Dieu bénisse l’Amérique de Safranko

«Ce n’était pas censé se passer comme ça, dans le rêve américain.»

L’Amérique des années cinquante-soixante.
Au 810 Iowa Avenue à Trenton dans le New Jersey.
«Une rue cradingue dans un ghetto de réfugiés d’Europe de l’Est. »

Max, fils d’immigrés polonais.
«Je suis Max Zaajack. Mon casier est vierge.»

Le petit Max raconte son enfance dans une Amérique qui sort, tête haute, de la deuxième guerre mondiale, qui s’embourbe au Vietnam et qui plonge, hébétée, dans les révoltes des guettos noirs, qui joue du rock et enfante les hippies, qui assassine ses présidents, comme une habitude.
Une Amérique qui meurt et qui renait.
Avec ses déclassés et ses profiteurs.
Avec ceux qui meurent et ceux qui naissent.
«Tout n’était que Bonheur et Prospérité, Famille et Dieu. Le grand carnage, la Seconde Guerre Mondiale, était terminé depuis quelques années, les jeunes gars étaient de retour sur le sol de la mère patrie et ils se mariaient, achetaient des maisons et baisaient comme des lapins dans leurs clapiers à crédit.»

Un père violent et une mère qui finira folle.
«A la maison, la violence était le seul motif pour se toucher. Ni baisers, ni câlins. »
La tendresse ça existe…ailleurs.
Le regard d’enfant est sans pitié, sans appel.
«Le père et son rejeton étaient affectueux l’un envers l’autre. Il riaient, plaisantaient, se prenaient par l’épaule. Je n’avais jamais rien vu de pareil. J’avais envie de gerber.»

Le regard d’enfant est sans pitié, sans appel.
«Le rêve américain, c’est un type vétu d’un pantalon taché de merde, d’une chemise bouffée par les mites et de chaussures attachées avec des élastiques, mâchonnant un cigare ramassé dans le caniveau.»

Ce livre est parfois hilarant, parfois sinistre.
Souvent les deux…en même temps.
Le lecteur lira et rira, à en pleurer, les scènes chez le coiffeur, les vacances au Canada, la partie de golf. Entre autres.
Le lecteur lira et s’indignera, à en pleurer, les scènes de la randonnée scoute, de la partie de pêche ou des cours de la Soeur Angélica.
Entre autres.

Le spectre de l’appel à la mort menace Max comme de nombreux «pauvres» américains.
«Je ramasse l’avis par terre et je le relis, lentement cette fois. Il faut regarder la réalité en face. D’ici quelques semaines, je pataugerai dans une rizière et je jouerai à cache-cache avec le Viet-cong.»

A mélanger avec «Bienvenue à Oakland» de Eric Miles Williamson et «Cheyenne en automne» de Willy Vlautin, vous remuez bien le tout et vous voilà, cher lecteur, dans une Amérique à remuer les tripes.
Non, cher lecteur, vous n’êtes pas livré aux répugnances, ne détournez pas la tête vers la dernière rassurante et tranquillisante livraison estivale de Guillaume Musso, ce livre est, malgré les apparences, malgré tout, très réjouissant à lire.
De plus avec une couverture pareille vous allez faire sensation sur la plage !

«Rien n’est inventé. C’est juste que la force m’est venue d’agripper cette grosse masse de réalité et de la balancer d’un seul coup sur ma page.» (Pedro Juan Gutiérez)

J’applaudis, encore et encore, les Editions 13e Note Editions !

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