Certaines n’avaient jamais vu la mer de Julie Otsuka


Lisez ce livre !

Ce livre est à l’image de son titre : magnifique !
Certaines n’avaient jamais vu la mer…
(le titre original est «The Buddha in the Attic»)

C’est le deuxième livre de Julie Otsuka. Il vient d’obtenir le Pen/Faulkner Award for Fiction 2012.
Julie Otsuka, née en 1962 en Californie, est diplômée en art et décide d’abandonner une carrière de peintre pour se consacrer à l’écriture.

J’avais adoré son premier livre : «Quand l’empereur était un dieu» paru chez Phébus également.
Il racontait l’après Pearl Harbor, quand les citoyens américains d’origine japonaise sont internés, parqués dans des camps en attendant la fin du conflit.

Celui-là raconte l’avant Pearl Harbor.
«Sur le bateau nous étions presque toutes vierges. Nous avions de longs cheveux noirs, de larges pieds plats et nous n’étions pas grandes…»
Début du XXe siècle, des agents marient par correspondance des Nippones à des Américains. Elles quittent leur Japon natal pour fuir la misère. Les parents restés au Japon récupéreront l’argent de la dot…peut-être…
«Toutefois, même les plus réticentes admettaient qu’il valait mieux épouser un inconnu en Amérique que de vieillir auprès d’un fermier du village.»

Leurs maris qu’elles n’ont pas choisis les attendent au port de San Francisco.
Après tout, ici, en Amérique, les hommes tiennent la porte aux femmes et soulèvent leurs chapeaux en disant : «Les dames d’abord.» ou bien «Après vous.»
C’est l’histoire tragique d’une émigration.
Alors Julie Otsuka va nous raconter ces femmes, toutes ces femmes…
Ces femmes invisibles…en choeur.

La traversée tragique en bateau, la première nuit avec ce mari inconnu, le premier enfant né, le racisme des blancs, enfin la déclaration de guerre au Japon et nous voilà revenus à son premier livre «Quand l’empereur était un dieu».

Cette nouvelle main d’oeuvre féminine est très rentable (gratuite même parfois) pour les «bons» patrons blancs. Après tout un Japonais peut vivre avec une cuillerée de riz par jour, dit-on.
Les «bons» patrons blancs leur apprennent même quelques mots d’anglais comme : «Un seau», «Une serpillière», «Un balai».
Quand elles vont au cinéma elles ont leurs places réservées, tout en haut, au deuxième balcon, les plus mauvaises places de la salle…au «paradis des nègres».
Quand elles vont au restaurant, elles savent qu’elles doivent toujours commencer par téléphoner : «Vous servez les Japonais ?»
Il peut arriver que le «bon» patron blanc se nomme Charlie Chaplin…

Ce roman s’inspire de témoignages d’immigrants japonais et se sert de nombreuses sources historiques pour s’écrire en mots légers, presque insouciants, mots retenus, presque poétiques, mots lancinants, mots prêts à vous envoûter pour mieux vous bouleverser.

Magnifique vous dis-je !
Une auteure à découvrir d’urgence sous peine de…sous peine de…sais pas moi, sous peine de passer à côté d’un bout de chemin de la littérature.

Sortez des sentiers battus et rebattus par les grands roulements de tambours médiatiques.

Cher lecteur, ne vous égarez pas, n’allez pas vous perdre et perdre votre temps dans les obscurs et prétentieux nombrils des écrivains nés une cuillère d’argent dans la bouche (faute d’une belle plume dans le…) qui accordent chaque automne leurs violons d’une torpeur uniforme.
Mais qu’ont-ils à se vanter, chaque année, les artistes ?

Achetez, empruntez ou volez ce livre !
Parfois, elles reçoivent des lettres de leurs mères :
«Je vois encore l’empreinte de tes pas dans la boue de la rivière.»
Une phrase, rien qu’une phrase…

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