Le droit à la paresse de Paul Lafargue

C’est l’occasion de causer de ce brûlot de Lafargue.

2012.
Une nouvelle étude sur le monde du travail vient d’être publiée.
Physiquement présent mais psychiquement absent.
Le «présentéisme» ça vous parle ?
La «démission intérieure» ça vous dit quelque chose ?
Donner l’impression de travailler, faire semblant pour contenter son patron ou son chef de service.
Jamais en retard, aucun congés de maladie au compteur, fidèle au poste jusqu’au bout du bout.
Mais dans quel état !
Ailleurs, parti, en sommeil mais bel et bien là !
«Ce phénomène concerne des personnes qui ont des troubles mineurs en terme de santé et qui en raison du stress, développent des pathologies qui ne les empêchent pas d’êtres présentes au travail, mais les empêchent de se concentrer.» note un médecin du travail. »
Le présentéisme coûterait plus cher que l’absentéisme.

Le mot «travail» vient du latin « tripalium » qui désignait un instrument de torture à trois pieux. On appelle encore « travail » un appareil servant à immobiliser les chevaux rétifs pour les ferrer ou les soigner.
Le mot « travail » désignait autrefois l’état d’une personne qui souffre (ce sens est toujours utilisé en obstétrique).

1880.
«Le Droit à la paresse» ouvrage de Paul Lafargue, paraît en 1880.
C’est un manifeste social qui centre son propos sur la « valeur travail » et l’idée que les hommes s’en font.
Pour Lafargue ce sont « les prêtres, les économistes, les moralistes » qui sont à l’origine de cet amour aveugle du travail.
Les mots cinglants du gendre de Marx (il épouse Laura la fille de Karl Marx) résonnent encore aujourd’hui.
Temps de crise mais pas pour tout le monde !
Certes Jean d’Ormesson est toujours aussi fringant. Je m’en réjouis pour lui. Lire, écrire et converser, sans soucis du lendemain, doit sûrement conserver…
Mais que dire de l’ouvrier ou du cadre dynamique pressé-stressé comme un citron. A ce sujet je recommande vivement de lire le polar de Marin Ledun, «Les visages écrasés».
Je ne résiste pas au plaisir, non dissimulé, de vous en extraire un long passage éloquent.
« Le problème, ce sont ces fichues règles de travail qui changent toutes les semaines. Ces projets montés en quelques jours, annoncés priorité-numéro-un, et abandonnés trois semaines plus tard sans que personne ne sache vraiment pourquoi, sur un simple coup de fil de la direction. La valse silencieuse des responsables d’équipes, toujours plus jeunes et plus inflexibles, mutés dans une autre agence ou partis par la petite porte. Cette tension permanente suscitée par l’affichage des résultats de chaque salarié, les coups d’œil en biais, les suspicions, le doute permanent qui ronge les rapports entre collègues, les heures supplémentaires effectuées pour ne pas déstabiliser l’équipe, le planning qui s’inverse au gré des mobilités, des résultats financiers et des ordres hebdomadaires. Les tâches soudaines à effectuer dans l’heure, chaque jour plus nombreuses et plus complexes. Plus éloignées de ses propres compétences. Les consignes qui évoluent sans arrêt. Les anglicismes et les termes consensuels supposés stimuler l’équipe et masquant des réalités si sourdes et aveugles que le moindre bonjour est à l’origine d’un sentiment de paranoïa aigue. L’infantilisation, les sucettes comme récompense, les avertissements comme punition. La paie, amputée des arrêts maladie, et des primes au mérite qui ne tombent plus. Les objectifs inatteignables. Les larmes qui montent aux yeux à tout moment, forçant à tourner la tête pour se cacher, comme un enfant qui aurait honte d’avoir peur. Les larmes qui coulent pendant des heures, une fois seul. Mêlées à une colère froide qui rend insensible à tout le reste. Les injonctions paradoxales, la folie des chiffres, les caméras de surveillance, la double écoute, le flicage, la confiance perdue. La peur et l’absence de mots pour la dire.»

Certes l’espérance de vie s’allonge (pas pour tout le monde) mais dans quel état ?
« A mesure que la machine se perfectionne et abat le travail de l’homme avec une rapidité et une précision sans cesse croissantes l’ouvrier, au lieu de prolonger son repos d’autant, redouble d’ardeur, comme s’il voulait rivaliser avec la machine ».

Les échos de Lafargue sifflent encore aux oreilles des maîtres du capitalisme.
Actionnaires invisibles qui sucent le sang des travailleurs et se gavent de dividendes.
Fortunes des patrons volées dans le dos des travailleurs.
«La crise agricole, la crise industrielle et enfin la crise financière qui bouleversera l’Europe de fond en comble et dont la banqueroute sera le pogrom de l’Europe.»
Non, vous ne rêvez pas, nous sommes en 1882 quand Lafargue écrit ces mots.

Vive l’absentéisme ! Vive la paresse ! Vive Gaston Lagaffe !
Travaillez moins pour lire plus, vous dis-je !

« Pour qu’il parvienne à la conscience de sa force, il faut que le prolétariat foule aux pieds les préjugés de la morale chrétienne, économique, libre penseuse ; il faut qu’il retourne à ses instincts naturels, qu’il proclame les Droits de la Paresse, mille et mille fois plus sacrés que les phtisiques Droits de l’Homme concoctés par les avocats métaphysiques de la révolution bourgeoise ; qu’il se contraigne à ne travailler que trois heures par jour, à fainéanter et bombancer le reste de la journée et de la nuit. » Paul Lafargue.

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