Et la fête continue la vie culturelle à Paris sous l’Occupation de Alan Riding


Mais que faisaient-ils les artistes, peintres, acteurs, musiciens, écrivains pendant l’occupation allemande ?
Ben, comme tout le monde. Ils ne sont pas infaillibles et l’art ne dispense pas de la bêtise.
« Face à la défaite et à l’occupation, les Français réagirent successivement par la colère, le désespoir, la résignation, puis ils finirent par s’en accommoder. A l’exception notable de ces écrivains fascistes qui se réjouirent de la victoire nazie, la plupart des artistes et intellectuels français réagirent plus ou moins de la même façon. »

Il ne s’agit pas, ici et maintenant, de juger hier.

A noter…

Des faits indélébiles.
Ne pas oublier les camps d’internement français où s’entassent, dès 1939, Hanna Arendt, Koestler, Walter Benjamin, entre autres.
Ne pas oublier les dénonciations de français. Ernst est arrêté parce qu’un voisin sourd-muet le dénonce, l’accusant d’envoyer des signaux lumineux à l’ennemi.
Ne pas oublier Jean Giraudoux qui propose un ministère de la race pour contrôler l’immigration (tiens, tiens, ça me rappelle un certain récent Ministère de l’immigration, de l’intégration et de l’identité nationale, non, j’exagère ?)
Ne pas oublier le jeune critique littéraire américain, Fry, qui sauve près de 2000 artistes.
Ne pas oublier les 76 000 Juifs qui sont envoyés, de France (« Douce France » chantait Trénet) vers les camps de la mort. 2000 survécurent.

Des anecdotes plus légères.
Celle du bac 1940 annulé et le témoignage de Simone de Beauvoir enseignante au lycée Camille-Sée.
« Je suis retournée au Quartier Latin, j’ai rencontré des élèves de Henri IV, toutes rieuses. Pour beaucoup de jeunes gens, çà avait un air de fête, cette journée d’examen sans examen, dans le désordre et le loisir, ils arpentaient gaiement la rue Soufflot, ils semblaient beaucoup s’amuser. »
L’air de la fameuse-fumeuse chanson « Maréchal, nous voilà ! » est le plagiat d’un compositeur juif polonais qui fut déporté de France à Auschwitz où il mourut.

Des attitudes.
Un Cocteau insouciant qui festoie avec les gradés allemands. Un René Char résistant armé des premières heures. Un Claude Roy qui virevolte de l’Action française au parti communiste. Une Joséphine Baker résistante qui fait passer des messages rédigés à l’encre sympathique sur ses partitions. Un Aragon communiste et résistant qui soutient Maurice Chevalier accusé de collaboration. Le pacifisme outrancier de Prévert. L’engagement tardif, très tardif, de Sartre. Un Cassou prisonnier qui compose 33 sonnets, de tête puisqu’il ne dispose pas de papier, sonnets qui seront publiés clandestinement en 1944. Un Céline haineux et paranoïaque. Le triste destin d’Irène Némirovsky l’auteure de « Suite française ». Un Desnos héroïque. Un Jean Giono qui annonce qu’il aimerait mieux être un Allemand vivant plutôt qu’un Français mort. Un Max Jacob abandonné de tous et déporté.

Une église catholique collaboratrice et pétainiste. Décidément c’est une bien mauvaise habitude : soutenir tout au long de l’Histoire les oppresseurs et les dictateurs. N’est-ce pas cardinal Alfred Baudrillard qui bénit (oui-oui) la Légion des volontaires français contre le bolchévisme destinée à envoyer des volontaires français se battre sur le front de l’Est pour défendre l’expansion nazie. Ou bien le silence (qui en dit long) de la hiérarchie catholique devant la rafle du Vél d’Hiv.

Ce livre de Riding, très complet, est à compléter avec le « Minuit » de Dan Franck qui traîte du même sujet. La vie culturelle et l’attitude des intellectuels sous l’occupation.
Ne refaisons pas l’Histoire. Il s’agit juste d’essayer de comprendre…pour ne pas se répéter…
Certains auront choisi d’être du côté de la vie, il faut leur rendre hommage.
« Mes raisons me sont dictées en partie par l’assez incroyable et détestable exhibitionnisme dont font preuve depuis le mois de juin 1940 trop d’intellectuels parmi ceux dont le nom jadis était précédé ou suivi d’un prestige bienfaisant, d’une assurance de solidité quand viendrait l’épreuve qu’il n’était pas difficile de prévoir… » René Char.

Aujourd’hui encore, pas très loin de chez nous, trois « punkettes » russes, les Pussy Riot, résistent et défient la dictature de Poutine.
Soutenons-les !

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