De grandes espérances de Charles Dickens

« Le nom de famille de mon père étant Pirrip, et mon nom de baptême Philip, ma langue enfantine ne put jamais former de ces deux mots rien de plus long et de plus explicite que Pip. C’est ainsi que je m’appelai moi-même Pip, et que tout le monde m’appela Pip. »

« De Grandes Espérances » peut être à juste titre envisagé à part dans l’ensemble de l’oeuvre de Dickens. Il se distingue aussi bien des longs romans, par son format et sa relative concision, que des autres livres parus en magazine hebdomadaire, dont il évite la sécheresse excessive. Dans les années 1950, un jury d’homme de lettres français l’a élu meilleur roman étranger du XIXème siècle devant « Guerre et Paix » et « Crime et Châtiment », et aujourd’hui encore on le cite fréquemment comme le meilleur livre de son auteur. Fait significatif : même les critiques peu favorables à Dickens lui concédent des qualités particulières, un peu comme ceux qui, n’aimant ni
« L’Education sentimentale », « Ni Salammbô », ni « Bouvard et Pécuchet », reconnaissent les mérites de « Madame Bovary ». En somme, le « classicisme », la maîtrise formelle des « Grandes Espérances », s’ils ne déchaînent pas toujours l’enthousiasme, forcent au moins le respect. »
Ce passage est extrait de la passionnante biographie de Jean-Pierre Ohl, « Charles Dickens » qui vient de paraître dans la collection Folio-biographies (déjà chroniqué par votre serviteur sur MyBoox).
Charles Dickens finit d’écrire « Les Grandes Espérances » en 1861.
C’est l’un des derniers romans de l’auteur. Il meurt en 1870.
L’œuvre est publiée pour la première fois sous forme de feuilleton de décembre 1860 à août 1861, dans le magazine créé et dirigé par Dickens « All the Year Round », et paraît ensuite en trois volumes chez l’éditeur londonien Chapman and Hall, en 1861.
Non, Dickens n’est pas un auteur réservé aux enfants !
Dickens c’est Kafka, Dostoïevski ou Beckett avant l’heure. C’est une « substance fluide et composée » (Chesterton), un romancier de génie, un « transmutant » du réel.
C’est l’histoire du petit Pip, élevé « à la main » par sa soeur. Une sorte de biographie fictionnelle de cet enfant qui va grandir avec nous.
Ce roman fourmille de personnages hauts en couleur comme souvent chez Dickens : Abel Magwitch le forçat, l’étrange Miss Havisham et sa fille Estella. Dickens sera malheureux en amour (malgré 11 enfants !) tout comme son héros Pip qui dit à propos d’Estella : « Je n’ai jamais connu une seule heure de bonheur en sa compagnie, et pourtant, je ne cessais d’espérer le bonheur de vivre avec elle jusqu’à sa mort. » Le gentil et le méchant, le sage et le fou, le riche et le pauvre, la belle et le laid. Les archétypes à la Dickens sont là.
L’héritage mystérieux d’une immense fortune (l’expression  » grandes espérances  » désigne une promesse d’héritage) va bouleverser sa vie…jusqu’aux plus belles espérances…jusqu’aux plus cruelles désillusions…Des manoirs lugubres, une campagne anglaise magique, un Londres sombre : « Londres. Le Grand Four. Le Coin des fièvres. Babylone. La Grande Verrue. La lanterne magique…remplie de plus de merveilles et de plus de crimes que toutes les cités de la terre. » Si vous voulez visiter le Londres industriel et miséreux de cette fin du 19ème siècle, n’allez pas vous perdre dans un savant, démonstratif et ennuyeux livre d’Histoire, suivez le guide romanesque, suivez Dickens.
Des dialogues hilarants et cinglants…La misère et l’hypocrisie. Aventures et trahisons. Des larmes et des rires…
Ah ! L’humour féroce de Dickens : inimitable !
Tout Dickens : magnifique !
Dickens, c’est la vie…dure et tendre, triste et joyeuse !
A lire absolument !
John Irving écrit : « D’ailleurs c’est le propre des grands romanciers, qu’il s’agisse de Dickens, de Hardy, de Tolstoï ou de Hawthorne et Melville. On parle toujours de leur style, mais en fait, ils exploitent tous les styles, n’en refusent aucun. Pour eux, l’originalité de l’expression est un phénomène de mode qui passera. Les questions plus vastes et plus importantes, celles qui les préoccupent, leurs obsessions, resteront au contraire: l’histoire, les personnages, le rire, les larmes. »

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