Dans la nuit des âges de Emmanuel Roudier

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Cette BD est une adaptation du célèbre livre de J-H Rosny «La guerre du feu».
Emmanuel Roudier nous livre là le premier tome d’une trilogie à venir.

Il y a 100 000 ans, les Oulhamr ont perdu le feu.
Naoh décide de partir pour l’amour de Gammla.
Celui qui retrouvera le feu pourra l’épouser.
Naoh et deux compagnons vont s’aventurer dans des mondes inconnus et affronter le froid, la fatigue, les lions géants, les mammouths…

Le dessin encré de Roudier (passionné de paléontologie) est magnifique : couleurs, ambiances, poésie et réalisme.
Les cadrages sont efficaces.

Nuits froides, combats, animaux, le lecteur est dans le bain !

Le Tome 1 se termine trop vite et le lecteur de guetter, impatient, vite, vite, la suite !

A noter que Roudier est déjà l’auteur d’une série de BD sur Néandertal.
Un spécialiste, quoi !

Une BD très réussie !

Publié dans BD.

A propos des chefs-d’oeuvre de Charles Dantzig

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«Quel ennui serait la vie sans chefs-d’oeuvre. Seuls la plupart des hommes pourraient y vivre.»

Charles Dantzig est un auteur qui aime écrire sur la lecture.
Une très bonne habitude, ma foi. Foi de lecteur, cela va de soi.
Auteur talentueux du «Dictionnaire égoïste de la littérature française», de «l’Encyclopédie capricieuse du tout et du rien» et du (très plébiscité) «Pourquoi lire ?»
Auteur un peu cabot (m’as-tu vu bon chic, bon genre ?), une sorte de Jean d’Ormesson du futur.

C’est aussi un amoureux de Rémy de Gourmont, chef de file de l’école symboliste, fondateur du Mercure de France, un auteur mordant et irrespectueux, un auteur d’audacieux chefs-d’oeuvre («Le joujou patriotisme» ou «Sixtine»), un auteur oublié dans les fosses «sceptiques» de l’autorisée doxa bien pensante, un auteur abandonné dans les caves poussièreuses des librairies aseptisées.
Bon ça c’était l’encart publicitaire pour un auteur que j’adore.
Ma propagande. Ma campagne. Ma bataille.

Dantzig, donc, nous parle ici, des chefs-d’oeuvre.
C’est quoi un chef-d’oeuvre ?
Rassurez-vous, cher curieux lecteur impatient, vous ne le saurez pas à la fin de votre lecture, peut-être un peu plus, peut-être un peu moins et c’est tant mieux.
Un chef-d’oeuvre restera toujours un mystère inexpliqué, inexplicable.

Charles Dantzig, au fil des pages, nous livre «ses» chefs-d’oeuvre.
«A la recherche du temps perdu» de Proust, «Les chants de Maldoror» de Lautréamont, «Le Rouge et le Noir» de Stendhal, «Méandres» de Léon-Paul Fargue…entre nombreux autres plus ou moins connus, reconnus.

A chacun «ses» chefs-d’oeuvre.
Et puis qui, oui qui, «décide» de l’appellation (contrôlée ? incontrôlée ? ) du chef-d’oeuvre ?
L’Université ? La critique ? L’Histoire ? Les lecteurs ?
Les chiffres de vente ? Un anonyme «consensus omnium» conspirateur et manipulateur ?

Au-delà d’une verbigération parfois nébuleuse, cet essai nous pousse dans les douces orties impénétrables de la littérature.
Charles Dantzig (avec nous) cherche les critères du chef-d’oeuvre.
Une rupture de la médiocrité ? Un fracas ?
Un pamphlet contre le morne ? Contre la norme ?
Un abandon ? De l’inimaginable ?
Un morceau de présent immortel ? Eternisé ?
Une illusion ?
Un enjeu économique ?
Un jugement de valeur ?
Un sceau subjectif abusivement, définitivement imposé, pour le meilleur, pour le pire…

Dantzig discourt (bavarde, chahute) sur la littérature.
La littérature n’explique pas, ne démontre pas, n’aide pas à vivre.
Elle montre. C’est tout !
La philosophie enseigne (moralise et vend), la publicité vend (et moralise), la religion moralise (et vend).
La littérature (nous) livre.
La littérature (nous) délivre.
C’est beaucoup !

Finissons-en avec cette tentative de définition du chef-d’oeuvre d’après Dantzig.
«Chef-d’oeuvre : n.m.. Le chef-d’oeuvre littéraire est un livre exceptionnel qui crée son propre critère et que l’on ne peut estimer que selon lui. Expression la plus audacieuse d’une personnalité, chaque chef-d’oeuvre est unique. Il n’y a pas de sujet au chef-d’oeuvre que la forme même de ce chef-d’oeuvre.
Le chef-d’oeuvre est la création la plus exaltante de l’humanité. On peut remplacer ce mot par «grande oeuvre».

Le Littré écrivait «Oeuvre parfaite et très belle en son genre».
Le Robert 2013 écrit «Oeuvre très remarquable, parfaite.»
Le Dictionnaire de l’Académie propose «Œuvre d’art, littéraire ou non, qui touche à la perfection.»

Nobody is perfect, non ?

«Un chef-d’œuvre existe une fois pour toutes.» nous dit Hugo.
Une fois pour tous…les lecteurs ?
Hemingway s’amuse à déclarer qu’un «chef-d’œuvre est un livre dont tout le monde parle et que personne ne lit.»
Bien dit.

En tant qu’ancien «compagnon» du Devoir (ben oui, j’ai fait ça, un temps, avant les devoirs du tableau noir), j’apprécie (avec liesse) cette définition du compagnonnage.
Avant de devenir «compagnon», il faut commencer par être apprenti, puis aspirant.
Un compagnon est un aspirant qui a réalisé son travail de réception, et achevé son Tour de France.
Par le «chef-d’œuvre de réception», il démontre ses capacités professionnelles, et l’accomplissement de sa formation. Il doit s’agir d’une prouesse technique de plusieurs centaines d’heures de travail, selon le corps de métier concerné.
Être compagnon, c’est mériter un titre et la reconnaissance de ses pairs. Cela suppose d’abord d’être un ouvrier compétent dans son métier. Le candidat doit donc le prouver en fabriquant un chef-d’œuvre ou travail de réception.
Et puis, il existe aussi des chefs-d’œuvre confectionnés par des compagnons pour le seul plaisir de vaincre les difficultés, en guise de passe-temps.
Il y aurait donc des écrivains «apprentis-écrivains», des écrivains «aspirants-écrivains» et des «écrivains-compagnons».
Alors Balzac et Baudelaire, compagnons du Devoir de la littérature, de simples ouvriers de la littérature, nos compagnons ?

Le mot chef-d’oeuvre apparaît au XIIIe siècle dans le langage des métiers et des corporations. Il désigne un objet difficile à réaliser qu’un compagnon artisan doit produire pour être reçu compagnon.
Reçu dans la cour des Grands.
Il y aurait donc de grands écrivains, de très grands écrivains, des géants, des écrivains moyens, des petits écrivains, des petits petits, tout petits écrivains.
Question de vision.
Il y aurait peut-être des lecteurs visionnaires, d’autres aveugles.
Question de points de vue.

L’étymologie ça peut servir.
Le mot «chef» vient de «caput» qui signifie «tête».
Un chef-d’oeuvre serait donc une oeuvre en tête.
En tête de quoi ?
En tête de gondole ?
En tête du Top 20 ?
L’oeuvre d’un écrivain qui aurait la grosse tête ?
Une oeuvre qui tient tête ?
Une voix de tête ?
Un tête couronnée par la critique autoproclamée ?
Un pavillon à tête de vie ?

Ben nous voilà bien avancés…

Lecteurs, nous sommes les sentinelles du chef-d’oeuvre, des veilleurs (de nuit, souvent)…au chevet de la littérature…
Alors, c’est quoi un chef-d’oeuvre ?
Hein, c’est quoi ?
Dites-moi tout, rassurez-moi, éclairez ma lanterne, cher compagnon lecteur…
Hein, c’est quoi un chef-d’oeuvre ?

«Un chef-d’oeuvre fait mieux que rajeunir qui le lit, il lui donne, un instant, l’immortalité.»