Les larmes d’Aral de Jérôme Delafosse


Toujours se méfier d’un best-seller.
Parole de lecteur.

Celui-là est excellent !
Ma parole !

Longtemps «Les larmes d’Aral» se sont écoulées sur toutes les vitrines des librairies.
D’ailleurs, il a été étiqueté comme tel : Editions Robert Laffont, collection Best-Sellers.
Une couverture intrigante et engageante pour attirer le chaland avide de sensations fortes.

Allons-y, chers lecteurs, allons-y…
C’est parti !

Nous sommes en 1994, en Irlande, dans le comté de Donegal.
Sinhead et Gari vivent ici dans un cottage.
Gari Weiss est un loup-reporter solitaire. Un sniper de la presse. Il a fui la Pologne antisémite.

Sinhead McKeown, journaliste elle aussi, enceinte de quelques mois, prend l’air. Elle a besoin de marcher un peu le long du vieux mur de pierres.
Gari travaille dans son bureau.

Quand une explosion pulvérise la maison.
Son mari sera brûlé vif. Son enfant perdu.
Sinhead, elle, s’en sortira : cicatrices indélébiles à vie et vengeance tenace collée au corps.

«Ne montre jamais tes sentiments, ne montre jamais quand tu subis.» lui disait son père, le célèbre McKeown.

Au même moment à Paris des cadavres irradiés s’accumulent dans un camp de réfugiés d’Europe de l’Est.
Deux flics, Raphaël Zeck et son compère Drago sont sur l’affaire.

Le lourd passé de Sinhead pèse lourd dans la balance : des parents militants nationalistes irlandais atrocement liquidés par les bouchers loyalistes de l’Ulster Volunteer Force.
Un frère activiste de l’IRA incarcéré pour vingt ans dans une prison britannique.

De là à l’inculper du meurtre de son mari…
Sinhead part en cavale.

Et ça va vite s’emballer. Guère le temps de souffler entre chaque chapitre.

Et nous voilà embringués dans des mondes secrets, souterrains, sanglants, sans foi ni loi de la mafia, de la politique corrompue et leurs satellites nébuleux aux mains sales, très, très sales…
Argent sale, manipulations, trafic d’armes, trafics d’influence, attentats commandités…j’en passe et des biens pires…

Sur notre chemin : une fiole contenant des paupières humaines, des signes kabbalistiques tracés avec du sang dans un souterrain, une étrange photographie de l’Univers retrouvée près de corps en décomposition…
Voilà de quoi nous pousser à lire.

Et quand la guerre des polices s’en mêle : DGST, SAT, SRPJ, DGPN, DST, etc.
Guerre des sigles.

Oui ça fait beaucoup de monde, mais l’auteur tient les rênes : avec maîtrise et talent.

L’auteur, tiens justement, laissons-le lui-même se présenter :
«Je suis un grand reporter, auteur de reportages photographiques et de documentaires d’aventures. J’ai beaucoup voyagé autour du monde, travaillé sur des thèmes très différents des unités de forces spéciales françaises, à la bioluminescence produite par les animaux des grandes profondeurs marines en passant par les vestiges du palais englouti de Cléopâtre en Égypte, les abeilles tueuses au Brésil ou les Pharaons noirs du Soudan.
J’ai également exercé la profession de scaphandrier professionnel qui m’a permis de vivre des expériences très différentes, des travaux sous-marins aux fouilles archéologiques sous-marines.»
Il est grand reporter. Depuis 2006, il est l’un des « Nouveaux Explorateurs », émission diffusée sur Canal Plus et Travel Channel, pour laquelle il parcourt la planète à la rencontre des peuples de l’eau. C’est la confrontation de ces voyages, de son insatiable curiosité et de son imagination qui nourrit ses romans, toujours extrêmement documentés.

Jérôme Delafosse sait tirer les ficelles. Nous mène par le bout des pages jusqu’au dénouement.
Suffit d’être curieux et ça roule, ça court, ça embarque le lecteur jusqu’à la dernière page.
Bien joué Jérôme Delafosse.
La machine à lire, chère aux Boileau-Narcajac, bien huilée, fonctionne à merveille.
Le lecteur, suspendu au suspens, collé aux jupons de Sinhead, aux aguets, à cran, par monts et par vaux, cahoté de Belfast à Paris en passant par Amsterdam et l’Ouzbékistan, vit un moment fort en émotions.

Un très, très bon moment de lecture, dis-je.
Et c’est déjà beaucoup !

Bon je vous laisse entre les mains de ce remarquable polar…
Bonne lecture !

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