Wilderness de Lance Weller

1864.Virginie. Etats-Unis (pas encore unis !). La terrible bataille de Wilderness. Guerre de Sécession. Entre les armées du général nordiste U. S. Grant et du général sudiste R. E. Lee.
Entre les Yankees et les Confédérés.
Plus de deux mille morts en deux jours.

Le vieil Abel Truman est un survivant (bien amoché, comme un vétéran du Vietnam ?) du cauchemar de la forêt de Wilderness.
«Au bout du champ, des silhouettes sombres équipées pour la bataille s’avançaient en rangs parfaitement rectilignes. Les soldats quittèrent l’obscurité des bois pour la clarté du champ, et la lumière qui se réfléchissait sur les canons des fusils et les baïonnettes les éclaboussa de tous ses miroitements.»
Ils arrivent…que le massacre commence !

Abel était un soldat sudiste. Engagé pour oublier, fuir un atroce drame familial.

Trente ans après, Abel (sur)vit dans une cabane délabrée.
Un vieux fauteuil à bascule, son chien et l’océan gris pour seul horizon.
Il décide de partir pour un ultime voyage…vers le passé.
Il rassemble ses affaires et ses tourments.
Son chien, sa vieille Winchester, sa canne, une couverture, un sac de provisions.

Sur le chemin du vieil homme, un Indien Haïda et Willis au visage déchiré, une oreille arrachée et un morceau de joue pendante et sanguilonente.
Mauvaise rencontre !
«Une douleur mordante et glacée, suivie d’une sensation de chaleur qui coulait lentement dans son cou. En ouvrant les yeux, Abel sut qu’une lame venait de lui taillader le visage.»
Son chien a disparu.

Laissé pour mort, Abel sera sauvé par Charley Poole.
Abel, le vieil Abel, va alors poursuivre ses agresseurs à travers les majestueuses Olympics Mountains enneigées, jusqu’à…jusqu’à ce que, cher lecteur impatient, vous lisiez la suite de l’épopée d’Abel…
Lance Weller nous offre là un superbe premier roman, impeccablement traduit.
Lance Weller sait nous peindre l’océan, les plages, les forêts, un feu de camp…la guerre.
Lance Weller fait battre le coeur usé d’Abel.
Lance Weller fait battre le coeur douloureux de l’Amérique.

Une autre histoire de l’Amérique.
Très émouvant, très poignant.

«- Et Abel ? demanda-t-elle.
– Il est mort.»

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Physiologie de Georges Palante pour un nietzschéisme de gauche de Michel Onfray

Dans son roman «Le Sang Noir» (un chef-d’oeuvre !), Louis Guilloux immortalise Georges Palante, dit Cripure (d’après la «Critique de la raison pure» d’Emmanuel Kant).

Un héros romanesque…malgré lui.

Mais qui était ce Georges Palante (1862-1925) ?
Un philosophe nietzschéen qui vivait avec une fille à matelots illettrée ?
Un prof de philo qui corrigeait ses copies dans des hôtels borgnes ?
Un provocateur de duels ?

Palante est un philosophe de la révolte individuelle.
Qui déclare que le travail est un dévoreur de temps, d’énergie et de liberté.
Qui refuse de suivre les moutons de Panurge, qui refuse l’esprit de clan, qui attaque en règle l’instinct grégaire, le groupe vulgaire, brutal et lourd de bêtise.

Il propose l’ironie qui pratique l’éviction avec virtuosité.
Il célèbre l’individu, sa force, sa puissance.
L’Un contre la Masse.
L’Un contre la soumission aux idées mâchées «rien que pour vous», aux idoles préfabriquées «rien que pour vous».
Il revendique l’athéisme social sans tomber-sombrer dans le nihilisme.
Il pratique le dédain, le mépris contre le déterminisme social ambiant, le pouvoir et ses influences.
Il s’isole et se promène parmi les hommes comme s’ils étaient les arbres d’une forêt.

Oui, oui et oui, j’insiste lourdement, il faut lire (et relire sans cesse) George Palante pour…rester debout et regarder loin !

Les mots face à l’histoire de Sonia Darthou

Sonia Darthou est Docteur en Histoire Ancienne et membre du Centre de Recherche Anthropologie et Histoire des Mondes Antiques au CNRS.

Son petit dictionnaire (une cinquantaine de mots) «Les mots face à l’Histoire» est un petit bijou de lecture.
Les mots portent notre histoire et sans cette histoire des mots, c’est notre Histoire qui serait illisible.
Ce livre est divisé en quatre parties : les mots et la politique, autour des sens, les mots de l’altérité, et explorons nos expressions.
Deux ou trois pages sont consacrées à chaque mot et expression.
C’est écrit simplement mais c’est richement intéressant.

Alors, si vous voulez bien retourner aux origines des mots, si vous êtes curieux, c’est un régal à lire.

Mais que signifie exactement «succomber aux chants des sirènes», «toucher le pactole» ou «s’en laver les mains» ?
D’où viennent les mots «méduser», «chimère» ou anathème» ?
Que veulent dire les mots «laconique», «pygmalion» ou «nostalgie» ?
Quelle est l’histoire des mots «prolétaire, «ambition» ou «ostracisme» ?
Sait-on exactement de quoi l’on parle ?

Indispensable ?
Assurément !
Presque !

«Comme les hommes, les mots ont une histoire. Pour les faire résonner de tout leur sens, il nous faut plonger au coeur de la mythologie et de l’histoire antiques.»

Bon voyage au pays des mots…

Les Diaboliques de Barbey d’Aurevilly

Le style !

J’avoue, cher lecteur, j’ai un gros, gros faible pour Barbey d’Aurevilly (1808-1889) et régulièrement, je me relis une nouvelle ou un roman (ah, la magnifique «Histoire sans nom») de cet auteur trop déclassé.

Dans «Les Diaboliques», six nouvelles sulfureuses, publiées en 1874 et vite retirées de la vente, Barbey d’Aurevilly nous dépeint, avec son style, six histoires étonnantes.
«Le rideau cramoisi» voit une femme mourir pendant l’orgasme.
«Le plus bel amour de Don Juan» raconte une adolescente qui fantasme sur l’amant de sa mère.
Dans le «Bonheur dans le crime», Hauteclaire Stassin empoisonne sa rivale.
«Le dessous de cartes d’une partie de whist» nous montre un homme qui séduit la mère et…la fille.
Et puis l’atroce «Dîner d’athées» et la débauchée «Vengeance d’une femme» concluent le tout, de toute beauté.

Ici, c’est l’enfer vu par un soupirail de province.
Oui, «un romancier n’est pas un préfet de police d’idées», oui aux «ivresses de la passion…sans laquelle il n’y aurait ni art, ni littérature, ni vie morale.», oui, «les passions font moins de mal que l’ennui.», écrivait Barbey d’Aurevilly.

Certes, Barbey d’Aurevilly peut être taxé de misogynie. Certes !
Certes, ce Barbey d’Aurevilly est un rétrograde, royaliste et catholique.

Certes !
Certes, son style est outrancier, voire précieux, gavé d’adjectifs et d’épithètes, débordant de métaphores et d’oxymores. Certes !

Mais c’est si excitant et j’aime ça !

«Cambrée à outrance, comme elle l’était, pour accrocher son chapeau à cette patère placée très haut, elle déployait la taille superbe d’une danseuse qui se renverse, et cette taille était prise (c’est le mot, tant elle était lacée !) dans le corselet luisant d’un splencer de soie verte à franges qui retombaient sur sa robe blanche, une de ces robes du temps d’alors, qui serraient aux hanches et qui n’avaient pas peur de les montrer, quand on en avait.»

Tristan et Yseut version Joseph Bédier

«Ni vous sans moi, ni moi sans vous.»

C’est la version du médiéviste Joseph Bédier que j’ai lue.
C’est celle que je vous conseille de lire. Elle fait référence.
Histoire reconstituée, ré-écrite, en prose fidèle, à partir de fragments, de versions, de traditions orales, d’iconographies…
Des fragments de Thomas (3000 vers, bon courage !), de «l’estoire» de Béroul (4500 vers, bon courage, bis !), de Berne ou de Marie de France.
A partir de l’imaginaire médiéval du XIIème siècle transmis de troubadours en trouvères…du bouche à bouche, quoi.

L’histoire tragique d’un couple contraint à un amour coupable, impuissant à maîtriser ses pulsions du désir, c’est pas beau ça, waouh !

Cela se passe dans les Cornouailles.
Y’a des forêts magiques, des dragons, des lépreux, des traites, des pièges, des ruses, des combats, des nains, des méchants vassaux, des magiciens…ça n’arrête pas une seconde !

C’est un texte fondateur de notre culture amoureuse, esthétique.
Tristan et Yseut, Roméo et Juliette, ah, l’amour, quant tu nous tiens…

En résumé, mais je vous préviens tout de suite, je ne vais pas tout vous raconter, faut bien que vous y mettiez du vôtre, à lire un peu, non ?

Tristan est beau gosse, courageux, fort et en plus il sait jouer merveilleusement de la harpe.
Son nom est Tristan car dans Tristan, il y a triste.
Sa mère meurt à sa naissance et son père est chassé de son trône.
Une enfance difficile, donc.
«Triste j’accouche…tu es venu sur terre par tristesse, tu auras nom de Tristan.» Sa mère l’embrasse et elle meurt.

Il est le neveu du roi des Cornouailles, Marc.
Tristan libère le pays d’un terrible géant nommé Morholt.
Pendant le combat, il se blesse.
C’est Yseut, la belle blonde fatale qui va le soigner, aidée par sa mère un peu magicienne.
Le roi Marc est célibataire et comme y’avait pas Meetic à cette époque, il lance un appel. Il jure de se marier avec la femme dont un cheveu blond (plus fin que fil de soie, brillant et lumineux comme un rayon de soleil) a été déposé, sur sa fenêtre, par une hirondelle féérique.
Cette belle blonde fatale, c’est Yseut, vous l’aviez déjà deviné.
Tristan, qui la connait (souvenez-vous, c’était son infirmière), promet de la retrouver pour satisfaire son oncle.
Tristan est alors dévoué et pas amoureux pour un sou de la belle blonde fatale Yseut.
Sur le parcours, semé d’embûches (cela va de soi), il va trucider un dragon et boire un coup de philtre d’amour avec Yseut.
Ils avaient soif et voilà que la servante Brangien fait une grosse, grosse bourde. Elle leur sert un petit coup de philtre.
Ce philtre, amoureusement mijoté par la mère d’Yseut, était destiné à Marc et Yseut.
Date de validité du produit : trois ans.
Grosse, grosse bourde qu’elle a fait la Brangien.
Le roi Marc ne va pas trop apprécier…je vous dis pas.
Bon, je vous raconte pas la fin mais sachez que les histoires d’amour finissent mal…en général…

Un texte magnifique qui va nourrir une bonne partie de notre littérature.

«Ceux qui en boiront ensemble s’aimeront de tous leur sens et de toute leur pensée, à toujours, dans la vie et dans la mort.»

La littérature française de A à Z de Collectif Hatier

Complet, pratique ET plaisant, par-dessus le marché, ce guide encyclopédique comprend, pour pas très cher en plus de ça, des articles sur : les auteurs et les oeuvres-phares avec extraits, résumés, citations, analyses, les personnages clés, les mythes, les grands courants, les genres, des notions de rhétorique et de stylistique.
Le tout (480 pages et 600 articles, tout de même !) classé par ordre alphabétique.

C’est un ouvrage de référence conçu par un collectif de spécialistes.
Idéal pour acquérir une culture littéraire.
Revenir sur des notions oubliées.
Donner envie de lire ou/et de relire.
Préparer des examens.

Un outil de première main, cousu main pour les amoureux de la littérature.

Conseillé avec enthousiasme !

Les Curieuses Rencontres du facteur de Skogli de Levi Henriksen

«Qu’auriez-vous fait si, en rentrant un peu trop tôt chez vous le jour de votre cinquième anniversaire de mariage, vous aviez découvert une voiture que vous ne connaissiez pas dans l’allée ?»

Simon Smidesang va sortir de sa vie…à reculons.

Ce deuxième roman de Levi Henriksen commence fort !

Simon, bientôt la quarantaine, est journaliste à Oslo.
Il décide donc de tout plaquer.
Se mettre en quarantaine.
La crise de la quarantaine.
Le démon de midi comme on dit.

Il a déjà tout vu : les taureaux de Pampelune, la maison de Strindberg à Stockholm, le Dublin de James Joyce.
Il va «s’exiler» à Skogli dans la maison de ses grands-parents.
En rase campagne norvégienne.
Il devient le facteur du village.
Il sera l’aide à domicile…aussi.

Et c’est parti pour une tournée de souvenirs et de rencontres insolites.
Des souvenirs très très agités.
Des rencontres très très insolites.
Une nouvelle vie, un tournant.
Un vie simple. Une vie devant soi.
Mais c’est plus compliqué que ça la vie.

Simon va tenter de se reconstruire malgré le mal de vivre.

C’est un roman plein de nostalgie et d’humour.
Désenchanté et dépaysant.
Léger et grave.
C’est un beau roman, une belle histoire, il rentrait chez lui, là-haut dans le brouillard…
L’histoire d’un homme en proie aux longs ennuis où l’Espérance, comme une chauve-souris, s’en va battant les murs de son aile timide
et se cognant la tête à des plafonds pourris…
Un spleen quoi.

Levi Henriksen, la cinquantaine, est parolier, musicien rock (aux lunettes noires comme son premier roman) et journaliste.
Son premier roman, un polar glacial, «De sang sur la neige» (Presses de la Cité, 2010) a obtenu le Prix des Libraires en Norvège.

«Il éprouva un petit pincement au coeur : il aurait bientôt quarante ans et n’avait rien dont il pût être fier.»