L’établi de Robert Linhart

Robert Linhart est un établi. Il témoigne.
« Les personnages, les événements, les objets et les lieux de ce récit sont exacts. »

Mai 68. Le fameux (fumeux ?) brasier s’est éteint.
Nous sommes en automne 68.
Les intellectuels maos décident d’aller travailler en usine.
C’est « l’établissement ».
« Il faut comprendre la réalité pour la transformer. » Instruire la classe ouvrière et s’en instruire.
La lutte engagée doit continuer.
Robert Linhart pourrait être enseignant.
Il se fait embaucher dans l’usine Citroën de la Porte de Choisy à Paris.
A la chaîne se fabriquent les 2CV et les Ami 8.
Cent cinquante 2CV par jour sortent de l’usine.
Robert Linhart est passé par toutes les cases gauchistes : UEC (Union des Etudiants Communistes), l’UJCML (Union des Jeunesses Communistes Marxistes-Léninistes) puis la Gauche Prolétarienne.
C’est la lutte des classes, le combat intransigeant contre l’idéologie bourgeoise.

Il publie « L’établi » en 1978, dix ans après l’effervescent printemps.

« Me voici donc à l’usine. Etabli. L’embauche a été plus facile que je l’avais pensé. J’avais soigneusement composé mon histoire… »

Le début à l’usine est dur, très dur. Avilissant, abrutissant.

« Qu’ai-je fait d’autre, en quatre mois, que des 2CV ? Je ne suis pas entré chez Citroën pour fabriquer des voitures, mais pour faire du travail d’organisation dans la classe ouvrière. »

Notre établi va découvrir le monde ouvrier.
Ses cadences infernales, ses petits chefs autoritaires racistes et humiliants, les mouchards, les « syndicats maison », les briseurs de grèves, les truqueurs d’élections, les cadres cravatés de suffisance, les planqués des Ressources (in)Humaines.
Mais aussi la solidarité, l’amitié, l’espérance d’une grève victorieuse.
« Entre la diffusion des tracts, nos petits meetings d’ateliers, les réunions du comité de base, le pointage fiévreux de notre progression, ce mois de propagande fut, tout compte fait, un mois de bonheur. »

L’écriture de Linhart est sensible et teintée d’émotions.
Linhart l’établi est aussi écrivain.
Le lecteur sent les illusions de cet intellectuel engagé se perdrent dans la crasse, le bruit et l’odeur de la chaîne infernale.
« Trente-trois mille fois dans l’année, il a refait les mêmes gestes. Pendant que des gens allaient au cinéma, bavardaient, faisaient l’amour, nageaient, skiaient, cueillaient des fleurs, jouaient avec leurs enfants, écoutaient des conférences, se goinfraient, se baladaient, parlaient de la Critique de la raison pure, se réunissaient pour parler des barricades… »
Ce lucide constat est impitoyable.
Un témoignage poignant et réaliste, vu de l’intérieur, sur la condition ouvrière, le monde du travail.
Bien sûr la condition ouvrière a changé. Aujourd’hui ce sont les cadres qui sont pressés comme des citrons (lire l’excellent polar « Les visages écrasés » de Marin Ledun que j’ai commenté sur MyBoox) mais la lutte des classes est encore et toujours d’actualité et les ouvriers sont encore et toujours exploités au profit de, euh, ben au profit de profiteurs, tiens.

Lecture combattive fortement recommandée pour continuer la lutte…finale ?

« C’est comme cela qu’on produit des automobiles. Des machines moulent la tôle, d’autres pétrissent la matière humaine. »

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