Charles Dickens de Jean-Pierre Ohl

Cette « petite » collection « Biographies » des éditions Folio est toujours remarquable. Format poche, photos insérées au cœur du livre, typographie, toucher du papier…tout est là pour nous rendre la lecture agréable, nous rendre la vie facile.
Cette biographie inédite de Jean-Pierre Ohl est, elle aussi, remarquable. Elle pourra se lire, avant, pendant ou après une lecture d’un livre de Dickens. Tout comme Balzac, Dickens est un fin observateur, un acharné du travail doté d’une imagination inépuisable.
Dickens est l’homme d’une seule ville : Londres. « Londres. Le Grand Four. Le Coin des fièvres. Babylone. La Grande Verrue. La lanterne magique…remplie de plus de merveilles et de plus de crimes que toutes les cités de la terre. »
Si vous voulez visiter le Londres industriel et miséreux de cette fin du 19ème siècle, n’allez pas vous perdre dans un savant livre d’Histoire, suivez Dickens.
Une mère « très peu mère », un père emprisonné pour dettes, Dickens, à douze ans, travaille dans une fabrique de cirage, infestée de rats.
Cet épisode (comme toutes ses expériences) va influencer toute son œuvre. « L’Inimitable », comme on le surnommait à l’époque, va inventer des personnages dans ses livres très très ressemblants à ceux qu’ils côtoyaient : cherchez dans ses livres sa mère, son père, ses amours…vous les trouverez peints sous différents traits.
Dickens sera un un généreux défenseur du peuple (un radical sentimental) jusqu’à ses derniers jours.
C’est un écrivain qui sait faire rire ET pleurer.
Très célèbre de son vivant, il fut très très malheureux en amour malgré ses dix enfants !
Après la parution de « Oliver Twist », un vent de folie souffle sur toute l’Angleterre : il y a les cigares Picwick, les chapeaux Picwick, les cannes Picwick, etc.
Dickens est énergique et volontaire : écrivain, journaliste, imitateur, acteur de théâtre et même hypnotiseur (adepte du « mesmérisme », théorie du magnétisme animal qui prétend maîtriser l’énergie du corps au moyen de l’hypnose).
L’écriture était vitale pour Dickens. Une question de vie ou de mort.
Elle comblait son manque…d’amour maternelle…d’amour…d’amour…toujours l’amour…
Ohl écrit : « Son sentiment de carence affective se double maintenant d’un manque métaphysique que seul un nouveau livre pourra combler… »
Dickens c’est Kafka, Dostoïevski ou Beckett avant l’heure.
Lors de sa dernière lecture publique de ses œuvres (mise en scène qu’il affectionnait tant) ses derniers mots seront pour le public, ses lecteurs.
« De ces lumières éblouissantes je m’éloigne maintenant pour toujours, en vous disant un adieu ému, reconnaissant, respectueux et affectueux. » Après un court silence, un profond soupir du public, retentit une tempête d’acclamations.
Allez ouvrir « David Copperfield », « La Maison d’Apre-Vent », « Temps difficiles », « L’Ami commun » (mon préféré), « Oliver Twist », « Les Grandes Espérances » ou ses contes de Noël…vous n’êtes pas prêt d’oublier les mystères de Charles Dickens…
Non Dickens n’est pas un auteur pour enfants, c’est une « substance fluide et composée » (Chesterton), un romancier de génie, un « transmutant » du réel.

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