Guillaume Apollinaire de Laurence Campa

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«Hommes de l’avenir souvenez-vous de moi
Je vivais à l’époque où finissaient les rois.» (G. A.)

800 pages de bonheur de lecture en compagnie d’Apollinaire.
Ce n’est pas rien, ça ne se refuse pas.

Wilhelm de Kostrowitzky, né de père inconnu et d’Angelica de Kostrowitzky, sombre et vénéneuse, poursuivie par ses rêves et ses créanciers.
Une belle errante qui travaillait «à la mue des jeunes gens en les dispensant de promesses en mariage ou épargnait aux hommes respectables les risques du jupon fangeux.»

«Ton père fut un sphynx et ta mère une nuit.» (G. A.)

Le poète dut s’inventer comme il inventa la poésie.
Apollinaire, l’enchanteur du réel, né à la poésie dans le symbolisme finissant, héritier de Villon et Nerval.

«Je voudrais qu’aimassent mes vers un boxeur nègre américain, une impératrice de Chine, un journaliste boche, un peintre espagnol, une jeune femme de bonne race française, une jeune paysanne italienne et un officier anglais des Indes.»

Apollinaire, français depuis huit jours, quand un obus lui troua la tête en mars 1916 dans les tranchées de Champagne.

Des amours : Annie l’inaccessible anglaise, l’excentrique Marie, la perverse Lou, la prude Madeleine, la dévouée Jacqueline.

«Je me croyais mal aimé, tandis que c’est moi qui aimais mal.»
(G. A.)

Des amis : Alfred Jarry et Arthur Cravan, deux fous à lier, le fidèle Max Jacob, Cendrars le vagabond…

Des petits boulots alimentaires comme celui, éloquent, de rédacteur anonyme au «Guide du rentier pour la défense des petits capitalistes». Tout un programme pour Guillaume le poète libertaire.

«Non au lieu de travailler, j’ai fait des vers, j’ai eu des rêves, je me suis occupé de littérature, merde, merde.» (G. A.)

Apollinaire, l’ami des peintres : Picasso, Braque, le Douanier Rousseau, Delaunay, Picabia…

Montmartre, Montparnasse, la vie de bohème avec plumes et pinceaux, caprices de Fortunes, ateliers et soupantes, scandales et soucoupes volantes, gros rouge qui tache et noir opium qui fâche.
Le Paris des fauvistes, cubistes, futuristes et autres…fumistes !

Puis vint la guerre.
Obus-Roi plus tragique qu’un Ubu-Roi.

«Le soleil est là c’est un cou tranché.» écrit le poète poilu.

Puis le trou dans la tête…vision du peintre De Chirico.
L’éclat d’obus le laissera affaibli pour toujours.
Trépané, en convalescence, il reçoit une lettre d’un certain Hugo Ball, signée Dada.
La page se tourne, déjà…
Breton, Soupault, Char trinquent leurs vers automatiques en buvant les oracles d’Apollinaire.
Les nouveaux insolents.
Ils sentent déjà la prochaine guerre…
Tout près couve la révolution russe.

Le 9 novembre 1918, le Kaiser vient d’abdiquer.
Tête blessée, poumons gazés, grippe espagnole.
Il est cinq heures du soir.
Dehors le peuple français chante la victoire.
L’entend-il ?
Max Jacob, Cocteau et Jacqueline veillent.
Le poète va mourir.

Quand Cendrars arriva au Père-Lachaise, la cérémonie était terminée.
«Regardez, dit-il à Raymonde et Léger, regardez, c’est prodigieux ! On dirait la tête d’Apollinaire.»
Une motte de terre «avait exactement la forme de la tête d’Appollinaire. C’est bien lui. Nou l’avons vu. Apollinaire n’est pas mort. Bientôt il va se manifester. N’oubliez pas ce que je vous annonce.»

Ce livre est remarquable.
Ce livre est aussi notre mémoire.
Ne l’oublions pas.

«Sous le pont Mirabeau coule la Seine
Et nos amours, faut-il qu’il m’en souvienne ?
La joie venait toujours après la peine. (G. A.)

Ne l’oublions pas.

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