La nuit a dévoré le monde de Pit Agarmen


« Ce fut un été humide et rigoureux, se rappelle Mary Shelley en 1831, et la pluie incessante nous confinait des jours entiers à l’intérieur de la maison ». Là, elle va écrire «Frankenstein ou le Prométhée moderne».

Lendemain de cuite difficile. Sacrée gueule de bois.

Antoine Verney est un écrivain de romans à l’eau de rose, romans de gare, genre collection Arlequin.
Il a écrit : «Rougir de plaisir», «L’Amour commotion», «Il n’y aura plus d’hiver dans les saisons de ma passion» ou bien «La théorie des amoureux solubles».

Après une soirée trop arrosée et huit heures de sommeil plus tard, notre héros se réveille.
Des zombies ont pris le contrôle de la planète. C’est une pandémie mondiale. Ils sont des millions, des dizaines de millions.
Ils sont la foule. Infinie et sans âme.
«Leur nombre est leur intelligence. »
Il n’y a plus de gouvernements, plus de police, plus d’armée.
Les dernières poches de résistance sont tombées.
Plus de télé, plus de tous ces appareils électroniques qui nous rendent esclaves, plus de disques durs…
Restent les livres…

Et des zombies.
«Dents immondes, une langue grise qui s’agite, des lèvres retournées…corps à moitié dénudés, doigts tendus.»
Ils sont là pour signifier notre mortalité, «la mort dans notre vie, et la vie dans la mort.»

Antoine Verney serait (j’ai bien écrit «serait») le seul survivant.
Constat : «J’étais heureux et je ne le savais pas.»

Le lecteur tourne, tourne les pages avec une seule idée en tête : comment va t-il s’en sortir ?

Notre héros, car il s’agit bien d’un héros, occupe son temps : faire le ménage, lire (Dostoïevski, Stendhal, Jane Austen), écrire, se ravitailler en nourriture, cultiver un jardin, récolter l’eau de pluie, entretenir des plantes vertes, souligner le nom du saint sur un calendrier des pompiers et tuer un zombie de temps en temps.
En pleine tête, seul moyen de les achever.

Parfois les zombies disparaissent et…ils nous manquent…
Puis l’habitude des zombies : l’habitude abrutit.
Enfin, ces zombies adorent écouter notre héros lire à haute voix (de loin, distance de sécurité oblige) ses romans sentimentaux qui parlent de jeunes infirmières amoureuses de vieux chirurgiens ou de femmes battues qui se vengent…
Il a (enfin) trouvé son public.
«Si je ne suis pas désiré, je ne suis plus rien.»

Bien sûr les êtres aimés lui manquent.
Les autres…aussi !

Plus tard, c’est la rencontre avec un autre survivant : une femme.
L’unique femme ?
«Ses cheveux bougent quand elle marche…»
Ah, l’amour, toujours l’amour…

Roman de série B. Littérature populaire. Que sais-je ?
«Et j’étais libre, car personne ne se soucie de littérature populaire. Elle n’est pas surveillée.» nous dit le héros ou bien est-ce l’auteur ?

Bon, j’avoue (pourquoi devrais-je avoir honte de lire des histoires de zombies ?), j’ai aimé lire ce livre. Je l’ai lu avec un plaisir non dissimulé que je vous exhibe ici-même.
Je me suis beaucoup amusé.

Et ne comptez pas sur moi pour vous dévoiler la fin.

Avertissement à la population : les zombies sont des morts-vivants partiellement décomposés, dépourvus de langage, de raison et souvent de conscience, qui survivent en se nourrissant de la chair humaine des vivants.

Aurions-nous besoin d’ennemis pour (sur)vivre ?

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