Monkton le Fou de Wilkie Collins


William Wilkie Collins, né à Londres le 8 janvier 1824, mort en 1889, est considéré comme le précurseur du roman policier anglais, voire l’inventeur du thriller.
«La Dame en blanc» et «Pierre de Lune» reflètent les talents de conteur de Collins.
Deux «romans à sensation» !
A chaque fois Collins réussit son pari : tenir son lecteur par le bout du nez et l’emmener là où il veut, quand il veut, avec qui il veut.
Et ça marche…pour notre plus grand plaisir !

«Il a introduit dans l’espace romanesque les plus mystérieux des mystères : ceux qui se cachent derrière nos propres portes.»
dit de lui Henry James.

Collins a vécu dans l’ombre de son ami Charles Dickens. Il publie ses premiers romans sous la forme de feuilletons dans l’hebdomadaire de Dickens «All The Year Round». Les deux amis ont même écrit quelques oeuvres en collaboration.

Un écrivain trop méconnu à (re)découvrir. Donc.

«Monkton le Fou» est un nouvelle d’une centaine de pages parue aux Editions Libretto-Phébus.
Les Monkton de Wincot Abbey en Ecosse sont maudits.
«De génération en génération, la famille avait vu se perpétuer en son sein l’horrible fléau d’une folie héréditaire.»
Alfred, le dernier des Monkton, est amoureux d’Ada Elmslie.
Alors pourquoi Alfred ajourne-t-il subitement son mariage pour se rendre en Italie pour aller chercher le corps disparu d’un oncle tué dans un étrange duel ?
Alfred serait-il, lui aussi, comme tous les Monkton, frappé de déraison ?

Cette nouvelle de Collins fonctionne à merveille.
Le lecteur «happé» dévore l’intrigue à pleine pages.

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Les frères Sisters de Patrick deWitt


«Nous sommes du même sang mais nous n’en faisons pas le même usage.»

J’avais adoré les frères loufoques «Homer et Langley», de E.L . Doctorow, paru également chez Actes Sud. Sorte de conte philosophique à la «Candide» de Voltaire dont je ne me lasserai pas de conseiller la lecture jubilatoire.
Aucun rapport avec ce livre, sauf une histoire de deux frères.
Bon, passons…

Là nous voilà partis dans une aventure du grand mythique Far West.
Sorte de roman-western toqué d’absurde où se mélangent, se confondent, se chevauchent le comique et le tragique.
Sorte de picaresque chevauchée effrénée où le lecteur galope (du coq à l’âne) de courts chapitres en courts chapitres, au gré, à la merci des rencontres que s’amuse à nous proposer l’auteur Patrick DeWitt.
DeWitt, cela se sent à la lecture, a bien dû s’amuser à l’écrire.
Le lecteur, cela se sent à l’écriture, s’amusera à le lire.
Bon, passons…

1851, nous suivons les frères Sisters, Eli et Charlie Sisters en Californie.
Deux frères déjà légendaires dans l’ouest américain.
Deux tueurs à gage : stupides et cruels mais…si attachants !
Eli et Charlie ne sont jamais du même avis.
Toujours à se contredire, à se chamailler…comme deux gamins.
Laurel et Hardy au Far West, le film.
Sorte de Don Quichotte sous acide «Orange Mécanique», fumant comme un «Pulp Fiction», ardent de braises à la McCarthy.
C’est possible ça ?
Humour noir, cadavres pas toujours exquis, dialogues insensés…
Recherche de l’amour, de la Mère éternelle…pour les adeptes du «freudisme» (si, si, ça existe, croyez-moi, j’en ai vus de mes propres yeux). La maison-mère, à l’abri de tous les dangers et de toutes les horreurs de l’existence. «Ses cheveux, son visage et son cou sentaient le sommeil et le savon. »
La mère qui console…qui absout…
Bon, passons…

Les frères Sisters donc.
Eli franc du mot, Charlie franc de la gâchette (qui abat «nonchalamment» ses victimes…parfois innocentes).
Eli se pose beaucoup, beaucoup de questions.
Charlie l’aîné, beaucoup, beaucoup moins.
C’est Elie qui nous raconte l’histoire.

Deux sanguinaires tueurs à gage, dis-je.
Sur odre du mystérieux «Commodore», nos deux frangins doivent traquer Hermann Kermit Warm, un chercheur d’or.
«Qu’est-ce qu’il a fait, ce Hermann Warm ?
– Il a pris quelque chose au Commodore.
– Qu’est-ce qu’il a pris ?
– Nous le saurons bientôt. Avant tout, il faut le tuer.»

Et nous voilà en selle pour la chevauchée fantastique.
Sur le chemin, nous allons rencontrer, en vrac : un ex cowboy improvisé dentiste, un homme qui pleure tout le temps, une sorte de sorcière, un indien mort, un serveur de restaurant philosophe, une brosse à dents révolutionnaire, des trappeurs déguisés en ours, une ourse rousse, un dandy «épistolaire» trop précieux, une «énaurme» fille de joie, un cheval borgne, une rivière illuminée, des castors qui roulent sur l’or, de l’or qui rend aveugle et j’en passe et des plus farfelues…
Et tous ces personnages improbables de parler un langage précieux digne d’un salon de l’Hôtel de Sully en plein XVIIIe.
Mais où va t-on ?

Né en 1975 sur l’île de Vancouver, Patrick deWitt vit actuellement à Portland, Oregon.
«Les Frères Sisters» a figuré dans la dernière sélection du Man Booker Prize 2012, la plus haute distinction littéraire aux États-Unis et a remporté le prix littéraire du Gouverneur général, le prix de l’Association des auteurs canadiens et a été élu meilleur livre de l’année par le Publishers Weekly.

Bref, un livre attrayant, repoussant, inquiétant, émouvant.
Comme une impression d’irréalité…

«Croire en une source diabolique supernaturelle n’est pas nécessaire ; les hommes sont capables de toutes ces méchancetés par eux-mêmes.» Joseph Conrad

Bon passons et bonnes lectures…et comme dit si bien Eli Sisters : «Jamais je ne serai un meneur d’hommes, et je n’ai aucune envie de l’être ; mais ne souhaite pas non plus être mené. je veux rester maître de moi-même.»

Dans le jardin de la bête de Erik Larson

 » On compare parfois la cruauté de l’homme à celle des fauves, c’est faire injure à ces derniers.  » Fiodor Dostoïevski.

Erik Larson, auteur américain né en 1954 à Brooklyn, est un abonné aux best-sellers dans le genre romans historiques et policiers.
« Le Diable dans la ville blanche » se situe dans le Chicago du XIXe pendant l’exposition universelle.
« Dans le jardin de la bête » nous plonge dans le Berlin de 1933 aux côtés de William E. Dodd, premier ambassadeur américain en Allemagne nazie.
Ce livre n’est pas une oeuvre de fiction.
C’est une sorte de « documentaire-fiction » construit à partir de documents historiques, journaux intimes, lettres, mémoires, archives…Travail monumental de recherche et de synthèse.
Erik Larson n’aura pas fait des études d’Histoire pour rien.
Avant tout, et j’insiste, ce livre est très agréable à lire. Il se lit (presque) comme un roman (mais tout de même pas comme un thriller comme annoncé sur la jaquette du livre, qu’est-ce qu’on ferait pas pour vendre, bon passons).

En parallèle je conseille de lire le poignant témoignage de Inge Scholl « La rose blanche ». Quelques allemands ont eu le courage de résister au nazisme. Il ne faut pas l’oublier. Il ne faut pas les oublier.

1933 : Hitler vient d’être nommé chancelier et commence à installer son impitoyable pouvoir.
Dodd a soixante-quatre ans quand il est nommé ambassadeur à Berlin.
Il s’installe dans sa nouvelle fonction avec sa femme Mattie, sa fille Martha (vingt-quatre ans) et son fils William Jr (surnommé Bill, vingt-huit ans).
En Amérique Dodd était directeur du département d’Histoire de l’université de Chicago. Jeune étudiant il avait séjourné en Allemagne.
Nous allons vivre dans l’ambassade américaine, au jour le jour, heure par heure : conversations téléphoniques, échanges de courrier, discussions…
Nous allons côtoyer de très près Hitler, Göring, Goebbels, Rudolf Diels (le premier chef de la Gestapo), Roosevelt, G. S. Messersmith consul à l’ambassade (un des premiers à avoir sonné l’alarme…en vain…).
Suivre pas à pas, tel un témoin désarmé, les faits et gestes de cette époque inquiétante. La montée en puissance du nazisme.
Les premiers autodafés, les premiers défilés et saluts hitlériens obligatoires, les premiers sévices de la Gestapo, les premiers camps.
Jusqu’à la « Nuit des longs couteaux » en juin 1934.
Erik Larson nous fait « relire » deux ans d’Histoire.
Deux années décisives d’hésitation, de naïveté, d’incompréhension, de sourdes oreilles, voire d’ambiguïté des grandes démocraties comme les Etats-Unis, la Grande Bretagne…la France.
Un nouvel éclairage qui pourra satisfaire les allergiques aux lourds essais, les susceptibles de la magistrale leçon d’Histoire ou les perméables aux thèses politiques.

En 1933, le consul Messersmith écrit, déjà : « J’aimerais, écrit-il, faire comprendre aux Américains que cette tendance belliqueuse se développe en Allemagne. Si leur gouvernement se maintient au pouvoir encore une année, et s’il continue à agir dans le même sens, il avancera à grand pas dans une direction : faire de l’Allemagne un danger pour la paix mondiale dans les années à venir. À part quelques exceptions, les hommes qui dirigent ce gouvernement ont un état d’esprit que ni vous ni moi ne pouvons comprendre. Quelques-uns sont des psychopathes qui ailleurs seraient sous traitement. »

Alors pourquoi personne n’a-t-il réagi ? Pourquoi a-t-il fallu si longtemps pour prendre la mesure du danger que représentaient Hitler et son régime ?

Je n’ai pas la réponse…sinon à chercher dans la nature humaine…

Les demoiselles de Concarneau de Georges Simenon

Simenon c’est 500 millions de livres vendus, 200 romans et 255 nouvelles.
Belge d’expression française (1903-1989), Simenon c’est le fameux commissaire Maigret. Mais pas seulement.
« Un grand romancier, le plus grand sans doute. » écrivait Gide.
Simenon sait décrire l’être humain, l’aliénation moderne, son XXe siècle.
Romans de moeurs comme chez Balzac ou Maupassant.
« Tous mes romans, toute ma vie, n’ont été qu’une recherche de l’homme nu. »

« Les demoiselles de Concarneau » est un court roman d’une centaine de pages.
Jules Guérec a quarante ans. Il vit (tente de vivre), coincé, étouffé entre ses trois soeurs : Marthe, Céline et Françoise.
Jules est un riche patron-pêcheur à Concarneau.
« Sans doute qu’il devait en être ainsi », sa vie va basculer.
Drame irréparable.
Je ne peux pas vous en dire plus…
Je vous laisse le grand plaisir de découvrir ce Simenon.
Terriblement efficace !

Putain d’Olivia de Mark Safranko


Sacré Max !

Bien content de retrouver le p’tit Max.
Max le fils d’immigré polonais que j’avais découvert dans « Que Dieu bénisse l’Amérique. »
Max a grandi et vit maintenant avec cette « putain » d’Olivia (Livy pour les intimes).

Jimmy Carter vient d’être élu président des Etats-Unis.

Max vivote de petits boulots en petits boulots : manoeuvre, livreur de journaux, et même astrologue…
Logement pourri et dèche à la fin du mois.
Il a un rêve : devenir écrivain.
« A présent que j’avais du temps devant moi, j’allais écrire. Faire ce que, je l’avais lu, faisaient les vrais artistes : se lever aux aurores, se planter à leur établi dans la divine quiétude de l’aube, et attendre d’être frappés par l’éclair de l’inspiration. Si ça marchait pour eux, pourquoi ça marcherait pas pour moi ? »

Oui mais voilà, Max est dingue amoureux de Livy et Livy n’est pas très facile à vivre !
Une vraie peste cette Livy.
« Si j’étais endormie au vingtième étage d’un immeuble en flammes, te précipiterais-tu à l’intérieur pour me sauver, même si tu risquais sûrement de mourir en le faisant ? »

Ah, l’amour, toujours l’amour…

Max aime lire (Simenon, Henri Miller…), jouer de la guitare, boire sa bière tranquille sur son canapé et aimer Livy.
Pas compliquée la vie !

Ce que j’apprécie chez Mark Safranko, c’est son autodérision.
Même quand t’as plus rien, « Il te reste plus qu’à rire de toi-même… »

Je l’aime bien ce Max.

Certaines n’avaient jamais vu la mer de Julie Otsuka


Lisez ce livre !

Ce livre est à l’image de son titre : magnifique !
Certaines n’avaient jamais vu la mer…
(le titre original est «The Buddha in the Attic»)

C’est le deuxième livre de Julie Otsuka. Il vient d’obtenir le Pen/Faulkner Award for Fiction 2012.
Julie Otsuka, née en 1962 en Californie, est diplômée en art et décide d’abandonner une carrière de peintre pour se consacrer à l’écriture.

J’avais adoré son premier livre : «Quand l’empereur était un dieu» paru chez Phébus également.
Il racontait l’après Pearl Harbor, quand les citoyens américains d’origine japonaise sont internés, parqués dans des camps en attendant la fin du conflit.

Celui-là raconte l’avant Pearl Harbor.
«Sur le bateau nous étions presque toutes vierges. Nous avions de longs cheveux noirs, de larges pieds plats et nous n’étions pas grandes…»
Début du XXe siècle, des agents marient par correspondance des Nippones à des Américains. Elles quittent leur Japon natal pour fuir la misère. Les parents restés au Japon récupéreront l’argent de la dot…peut-être…
«Toutefois, même les plus réticentes admettaient qu’il valait mieux épouser un inconnu en Amérique que de vieillir auprès d’un fermier du village.»

Leurs maris qu’elles n’ont pas choisis les attendent au port de San Francisco.
Après tout, ici, en Amérique, les hommes tiennent la porte aux femmes et soulèvent leurs chapeaux en disant : «Les dames d’abord.» ou bien «Après vous.»
C’est l’histoire tragique d’une émigration.
Alors Julie Otsuka va nous raconter ces femmes, toutes ces femmes…
Ces femmes invisibles…en choeur.

La traversée tragique en bateau, la première nuit avec ce mari inconnu, le premier enfant né, le racisme des blancs, enfin la déclaration de guerre au Japon et nous voilà revenus à son premier livre «Quand l’empereur était un dieu».

Cette nouvelle main d’oeuvre féminine est très rentable (gratuite même parfois) pour les «bons» patrons blancs. Après tout un Japonais peut vivre avec une cuillerée de riz par jour, dit-on.
Les «bons» patrons blancs leur apprennent même quelques mots d’anglais comme : «Un seau», «Une serpillière», «Un balai».
Quand elles vont au cinéma elles ont leurs places réservées, tout en haut, au deuxième balcon, les plus mauvaises places de la salle…au «paradis des nègres».
Quand elles vont au restaurant, elles savent qu’elles doivent toujours commencer par téléphoner : «Vous servez les Japonais ?»
Il peut arriver que le «bon» patron blanc se nomme Charlie Chaplin…

Ce roman s’inspire de témoignages d’immigrants japonais et se sert de nombreuses sources historiques pour s’écrire en mots légers, presque insouciants, mots retenus, presque poétiques, mots lancinants, mots prêts à vous envoûter pour mieux vous bouleverser.

Magnifique vous dis-je !
Une auteure à découvrir d’urgence sous peine de…sous peine de…sais pas moi, sous peine de passer à côté d’un bout de chemin de la littérature.

Sortez des sentiers battus et rebattus par les grands roulements de tambours médiatiques.

Cher lecteur, ne vous égarez pas, n’allez pas vous perdre et perdre votre temps dans les obscurs et prétentieux nombrils des écrivains nés une cuillère d’argent dans la bouche (faute d’une belle plume dans le…) qui accordent chaque automne leurs violons d’une torpeur uniforme.
Mais qu’ont-ils à se vanter, chaque année, les artistes ?

Achetez, empruntez ou volez ce livre !
Parfois, elles reçoivent des lettres de leurs mères :
«Je vois encore l’empreinte de tes pas dans la boue de la rivière.»
Une phrase, rien qu’une phrase…

Réserve ta derniere danse pour Satan de Nock Tosches


«C’était une autre époque, on l’aura compris.»

C’est le début du rock’n’roll. Le tout début.
Années 50-60 aux Etats-Unis.
Nick Tosches, écrivain et journaliste rock né en 1949, raconte (dans son franc-parler) le milieu des maisons d’édition musicale : Colombia, Goodman, Decca, Old Town Records, Apollo, Mercury, Atlantic.
Un sacré panier de crabes !
Certaines, beaucoup vont disparaître, avalées tout cru par les Majors.
A cette époque (épique), tout le monde essayait de racketter tout le monde.
La Mafia va plonger (plein tube) dans ce nouveau territoire vierge.
Les licences exclusives pour vendre les juke-box sont détenues par les plus grands gangsters de New-York.
Rackets de juke-box, contrefaçons de disques, artistes arnaqués qui ne toucheront jamais leurs droits d’auteurs…
«C’était le bordel. Ces types ramenaient leurs nanas du moment, genre les filles déguisées en lapins qui étaient hôtesses au Playboy ou autres, pour qu’elles enregistrent des disques. Ils filaient aux filles un vague texte et me les envoyaient. Elles étaient toutes incapables de chanter.»

Doo-wop, rythm’n’blues, rock’n’roll.
Les premiers groupes : Drifters, Shangri-Las, Fiestas, Everly Brothers, Earls…
Les Beatles, la pop, le rock servi avec du lait et des cookies, c’est pas trop son truc au père Tosches.
«Les Beatles, cette espèce de groupes de filles idiot avec des organes génitaux mâles. »
Lui ce qu’il aime c’est le bon vieux blues, le rythm’n’blues : les Stones, John Lee Hooker, Bob Dylan.

Alors allez vite écouter «Sally, Go’Round the Roses» des Jaynetts.
Un pur bijou !

Brian Jones, Jimi Hendrix, Jim Morrrison, Janis Joplin, Keith Moon, Kurt Cobain, Ian Curtis…la liste est trop longue…
La drogue du succés a tué plus d’hommes que les balles.

Nick Tosches nous réssuscite ces premiers pas : un petit pas pour le rock’n’roll mais un grand sac de fric pour les grasses maisons de disques !
Un document truffé d’anecdotes succulentes, le tout assaisonné d’un humour caustique.

Yes, it’s only rock’n’roll but I like it, like it !