Bois Sauvage de Ward Jesmyn


En attendant Katrina.

L’ouragan Katrina (2005) est l’un des ouragans les plus puissants dans l’histoire des États-Unis : environ deux mille personnes sont mortes.
Avec son œil large de 40 kilomètres, ses vents ont pu atteindre jusqu’à 280 km/h.

«Je suis petite mais je vois bien des choses. Mon corps est un oeil sans limite qui malheureusement, voit tout.» (Gloria Fuentes)

C’est Esch qui raconte. Elle a quatorze ans.
Elle vit avec ses frères : Randall, Skeeter et Junior.
Et le père qui tient une casse. Il récupère tout ce qui ne sert plus à rien.
Il récupère surtout des bouteilles d’alcool, ça peut servir.
Le père boit souvent la tasse.
La mère est morte en donnant la vie au petit dernier, Junior.
«Elle est restée accroupie à hurler jusqu’au bout. Junior est né violet comme un hortensia : la dernière fleur de sa vie. Quand papa lui a montré, maman l’a effleuré du bout des doigts comme si elle avait peur de la flétrir, sa fleur, d’éparpiller le pollen. Elle refusait d’aller à l’hôpital. Papa l’a portée jusqu’à la voiture, le sang coulait à ses pieds, on ne l’a jamais revue.»

C’est cru, c’est rude, c’est violent dans le style.
C’est cru, c’est rude, c’est violent dans le bayou.

Ils vivent dans la Fosse, au milieu de la clairière, dans le bayou du Mississipi.
Le Mississipi, berceau du blues, de la ségrégation et de la misère.
L’arbre misérable qui cache la riche forêt des Etats-Unis.
Des vieilles dames en bigoudis et en pantoufles, avec des T-shirt trop grands. Des filles en survêt et en débardeur. Des garçons à casquettes et baskets sur leurs vélos. Voilà pour le décor.
Les jeunes passent du sale temps en se baignant dans une mare infestée de puces, en jouant au basket dans des semblants de paniers, en fumant de la mauvaise herbe, en élevant des chiens pour les entraîner aux combats, en faisant l’amour à la «va-comme-je-te-pousse. »
Chienne de vie !
En attendant Katrina : clouer des planches sur les fenêtres, faire le plein du pick-up et le mettre à l’abri, rentrer des bouteilles d’eau, mettre à cuire tout ce qu’il y a dans le frigo, et attendre, attendre que ça passe.
Et ça passe et ça casse.
«L’ouragan hurle, l’eau et le vent se précipitent par la fente, on regarde, les yeux presque fermés. J’ai de l’eau au-dessus des cuisses. La maison penche encore.»

L’écrivaine américaine Jesmyn Ward remporte le prestigieux National Book Award 2011 pour «Bois Sauvage».
Doté de 10 000 dollars pour le lauréat, le National Book Award est l’une des plus prestigieuses distinctions littéraires des Etats-Unis.
Lors de la cérémonie de remise de prix, Jesmyn Ward a déclaré que c’était la mort accidentelle de son frère qui l’avait poussée à devenir écrivaine. Elle a alors pris conscience que la vie était « quelque chose de fragile et d’imprévisible ».

Lecteur touché en plein coeur de l’ouragan.
Touché par les coeurs en vrac d’une famille afro-américaine qui bat la chamade.
L’Amérique à coeur ouvert.
Jesmyn Ward voit bien les choses. Des mots sans limite qui malheureusement, voient tout.
Jesmyn Ward a l’oeil, l’oeil du cyclone !

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