Les fantômes de Belfast de Stuart Neville

« Tu t’es servi de nous. Tu nous racontais qu’on n’avait aucun avenir, qu’on devait se battre pour gagner une vie meilleure. Tu nous fourrais les armes entre les mains et tu nous envoyais à ta place. »

Gerry Fegan vit avec ses fantômes. Hanté par son passé.

Gerry était l’exécutant des basses oeuvres, le tueur à gages de l’IRA, l’Armée Républicaine Irlandaise.
En anglais : Irish Republican Army, en irlandais : Óglaigh na hÉireann.
C’était il y a une vingtaine d’années.
Le sale boulot, c’était lui. Il avait dix-huit ans, à peine.
Déposer une bombe, achever un blessé, abréger les souffrances d’un prisonnier torturé.
C’était lui.
Gerry le bourreau.

Il était aux ordres d’une nébuleuse hiérarchie.
Celle de l’IRA.
L’IRA c’était une armée comme toutes les armées.
Avec ses grands chefs, ses sous-chefs et ses petits soldats envoyés au front.
Les gants blancs et les mains sales.

Gerry sort de prison. Il a payé.
Dehors, à sa libération, douze fantômes l’attendent.
Douze, comme les douzes Apôtres.
Les douzes personnes qu’il a assassinées.
L’alcool ne pourra rien y faire. Ils sont bel et bien là à le poursuivre, nuit et jour. Et ils demandent vengeance.
Ils les appellent ses « suiveurs ».
 » Ces ombres, elles lui étaient apparues pendant les dernières semaines de son séjour à la prison de Maze, il y avait un peu plus de sept ans. On venait de lui communiquer sa date de sortie et, ce jour-là, il avait la bouche sèche en ouvrant l’enveloppe cachetée qui contenait l’imprimé. A l’extérieur, les politiciens luttaient pour obtenir la libération de centaines d’hommes et de femmes comme lui qu’ils appelaient  »prisonniers politiques ». »

Gerry a perdu la boule.
Gerry la victime.
Il parle à ses fantômes qui lui demandent d’exécuter les commanditaires de ses meurtres.
Et il va leur obéir.
Les vrais coupables doivent payer : les grands chefs et les sous-chefs, tous !
Alors Gerry va commencer sa chasse à l’homme.

Certains sont maintenant au sommet.
Des politiques respectables.
Costume-cravate, belles voitures et belles nanas importées des pays de l’est. Argent louche.
En façade, les beaux discours indépendantistes sous la bannière irlandaise.
Le processus de paix est en marche en Irlande du Nord.
Alors que vont devenir tous ces tueurs, ces soldats de la « bonne » cause ?
Certains qui s’avèrent à présent gênants seront tout simplement liquidés ou explicitement sommés de disparaître.
D’autres déposeront les armes et se reconvertiront dans la noble politique ou dans un honorable commerce ou…dans la mafia.
Beaucoup ne s’en remettront pas : alcool, drogue, suicide, dépression.
« La lutte pour la réunification avait perdu son sens, le Nord incarnant maintenant le parent pauvre, les enfants bâtards qu’on avait pas le coeur de renvoyer. Mais l’autre Irlande ne voulait plus d’eux. »

Gerry va mettre son grain de sel, son poing sur la table, arme au poing dans cette « nouvelle Irlande » et raviver les plaies encore entrouvertes.
A vif !
Les anciennes haines, les batailles de rues dans le quartier de Falls Road, le « bloody sunday » les attentats, les meurtres de sang froid, les braquages, les prises d’otages, les tortures, les trahisons et les agents doubles, les obscures tractations politiques en coulisse.
Neville porte un regard implacable sur l’IRA qui va faire grincer bien des dents dans les chaumières irlandaises.

Gerry veut s’en sortir.
D’abord arrêter de boire. Puis se débarasser de ses fantômes. Enfin refaire sa vie avec Marie.
La troublante Marie au passé trouble…
Un espoir, la rédomption, peut-être…
L’amour, toujours l’amour.
Mais Gerry est devenu trop dangereux.
Il faut s’en débarasser. A tout prix !
La double chasse à l’homme commence…

Nous sommes dans un thriller (de l’anglais to thrill, frémir).
« La caractéristique commune des œuvres appartenant au thriller est de chercher à provoquer chez le spectateur ou le lecteur une certaine tension, voire un sentiment de peur (qu’il doit cependant trouver agréable) à l’idée de ce qui pourrait arriver aux personnages dans la suite du récit. »
Merci Wikipédia.

Et là, dans ce thriller politique, ça marche, ça court même.
La mort au trousse.
Dans les rues de Belfast coule le sang. Veines catholiques et veines protestantes : le même sang irlandais.

Cher lecteur déjà apeuré, déjà intrigué, ce thriller de Stuart Neville (un premier roman) est haletant, suffocant, terrifiant, sanglant, étouffant, opressant, bouleversant, angoissant, passionnant, stressant, excitant, surexcitant, saisissant, puissant, captivant…

N’ayons pas peur des mots !
Voilà, j’ai usé mes fonds d’adjectifs sur les bancs de cette lecture.
Rien que pour vous !
Faut que j’en garde pour mes prochains livres quand même.

Bref, vous m’avez compris, c’est un très très bon roman.
Bu d’une traite en me rongeant les ongles d’une main…l’autre tenant ferme une Guinness…pour me détendre, brrrrrrrrrrr…
j’en ai encore des frissons…

A lire avec les yeux derrière la tête et les portes verouillées !

« Les lieux que ne hantent pas les fantômes du passé sont des déserts. » John Hewitt

Stuart Neville est originaire d’Armagh, en Irlande du Nord. Après des études de musique, il s’est consacré au design multimédia.

« Le meilleur premier roman que j’ai lu depuis des années… Une folle virée au pays de la terreur. » (James Ellroy, oulala, rien que ça?)

PS : ah, oui, j’oubliais, double tour les portes, double tour !

A ranger entre le  » Retour Killibegs  » de Sorj Chalandon et « Les lieux infidèles » de Tana French.

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