiseur (adepte du « mesmérisme », théorie du magnétisme animal qui prétend maîtriser l’énergie du corps au moyen de l’hypnose).
L’écriture était vitale pour Dickens. Une question de vie ou de mort.
Elle comblait son manque…d’amour maternelle…d’amour…d’amour…toujours l’amour…
Ohl écrit : « Son sentiment de carence affective se double maintenant d’un manque métaphysique que seul un nouveau livre pourra combler… »
Dickens c’est Kafka, Dostoïevski ou Beckett avant l’heure.
Lors de sa dernière lecture publique de ses œuvres (mise en scène qu’il affectionnait tant) ses derniers mots seront pour le public, ses lecteurs.
« De ces lumières éblouissantes je m’éloigne maintenant pour toujours, en vous disant un adieu ému, reconnaissant, respectueux et affectueux. » Après un court silence, un profond soupir du public, retentit une tempête d’acclamations.
Allez ouvrir « David Copperfield », « La Maison d’Apre-Vent », « Temps difficiles », « L’Ami commun » (mon préféré), « Oliver Twist », « Les Grandes Espérances » ou ses contes de Noël…vous n’êtes pas prêt d’oublier les mystères de Charles Dickens…
Non Dickens n’est pas un auteur pour enfants, c’est une « substance fluide et composée » (Chesterton), un romancier de génie, un « transmutant » du réel.

Fanzine de Olivier Martinelli

Vous aimez le romancier américain John Fante ?
Vous aimez le rock’n’roll ? Le Velvet Underground ?
The Strokes ? Brian Jonestown Massacre ?
Ca vous dit rien tout ça ?
Pas grave, voici l’histoire des Kid Bombardos. Trois frères rockeurs originaires de Bordeaux. Basse, batterie, guitares. Point barre.
Pourquoi les Kid Bombardos ? C’était le nom de « ring » de leur arrière-grand-père boxeur. De quoi donner du punch en concert !
Ce que nous raconte Olivier Martinelli, c’est l’histoire de ce groupe, une sorte de road-movie quoi. Chaque chapitre a pour titre une chanson : comme « Trying To Find A Home » des Tindersticks ou bien « Sunday Morning » du Velvet. La bande-son est fournie, alors cher lecteur, branchez vos écouteurs mp3 et laissez-vous aller…monter dans le magic bus !
Bon mis à part que j’aime bien la musique proposée, mis à part que j’aime bien John Fante, le romancier américain qui influença Bukowski, mis à part que j’aime bien la « pt’ite » maison d’édition « 13E Note Editions » qui publie Dan Fante, le fils de John (vous me suivez ?), et bien, et bien j’ai bien aimé lire ce roman « La nuit ne dure pas. »
Chaque membre de cette famille musicienne raconte, à sa façon, l’aventure du groupe. Les tournées, les soirées arrosées et enfumées, les concerts, les démêlés avec les maisons de disques, les amours et les désamours…
L’écriture de Martinelli est très très influencée par les romanciers américains type Fante, un peu border-line.
Phrases courtes, directes, sensibles et pudiques.
« Certains disent qu’on boit pour oublier. C’est des conneries tout ça. On boit pour se souvenir de tout ce qu’on a perdu…On boit surtout pour prendre conscience de tout ce qu’on va perdre. » Remplacez « On boit » par « On écrit », ça marche aussi !

« I now it’s only rock’r’roll but i like it »…
Pas mal, pas mal…

Le gardien du feu de Anatole Le Braz

Anatole Le Braz. Vous connaissez ? Moi, non ! Jamais entendu parlé de lui. Son vrai nom est Anatole Jean François Marie Lebras et il a été nommé chevalier de la Légion d’honneur en 1897. Né à Saint Servais, au pied des Monts d’Arrée en Bretagne, il a fait ses études universitaires à Paris. Professeur, écrivain, poète, conteur et collecteur de mémoire, amoureux du Trégor et habitant de Port-Blanc. Anatole Le Braz est né en 1859 et mort en1926. Il publie en 1893 «La Légende de la Mort chez les Bretons Armoricains», récits et témoignages recueillis auprès de paysans et de marins, et le «Le gardien du feu» paraît en 1900.

Alors, Le Braz, un écrivain régionaliste au goût de chouchen et de crêpes bretonnes au beurre salé ?
N’ayez pas peur, ce livre n’est pas écrit en breton mais en bon français, très bon français.
Un thriller ? Un roman romantique ? Un roman gothique ?
Que sais-je ?
Nous y voilà. Le pitch comme on dit à la télé qu’il ne faut surtout pas regarder.
Nous sommes en 1876. Y’a Goulven Denès, le gars de
l’intérieur des terres, le Léonard, le gars de Léon quoi, pas très doué pour la mer…ni pour l’amour. Faute de mieux (sa mère le verrait bien curé !), il s’engage dans la marine marchande avant de finir (oui, finir sera bien le mot de la fin !) gardien de phare. « Une haute silhouette de pierre dressée en plein Raz, dans une solitude éternelle, au milieu d’une mer farouche agitée d’incessants remous et dont les sourires même, les jours de calme, ont quelque chose d’énigmatique et d’inquiétant. » Le phare de Gorlébella. Et puis y’a Adèle Lézurec, la sirène au front romantique, qui chante et qui lit, Adèle la Trégorroise, la belle de mer, douée pour la vie, douée pour l’amour. Rien ne les assemble, ils ont tout pour ne pas se rencontrer et pourtant ils vont se marier, peut-être s’aimer ? Goulven est amoureux fou (oui, fou sera bien le mot de la fin !).
L’Adèle de mer est-elle heureuse près de ce sombre et laborieux Goulven de terre, trop terrien ?
De ce livre je ne vais rien vous cacher car vous le saurez dès la première page : Goulven va enfermer dans « son » phare sa belle aimée et son amant (celui qui prend sa relève au phare !). Enfin « soi disant » amant. A vous de juger ! Allez-vous croire sur paroles (?) un perroquet des îles et une vieille bigote superstitieuse ? Ils vont agoniser pendant treize jours. Goulven se suicidera en se jetant du haut du phare. Terrible ! Alors pourquoi lire la suite ?
Et bien parce que l’auteur sait nous y conduire avec mers et merveilles. Ce roman est une tempête. Il donne le vertige !
Un coup de coeur…un coup au coeur !
Fortement recommandé !

 » Lorsqu’on la contemple en toute sécurité de la chambre d’un phare ou de la maisonnette blanche d’un sémaphore, comme cela, oui, je comprends la mer. Autrement, non ! Paradis des hommes, mais
enfer des femmes !…. »

La talon de fer de Jack London

Né à San Francisco en 1876, Jack London est issu d’un milieu misérable et marginal. Il parvient au succès après des années de pauvreté, de vagabondage et d’aventures en écrivant «L’Appel de la forêt».

Nous sommes ici loin du Jack London de « L’appel de la forêt » ou de « Croc-blanc ». Ames sensibles, passez votre chemin.
Le « Talon de fer », paru en 1908 (notez bien cette date !), décrit une révolution socialiste qui serait arrivée entre 1914 et 1918 aux Etats-Unis.
Trotski considérait « Le Talon de fer » (1908) comme le seul roman politique réussi de la littérature.
Avis Everhard, jeune fille intellectuelle issue de la bourgeoisie tombe amoureuse d’Ernest un socialiste révolutionnaire. Sur cette douce et tendre toile amoureuse London peint (au vitriol ! à la dynamite ! que dis-je, à boulets…rouges !) le soulèvement de la classe ouvrière américaine. Une lutte des classes impitoyable qui finira dans le sang. D’un coup de talon de fer les capitalistes écraseront le peuple. C’est un véritable roman d’anticipation, de science-fiction que nous a laissé London…toujours de chaude actualité (on y parle déjà de désastreux subprimes et d’outranciers dividendes). Un livre uchronique ? De plus ce récit respire la vie à plein poumons : dialogues et descriptions sont précis, alertes, réalistes. En supplément London nous gratifie d’un humour grinçant, corrosif, motivant à lire. Bien sûr on pourra reprocher à London, trop démonstratif, une certaine naïveté teintée de beaucoup de machiavélisme (le fameux, le légendaire, l’idyllique prolétariat n’est pas toujours ce que l’on « croit », celui qu’on croit, l’histoire l’a maintes fois démontré) mais tant pis, tant mieux, on se laisse aller dans cette Amérique qui ressemble étrangement à notre Europe de l’époque. (London proclame la Commune à Chicago le 27 octobre 1917 ! 1917 ? Tiens, tiens !)
Une écriture engagée et engageante qui n’engage que l’auteur !
Etonnant de lucidité ! Un Jack London visionnaire !
Un petit passage sur la presse : « La presse des Etats-Unis ? C’est une excroissance parasite qui pousse et s’engraisse sur la classe capitaliste. sa fonction est de servir l’état de choses en modelant l’opinion publique et elle s’en acquitte à merveille. »
Pas tendre avec les journalistes le Jack !