Incident à Twenty-Mile de Trevanian

La promesse de l’Amérique.

«Twenty-Mile est moribonde.
Et ses habitants sont la lie de l’humanité : les paresseux, les poissards, les perdants, les perdus, les piteux, les péteux, les petits. Et là, je te fais que les P, nom de Dieu !»

Twenty-Mile est une bourgade fantôme du Wyoming.
Un cimetière trop grand aux épitaphes plus que douteuses : «Maintenant, au tour de ma femme !» ou «Je ne suis pas mort, je dors. »
Un cimetière hanté d’arracheurs de dents, de chercheurs d’or et de putes aux robes rouges…et même une Mule !
Ici, le dernier shérif est parti depuis bien longtemps…
Un saloon, un hôtel (de passe), un barbier, un Grand Magasin.
C’est à peu près tout.
Une mine, le Filon Surprise, appartenant aux marchands de Boston, déverse, chaque samedi, d’un train bondé, sa horde assoiffée dans les rues de Twenty-Mile.
Respirer un peu avant de replonger sous terre.
Nous sommes en 1898.

La conquête de l’Ouest s’achève dans ses dernières désillusions.
«C’était comme ça. Quand vous arriviez, vous vous faisiez exploiter par ceux qui étaient arrivés avant vous. Puis, si vous étiez malin et travailleur, et chanceux, faut pas oublier chanceux, vous pouviez devenir des exploiteurs à votre tour.
C’était la Grande Promesse de l’Amérique !»

C’est l’Amérique des villes en bois où le seul bâtiment construit en pierre est la prison. L’Amérique où les révérends posent leur revolver sur leur table de chevet…près de la Bible.
L’Amérique avec foi, sans loi.

Quand arrive en ville, Matthew, dit Le Ringo Kid, dit Chumms, dit Dubchek.
Pour tout bagage : un vieux fusil qui date de Mathusalem, un lourd secret et un fichu bagout.
Un sacré numéro, un caméléon, un fieffé menteur. Un jeune freluquet qui s’abreuve de légendes de l’Ouest, déjà.
Il a lu tous les livres des aventures du Ringo Kid écrites par Anthony Bradford Chumms. Le Ringo Kid s’en sort toujours.

Il va réussir à se faire adopter par la communauté, peu accueillante de Twenty-Mile.
«Il avait réussi à s’insinuer dans la communauté, maintenant il lui fallait se rendre indispensable.»

«Qu’est-ce qui est le plus important à avoir dans la vie ? La beauté ? L’intelligence ? La richesse ?
– Le respect, dit Matthew sans hésiter. »

Matthew va t-il s’amouracher de Ruth Lillian à la chevelure rouge cuivre qui capte des myriades de granules de lune ou sombrer, corps et âme, dans le corps trop plein de promesses, trop plein de péchés de Kersti.
Jusque là, tout va, à peu près, bien…

Quand arrive ce Lieder.
Ce Lieder est un fou. Qui cite des Evangiles, bien à lui, à tout bout de champ. Il veut se battre contre la plaie des immigrants venus infester son pays béni. Il veut monter une milice pour une Amérique libre, éradiquer les barons de Wall Street.
La croisade d’un illuminé.
Un sadique qui va semer la terreur dans Twenty-Mile.
Il veut piller le train de la mine d’argent.
Il veut montrer la Lumière et la Voie aux mineurs.
Lieder vient de s’évader de prison en compagnie de Minus et Mon-P’tit-Bobby, deux tueurs très, très attardés.

Twenty-Mile va connaître l’enfer.
Et dans cet enfer les femmes vont souvent montrer plus de courage que les hommes.
«La plupart des hommes sont prêts à subir des tonnes d’humiliation juste pour continuer à vivre.»

Et Trevanian va nous entraîner, nous ligoter carrément (à la chaise de lecture), le fil à la patte, au fil des pages, dans cette histoire mythique de l’Amérique.
Les trois tristes filles de joie au coeur tendre, Frenchy la Noire à la cicatrice qui lui strie le visage du coin de l’oeil au coin de la bouche, Chinky, la petite chinoise, et la vieille Queeny sont inoubliables.
Si le lecteur, ne l’oublions pas, toujours attaché à sa chaise, pouvait secouer les puces de Matthew ou se débarrasser de ce Lieder, il le ferait volontiers !

Un western terrible qui va crescendo pour nous laisser, pantois, au bord du gouffre.
Tout y passe : la cruauté, la lâcheté, le courage, le racisme et les illusions perdues.
Le style de Trevanian est impeccable, efficace, cruel et tendre, légèrement épicé d’humour, pas trop tout de même, faut pas exagérer, cela reste du Trevanian.
La traduction est irréprochable.

Un moment de lecture mémorable !

«Méfie-toi de l’homme qui ne connaît qu’un livre !»

Trevanian est l’un des auteurs les plus mystérieux de ces dernières années. De lui, on sait peu de choses. Américain, il a vécu dans les Pyrénées basques et il est probablement mort en 2005. Ses romans se sont vendus à des millions d’exemplaires dans le monde et ont été traduits en plus de quatorze langues.

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