En ville de Christian Oster

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« Le temps avance, toujours un peu en avant de nous, il nous tire par la main comme des enfants qui rechignent mais qui ne connaissent pas le trajet, il nous accompagne en silence, il ne dit rien parce qu’il ne veut rien dire, lui non plus, c’est un grand muet qui marche et que nous suivons de force, et qui ne nous éduque pas, qui ne nous apprend rien. »

Il y a Georges, Paul, William, Sam, Roberta, Christine, Agnès, Julie et quelques autres.
Il se connaissent vaguement. Ils devraient partir ensemble en vacances en Toscane ou en Camargue. Ils ne savent pas bien encore. Ils se connaissent à peine.

Tous ont entre la quarantaine et la cinquantaine.
Parisiens. Médecin, cadres supérieurs. Une bonne situation qui enlève au moins le souci d’argent.

Des couples vont se séparer, un d’entre eux va mourir, un autre devient père.
Tout cela bêtement, au coin d’une page, au milieu d’une phrase.
C’est la vie, ça doit être ça la vie, ça peut être ça.
Cruelle, implacable, imprévisible, absurde.

Le nouveau roman de Christian Oster rit jaune, grimace, bavarde pour ne rien dire, pour dire le rien.
Oster remplit à ras bord ses pages blanches pour combler les blancs, boucher les trous, remplir les vides, cacher l’ennui, enterrer l’angoisse.
Mais c’est tout dire.
Sous son air de rien ou pas grand chose Oster ne trompe pas son monde.
Ou alors c’est le monde qui nous trompe.
Tout est dit.

L’écriture, si singulière (on la reconnait entre toutes) de Oster, comme une boîte à musique, tourne en rond autour de cet ennui de vivre, sans jamais ennuyer.
Faut se laisser bercer (berner ?), se laisser aller, ne pas résister, ne pas abandonner, persévérer.
Leçon de lecture, leçon de vie.
Le style Oster ça passe ou ça casse.

Est-ce ainsi que les hommes vivent ?
Ici point de super héros mais des êtres vivants qui vivent comme ils peuvent…peu…presque pas…presque plus.
Ici le temps passe, passe le temps.
Oster se surpasse.
Le retrouver est un vrai plaisir, le découvrir une bonne surprise.

« J’ai regardé les gens autour de moi et sur le trottoir, qui passaient avec des airs affairés un peu déconcertants pour un dimanche.
D’autres avaient l’air libres, en quelque sorte, mais je les ai trouvés tout aussi déconcertants. »

Voilà, c’est ça, j’ai trouvé ma conclusion : un roman déconcertant !

 Ce roman vient de recevoir le Prix Landerneau 2013.