Aimer et laisser mourir de Jacques-Olivier Bosco


«Il était Lucas Murneau…mais il était aussi le Maudit.»

Friedrich Wilhelm Murnau, cinéaste allemand, a réalisé, entres autres, «Le Crime du docteur Warren», «Satanas», «Nosferatu le Vampire», «Les Quatre Diables».
«M le Maudit» est un film de Fritz Lang.
Murnau et Lang sont deux cinéastes rangés dans le profond tiroir de l’expressionnisme.
Les représentations expressionnistes fondées sur des visions angoissantes ont pour objectif d’atteindre la plus grande intensité expressive, reflet de la vision pessimiste que les expressionnistes ont de leur époque.
C’était juste pour votre culture personnelle.
Voilà, ça c’est fait et ça fait du bien de vous cultiver, non ?

Les histoires d’a…, les histoires d’a…, les histoires d’amour finissent mal…en général.

Noir, vous avez bien dit, noir ?
Non, ce polar, est très, très (trop?) noir !

Lu d’une traite, sous tension, tétanisé. Sans pause et ça va vite, très, très vite.
Pas le temps de souffler. Suffocant.

De la jungle de Colombie aux forêts sombres de Croatie, de Bogota à Paris en passant par les suites luxueuses de Cannes, ça flingue à tout- va.

Le casting est impressionnant.
Ames sensibles passez votre chemin et courez vite, vite, lire le dernier Marc Lévy, courez vite, vite, vous réfugier chez Philippe Delerm.

Dans la famille requin, je demande.
Federico Lopez, l’obscur avocat des cartels de Colombie et Isabelle sa fidèle collaboratrice aux yeux de félin.
Faut s’en méfier !
Le clan sanguinaire des Croates. Les frères Mordeck, Vlad et Tcheck.
Spécialisés dans le trafic de femmes.
A fuir comme la peste !
Le gang de Montcalle, favela de Bogota.
Des gamins armés jusqu’aux dents.
A éviter coûte que coûte !
Yves Ponzonni, dit Pompon. Le Corse.
Spécialisé dans le trafic d’armes. Entre autres trafics.
Pas très fréquentable !
Juan Nesta, le péruvien, dit le Crevard.
Spécialisé dans la culture des champs de coca et…des labos qui vont avec.
S’en dispenser !

Et Lucas, le maudit. Le français en cavale. Le tueur des missions impossibles.
Il travaille pour Lopez. Il est son tireur d’élite, son exécutant.
Lucas, une femme, Angelina, et une enfant jamais vue, derrière lui…bien loin…et une bavure dans le dos…
Lucas qui prévoit toujours une issue de secours quand il change de logement. Une vie dangereuse, la mort aux trousses.
Une bête fauve.
Il a ses principes : ne tue jamais femme ou enfant.
Il a ses lectures : Nietzsche et Jack London.
Deux bons points.

«La mort ne faisait pas souffrir.
C’était la vie, cette atroce sensation d’étouffement.» Jack London

Et Amanda Bellanda. Ses longues jambes et ses grands yeux verts, «du jade lavé à l’eau claire». Amanda est une pute de luxe.
Une bête de scène.
Amanda arrivée là où il ne fallait surtout pas arriver, par hasard.
Faut pas écouter aux portes…
Elle est belle.
Elle est rebelle.
Deux bons points.

Mira, sa petite sœur, se fait enlevée par les Croates…

Et c’est parti pour une course-poursuite infernale, un sauve-qui-peut la vie.

Des gangsters «à l’ancienne», des truands sans foi ni loi et une histoire d’amour…ouf…tout de même…

Jacques-Olivier Bosco s’en donne à cœur joie, à feux de joie pour dénoncer la cruauté humaine, si, si, ça existe la cruauté humaine !
Le style de Bosco est percutant, convaincant, prenant.
Son monde (notre monde après tout) est hallucinant, effrayant, obsédant.
Les mots, les phrases, le rythme de Bosco tiennent la route, sans déraper dans le glauque gratuit. Sans jamais dérailler dans le voyeurisme complaisant.
Le suspens tient au corps et au cœur du lecteur.
Un livre en noir et blanc taché du rouge sang de la mort.
Un livre en noir et blanc ponctué du rouge cœur de l’amour.
On sort du livre (oui, c’est la bonne expression, sortir du livre comme on sort d’un cauchemar ou d’un tunnel à peine éclairé d’espoir) sonné, exténué, en sueurs.

Encore plus révolté que jamais contre la connerie humaine.
Encore plus amoureux…de l’amour.
Et la révolte et l’amour, y’a que ça de vrai dans la vie…pour rester debout !
Ce livre donne la rage !
Et rien que pour ça, merci Monsieur Bosco !

«L’enfer et ses brûlures, finalement, qu’est-ce que c’était face à la monstruosité de ces hommes ?»

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6 réflexions sur “Aimer et laisser mourir de Jacques-Olivier Bosco

  1. Ouaahh, c’est un truc de fou. Bravo pour le clin d’oeil à Murneau, Nosferatu, « celui qui ne meurt pas », le Maudit, mais, je sais pas, mettez-vous à la place de l’auteur, votre plume, votre intellect et votre « passion », oui, je l’ai écrit avec la rage, bien vu, là encore. Donc, mille merci, mille fois mille merci, encore et encore, à très bientôt.
    JOB

  2. Ouaip, je persiste et signe une sacrée rage de vivre ce bouquin et un grand moment de lecture !
    A lire debout !
    Cher Bosco, les références à Murnau et Lang étaient-elles lisibles ?
    Thierry

  3. Plus que lisibles, ami Thierry, et celle à London, tout simplement, magnifique. Il ne manque que Bertolt Brecht pour que la bande soit réunie ( et Carax et Léone et Kool Sheen ou Bon Scott), hep, oui, restons debout !
    JOB

  4. Bllaise Cendrars, j’adore, Bourlinguer, quelle beauté, quel voyage, les nerveux sombre de l’écriture aussi, un peu désenchanté et parfois poètes, noir ou léger, Brautigan, Thomson, Fante, Goodis, Stevenson, Gogol, et Ferré, ça oui, et Reggiani, alors n’oublions pas Brassens, histoire de se faire bien plaisir grâce à sa belle lucidité, et si on parle des Clash, houlla ça fait trop, j’écoute trop de musique. Ciao bella, comme dirait Montand (dans sa reprise du chant Italien), voila que ça me fait penser à ce génie de Calvino.
    Bonne journée
    JOB

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