Tristan Corbière « une vie à-peu-près » de Jean-Luc Steinmetz


Tristan Corbière, 1845-1875, poète maudit mort à trente ans.

Fils de Edouard Corbière, directeur de la ligne maritime Le Havre-Morlaix (auteur du roman maritime «Le Négrier») et de Angélique-Aspasie Puyo.

Enfance choyée et bourgeoise.

Au lycée à Nantes, une main de crayonneur qui saisit de petits croquis satiriques.

Des problèmes de santé : rhumatismes, phtisie, affections pulmonaires, insuffisance cardiaque, tuberculose…autant de rumeurs diagnostiques.

Premier autoportrait en vers :
«Sachez que dans la peau d’un fils quoique souffrant
Loge un gredin de coeur cloué solidement.»

Des villes…comme des mondes : Morlaix, Roscoff, Paris.

Corbière va lire Murger et ses «Scènes de la vie de Bohème».
Il imite, il s’imprègne, il copie conforme le comportement bohémien.
«La Bohème, c’est le stage de la vie artistique. C’est la préface de l’Académie, de l’Hôtel-Dieu ou de la Morgue.» écrivait Murger.
C’est décidé, il sera dandy, faute de mieux.

Le Tristan à la triste figure lit Baudelaire.
Il écrit ses premiers poèmes.
Mi-argotique, mi-patoisant, mi-maritime.
Si Corbière se trouve laid (une élégante catastrophe), il évacue tout soucis artistique dans ses vers.
«Deux requins dans ton lit, un «garc» dans mon hamac !
Tas d’sacrés chiens d’matelots, ouvrez-moi l’oeil…cric crac !»

Du Céline avant l’heure !
Du Villon après tout.

Corbière n’est pas tendre avec les autres, encore moins avec lui.
«Jeune philosophe en dérive
Revenu sans avoir été
Coeur de poète mal planté :
Pourquoi voulez-vous que je vive ?»

Mais Corbière n’est pas un triste.
Il manie les jeux de mots et les railleries.
Il faut lire ses poèmes à haute voix. Comme Verlaine qui en pleurait de joie…et de tristesse. Corbière donne le fou rire, le rire fou.

Tristan le laid manque d’amour.
Des amours jaunes : une tante Christine, des passagères de pitres traversées sur une mer déjà morte, une certaine italienne, Herminie surnommée par lui Marcelle, une étrange américaine et puis…c’est tout ?
Il rit jaune.
«Je voudrais être alors chien de fille publique,
Lécher un peu d’amour qui ne soit pas payé.»

«Les Amours jaunes» (son unique livre, son monstre de livre, trop réussi, comme raté) sont publiées en 1873.
Dans l’indifférence générale.
Une oeuvre violente, trop violente ?
Une sorte de charogne littéraire, de ramassis d’amours décomposées, des vers en l’air, comme une tempête, brûlants et suant les poisons,
ouvrant d’une façon nonchalante et cynique son ventre plein d’exhalaisons (merci Baudelaire).
Un recueil sans foi ni loi.
Du Byron ? Du de Musset ?
«Livre de sable ? Marchandise interlope ? Produit de contrebande ?» propose Jean-Luc Steinmetz l’auteur de cette indispensable biographie.
Steinmetz fait le point sur Corbière.
Avec des points de suspension car la vie suspendue de ce bohème de l’océan reste un mystère (quatre lettres pour connaître les douze dernières années de sa vie).
«La vie de Corbière ne pouvait et ne pourra être dite qu’à peu-près.» conclue Steinmetz.
Cette biographie (richement illustrée de photographies et de dessins de Corbière) devient LA référence.
La dernière datait de 1925 !
A lire, donc, en même temps que «Les Amours jaunes».

Corbière va influencer Jules Laforgue, Huysmans, André Breton, Tzara.
Avec Mallarmé et Rimbaud. Dans la même galère. Il va ramer un peu plus que les autres.

«C’était à-peu-près un artiste,
C’était un poète à-peu-près
S’amusant à prendre le frais
En dehors de l’humaine piste.»
Autoportrait de Corbière, l’élégant désespéré.

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