14 de Jean Echenoz

Comme en 14 !

Comme d’autres attendent, fébriles les oreilles tendues, la dernière galette de Frédéric François ou d’Adamo, moi, lecteur fiévreux l’oeil pendu sur l’horizon vitré des librairies, je scrute le dernier pot de beurre de mon cher Echenoz.

L’écrivain désinvolte et désabusé à l’écriture «court-métrée».
A la Jacques Tati.

Comme dans «Je m’en vais.» (Prix Goncourt 1999) ou «Courir», Echenoz filme l’éphémère, tourne la manivelle de la parodie, concasse le cocasse, poussent ces personnages dans les orties du décor et rire au coin des mots, pince, sans rire, le lecteur.
Et puis chez Echenoz les mots sont méticuleux : on respire des atomes d’air, on pénétre et on insémine, on a des habitus et les chiens sont homothétiques à leurs maîtres.
Echenoz est un maniaque.

1914. En Vendée. On est un samedi.
Anthime roule en bicyclette et entend sonner à l’unisson les cloches des villages vendéens.

«Le tocsin, vu l’état du monde, signifiait à coup sûr la mobilisation.»

Anthime et ses camarades de pêche et de bistrot se retrouvent à la caserne.
Les hommes. Au front.
Padioleau le boucher, Bossis l’équarisseur, Arcenel le bourrelier.
Ils sentent déjà le cadavre et l’on se voit retarder sa lecture pour les garder en vie.
Chaque page tournée va les précipiter dans le bourbier des tranchées.

«Padioleau, de ce fait, s’est retrouvé nageant follement dans sa capote cependant que Bossis ne pourrait jamais plus, le temps qui lui restait à vivre, s’adapter à ce pantalon.»

Et puis il y a Blanche. La femme. A l’arrière.
L’amie de Marcel Tendron. Celui qui reçoit le prix Goncourt pour «Le Peuple de la mer», devant «Le Grand Meaulnes» d’Alain-Fournier et «Du côté de chez Swann» de Marcel Proust.
L’ami de la famille.

Blanche la Pénélope tricote un enfant et attend.

Quand reviendront-ils les hommes ?

La guerre de 14-18.
Cet opéra sordide et puant déjà décrit, écrit mille fois est ici (dé)joué par Echenoz qui va même jusqu’à couper un bras à Anthime, aidé par un éclat d’obus «en forme de hache polie néolithique».
Cendrars est passé par là.
Cendrars, l’homme à la main coupée, qui écrivait : «Les poilus étaient découragés. Ce va et vient était bien la plus grande saloperie de cette guerre, et la plus démoralisatrice, et il ne manquait qu’une sirène à l’entrée des boyaux – une sirène et une horloge et un système de contrôle à poinçon qui leur aurait délivré une fiche et un petit portillon de fer à fermeture automatique – pour rappeller aux pauvres bougres leur boulot à l’usine, sans rien dire des blessés qui croyaient en être quittes, et qui remontaient, et qui remettaient ça, à l’usine de la mort, une fois, deux fois, trois fois, quatre jours en première ligne, quatre jours dans les cantonnements à l’arrière.»

On ne quitte pas cette guerre comme ça…

Un conseil d’ami : lisez Echenoz !

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Une réflexion sur “14 de Jean Echenoz

  1. Vendu !
    je l’ai entendu un peu partout sur les radios, je lis des billets de blog tous dans le même sens alors …et bien que n’aimant pas du tout Echenoz je vais me laisser tenter mais sans me presser, il faut du temps à la médiathèque pour mettre un livre en route ………

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