Home de Toni Morrison


Ici se dresse la littérature.

«Home» chante-hante le blues.
Comme le «Strange Fruit» de Billie Holiday.

«Southern trees bear a strange fruit
Blood on the leaves and blood at the root
Black body swinging in the Southern breeze
Strange fruit hanging from the poplar trees. »
(Les arbres du Sud portent un étrange fruit,
Du sang sur les feuilles et du sang aux racines,
Un corps noir qui se balance dans la brise du Sud,
Étrange fruit suspendu aux peupliers.)

Comme ce vieil homme battu à mort, puis «ligoté au plus vieux magnolia du comté».

C’est le dixième roman de Toni Morrison.
Incisif. Percutant.
Une Amérique des années 50 à la dérive.
Habitée de lynchages et de cagoules blanches.
Un be-bop complexe et silencieux qui nous poursuit. Comme ce batteur infatigable viré de scène par le trompettiste et le pianiste.
Un cauchemar au tempo endiablé.

«Puisque vous tenez absolument à raconter mon histoire, quoi que vous pensiez et quoi que vous écriviez, sachez ceci : je l’ai vraiment oublié, l’enterrement. Je ne me souvenais que des chevaux. Ils étaient tellement beaux. Tellement brutaux. Et ils se sont dressés comme des hommes.»

Ecriture puissante qui prend à partie le lecteur.

Frank Money (nom d’esclave donné par le «bon» maître blanc) revient de nulle part. De la guerre de Corée. De l’enfer.
«Un autre enfant ayant seulement la moitié inférieure du visage intacte, et dont la bouche criait maman».
De quoi se perdre dans l’alcool.
De quoi se perdre…
Sa petite soeur Cee, née dans le ruisseau, élevée «à la main »(comme dirait Dickens) qui n’en finit pas de mourir à petits feux.
Lui c’est Hansel. Elle sera Gretel.
A la recherche de l’Amérique.

Toni Morrison, 81 ans, Prix Nobel de littérature 1993, signe un chorus entêtant.
Un écho féroce, presque militant.
Un appel retentissant à lever le poing !

«Ici se dresse un homme.»

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Une réflexion sur “Home de Toni Morrison

  1. Celui là est bien évidemment à mon programme, à entendre les critiques, à lire les billets sur le livre je suis très admirative d’une auteure qui pourrait forte de son Nobel, céder à la facilité et qui parvient à ramasser son écriture pour livrer de magnifiques romans en 150 pages ! quel talent extraordinaire

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