Les visages écrasés de Marin Ledun

Le polar « Les Visages Ecrasés » a obtenu le Trophée 813 du Meilleur roman francophone 2011.
Le Trophée 813 est décerné chaque année au meilleur roman policier francophone par les membres de l’Association 813-les amis des littératures policières, association créée en 1979 et réunissant autour d’une passion commune, des auteurs, des éditeurs, des libraires et des amateurs de polars.
Et le Grand Prix du Roman Noir 2012 du Festival international du film policier de Beaune.
C’est déjà pas mal.

Marin Ledun est également l’auteur d’un excellent épisode de la série des Mona Cabriole chez La Tengo, « Le Cinquième clandestin. »
Je conseille de lire, sans restriction, cette série.
Il écrit « Pendant qu’ils comptent les morts », livre-entretien avec Brigitte Font Le Bret, une psychiatre spécialiste de la souffrance au travail (Editions La Tengo, 2010) : ça pourra servir…

Avertissement aux lecteurs : ce polar est noir, très très noir !
C’est un livre-uppercut ! Un coup de poing !
Mon coup de coeur aussi.
Ames sensibles…s’abstenir !
L’écriture de Marin Ledun va droit au but, directe, sans ménagement.
Efficace ! Nous finissons le livre sur les genoux.
Comme (presque) tout polar le suspens est au rendez-vous et vous tient sur les nerfs jusqu’au bout.

L’histoire ?
Alors voilà, c’est l’histoire de Carole Matthieu, médecin du travail dans une entreprise, genre plate-forme téléphonique, centre d’appel dédié au service après-vente d’un opérateur de téléphonie, genre, genre, j’sais pas moi, genre France Telecom par exemple ?
Marin Ledun a travaillé pendant près de sept ans à France Télécom.
Hum, hum…
On pense évidemment aux nombreux salariés suicidés de cette grande entreprise française.
Mais bon ce n’est pas particulièrement France Telecom qui est visé ici mais plutôt le monde obscur et impitoyable des entreprises en général.
L’envers du décor.
Attention, ce n’est pas uniquement un livre-militant, c’est aussi un excellent polar qui nous tient par la bride jusqu’au bout.

Notre « héroïne », Carole Matthieu, celle qui guérit (ou essaie de guérir) ses patients détruits par le stress, va tuer un de ses patients…comme un geste d’euthanasie…
Abréger les souffrances.
Carole Matthieu craque.
Arrive un (beau) lieutenant de police, Revel, qui va enquêter sur ce meurtre.
Avant de se dénoncer, Carole Matthieu veut dénoncer les vrais coupables : les petits et les grands chefs qui, tous les jours, harcèlent leurs employés.
Pour elle ce sont eux les meurtriers.
Et à chaque page, à chaque mot, tout au long du livre, nous allons nous demander : mais comment va-t-elle s’en sortir ?

Alors je vais vous copier un long extrait qui en dit très très long sur la souffrance au travail.
S’il vous plaît, prenez le temps de lire.
« Le problème, ce sont ces fichues règles de travail qui changent toutes les semaines. Ces projets montés en quelques jours, annoncés priorité-numéro-un, et abandonnés trois semaines plus tard sans que personne ne sache vraiment pourquoi, sur un simple coup de fil de la direction. La valse silencieuse des responsables d’équipes, toujours plus jeunes et plus inflexibles, mutés dans une autre agence ou partis par la petite porte. Cette tension permanente suscitée par l’affichage des résultats de chaque salarié, les coups d’œil en biais, les suspicions, le doute permanent qui ronge les rapports entre collègues, les heures supplémentaires effectuées pour ne pas déstabiliser l’équipe, le planning qui s’inverse au gré des mobilités, des résultats financiers et des ordres hebdomadaires. Les tâches soudaines à effectuer dans l’heure, chaque jour plus nombreuses et plus complexes. Plus éloignées de ses propres compétences. Les consignes qui évoluent sans arrêt. Les anglicismes et les termes consensuels supposés stimuler l’équipe et masquant des réalités si sourdes et aveugles que le moindre bonjour est à l’origine d’un sentiment de paranoïa aigue. L’infantilisation, les sucettes comme récompense, les avertissements comme punition. La paie, amputée des arrêts maladie, et des primes au mérite qui ne tombent plus. Les objectifs inatteignables. Les larmes qui montent aux yeux à tout moment, forçant à tourner la tête pour se cacher, comme un enfant qui aurait honte d’avoir peur. Les larmes qui coulent pendant des heures, une fois seul. Mêlées à une colère froide qui rend insensible à tout le reste. Les injonctions paradoxales, la folie des chiffres, les caméras de surveillance, la double écoute, le flicage, la confiance perdue. La peur et l’absence de mots pour la dire. »
Sans commentaire.

Implacable !

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Une réflexion sur “Les visages écrasés de Marin Ledun

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