Un goût de cannelle et d’espoir de Sarah McCoy

5189JKjsN1L._SL160_

C’est un beau roman, c’est une belle histoire, ils partirent vers l’Amérique…

Nous sommes en Allemagne durant l’hiver 1944.
Le régime nazi, à l’agonie, continue à déporter et à faire le mal.

Au 56 Ludwigstrasse à Garmisch la boulangerie Schmidt, malgré les restrictions, prépare Noël.

La jeune Elsie, 16 ans, va recueillir et cacher en secret un enfant juif en fuite.

Ses parents, sans adhérer au nazisme, restent des patriotes dévoués.
Sa sœur Anzel est partie volontaire au Lebensborn.
Le Lebensborn (Association de l’Allemagne nationale-socialiste, patronnée par l’État et gérée par la SS) une sorte de « crèche-bordel » pour officiers SS qui enfantaient des femmes pour sauvegarder la race aryenne.

Et c’est l’histoire de cette magnifique Elsie que va nous conter Sarah MacCoy.
La vie de cette femme héroïque va défiler au fil des pages sous nos yeux souvent embués d’émotion.
La guerre vue du côté allemand, l’exil en Amérique…

La littérature est «maîtresse des nuances» disait Barthes.
La littérature «s’embarrasse» de nuances.
Ne se sépare de personne.
Elle s’intéresse aux différences, aux subtiles différences, aux sensibles singularités.
Elle veut essayer de comprendre sans chercher à expliquer-démontrer. Juste raconter.

C’est tout simplement, tout magnifiquement ce que nous raconte ce livre.

Publicités

Les ailes du sphinx et L’âge du doute d’Andréa Camilleri

L-age-du-doute

Deux Camilleri lus de suite.

Deux enquêtes du commissaire Montalbano dit le « dottori ».

« Les ailes du sphinx » et « L’âge du doute ».

825d62c5de92c2779bfa6e19c8c8d6e97dcf97fc

Le commissaire Montalbano est en Italie aussi vénéré que l’inspecteur Rébus de Ian Rankin en Ecosse.

Dans « Les ailes du sphinx » le « dottori » enquête sur une affaire de trafic de femmes en provenance de l’Est qui va jusqu’à viser les grands pontes de l’Eglise et de la politique.

Dans « L’âge du doute », le « dottori » accuse le coup : il se sent vieilli. Quand apparaît Laura Belladonna et ses illusions prometteuses. Une affaire de trafic de diamants à bord d’un yacht de luxe.

La langue de Camilleri, mélange d’italien et de sicilien traditionnel, accompagné de plats sicilien, est succulente à lire.
Un régal !
L’humour de Camilleri nous fait tordre de rire et l’on se voit au fil des pages rire à haute voix.

Les personnages, dits secondaires, le dottor Lactes, le questeur Bonetti-Alderrighi, Catarella, Mimi Auggello, Fazio, Enzo, Livia et bien d’autres vont revenir dans toutes les enquêtes de Montalbano et c’est avec un plaisir non dissimulé que nous allons les retrouver.

Des petits polars légers et ensoleillés à lire à l’ombre d’un été.
A déguster sans modération.
Vivement le prochain…

Frog Music de Emma Donoghue

51uCIkmgksL._SL160_

« Certains meurtres gagnent à n’être jamais élucidés, peut-être. Comme certaines cicatrices gagnent à rester dissimulées. »

Nous sommes à San Francisco en 1876. Une ville d’à peine trente ans d’âge.
Une ville toute neuve du bout de la conquête de l’ouest.
Une ville du Far West qui se met debout.

« Le rêve californien tourne court, pour la plupart de ceux qui ont réussi à arriver jusqu’ici…Des fortunes restent à bâtir, mais seuls ceux qui possèdent l’énergie nécessaire y parviendront… »

Une ville du bout du monde.

SanFranciscoharbor1851c_sharp

L’été 1876. San Francisco meurt de chaleur et souffre d’une épidémie de variole.

L’été des lynchages de chinois de Chinatown. La variole c’est eux.

L’été de Blanche la française, danseuse au bordel de Sacramento Street, le « House of Mirrors ».
Et son Arthur…et son Ernest.

Des anciens artistes de cirque qui ont quitté la France pour se refaire une nouvelle vie. Un trio sans foi ni loi.

« Blanche est experte dans l’art d’aguicher. C’est une allumeuse, qui s’y entend comme personne pour faire naître une flamme, la moucher, la rallumer, la souffler à nouveau. »

Et les michetons sont prêts à payer très cher : le jeu en vaut la chandelle.

Le bonheur, presque, parfait.

Un enfant P’tit. L’enfant d’Arthur, le mac-aimé, et de Blanche. Abandonné dans une sorte de « ferme à bébés ».
Pourquoi s’encombrer d’un enfant ?
Le jeu, la danse, l’amour, la liberté n’a pas besoin d’un enfant dans les pattes.

Le bonheur…ou le semblant d’un bonheur.
Après tout ici à San Francisco rien n’est encore vraiment vrai.

Jusqu’au jour où Blanche va rencontrer Jenny la chasseuse de grenouilles habillée en pantalon.
Une sacrée originale celle-là. Une joyeuse emmerdeuse qui roule en Grand-bi un Colt dans la poche.
Sans foi ni toit.

Blanche et Jenny vont se lier d’amitié pour le meilleur et…le pire.

Qui a tué Jenny cette nuit au Eight Mile House près de la gare de San Miguel là où la ville de San Francisco « rend son dernier râle. »

Emma Donoghue va nous chanter une aventure romanesque envoûtante.
Nous plonger au cœur de la ville, aux chœurs des rues.

Et, chers lecteurs, pour notre plus grand plaisir.
Superbe !

« Oh, California,
That’s the land for me !
I’m bound for San Francisco
With my washbowl on my knee. »

Il était une rivière de Bonnie Jo Campbell

51HMrHxAGbL._SL160_

Quel livre !
Un roman qui vous prend au corps et au cœur.
Qui vous tient sans jamais vous lâcher, sans jamais vous lasser.

« La Stark affluait dans le méandre à Murrayville comme le sang dans le cœur de Margo Crane. »

Difficile de critiquer ce livre tant l’émotion demeure intacte. Longtemps après encore.

Nous voilà dans le Michigan des années soixante-dix.
Murrayville est une cité ouvrière qui vivote près du lac Michigan.
Ici la famille Murray domine son petit monde de père en fils.

La jeune adolescente Margo aime chasser, pêcher, se baigner dans la rivière Stark et sait tirer à la carabine comme personne.
Comme Annie Oakley, figure légendaire de l’ouest américain.

Annie_Oakley

Margo sait vivre avec la rivière comme son grand-père lui a appris.

Sa mère a abandonné mari et fille pour fuir la rivière et ses secrets.
Margo est élevée par son père.
Quand son père est abattu par un Murray…

Margo va devoir survivre sur le fil de la vie…au fil de l’eau.
A la rencontre de grands hommes et de salauds.

La vie comme un voyage.

Margo va grandir en suivant la rivière.
Une rivière où se noyer, une rivière où renaître.

Ce livre est époustouflant de paysages, gonflé d’émotions et baigné de sagesse et d’espoir.

Un hymne à la liberté.
Inoubliable Margo.

A lire d’urgence !
C’est un ordre !

Apathy for the Devil de Nick Kent

9782743623814_1_75

Huit années qui ont marqué l’histoire du rock.
De 1970 à 1978.
Des Beatles et des Stones jusqu’au punk en passant par le progressif, le glam et le pub rock.
Les meilleures années ?
A mon humble avis : OUI !

Nick Kent, jeune journaliste au New Musical Express, nous raconte l’épopée du rock.

Sex, Drugs and Rock’n’Roll.

Si cette époque nous a légué des joyaux musicaux c’est au prix de vies humaines : Janis Joplin, Jim Morrison, Jimy Hendrix et de nombreux autres musicos plus ou moins connus.
Cette période est celle des abus et à la lecture des témoignages et des anecdotes de Kent on se demande encore comment un Keith Richards, guitariste des Stones, a survécu.

Ce livre est incontournable pour revivre et comprendre le Swingin London, la naissance du punk.

C’est avec un plaisir non dissimulé que je lis la « réhabilitation » de groupes trop méconnus comme Roxy Music ou Can.

L’écriture de Nick Kent, teintée d’un humour corrosif et d’une auto-dérision émouvante contribue à rendre ce livre indispensable.

L’auteur lui-même se déclare comme un rescapé des seventies.

« Quand je me lève, je sais de nouveau qui je suis. Il fut un temps où je n’étais qu’un figurant de la nuit des morts élégants… »

A lire avec la bande son qui va avec proposée en annexe.

Jeudi noir de Michaël Mention

MichaelMention-fichelivre

Un exercice de style réussi. Une sacrée performance.
L’auteur a gagné son pari. J’applaudis haut et fort.

Je préviens d’emblée. Suis un (ancien) footeux et un (encore et toujours) amoureux du rock anglais. Et je me suis régalé.

Pour l’anecdote chaque chapitre est accompagné d’un titre de rock de circonstance : Brian Eno, Deep Purple, The Who, etc.
De quoi se mettre dans l’ambiance.

Alors faut-il avoir chaussé des crampons pour goûter ce livre ?
Faut-il avoir poussé du cuir sur le rectangle vert pour apprécier cette (presque) banale et insignifiante histoire de match de foot ?

Je ne crois pas. Et c’est là l’incroyable tour de force de l’auteur.

Nous y voilà. Nous sommes le jeudi 8 juillet 1982.
A Séville en Espagne. Demi-finale de la Coupe du Monde de football.
France-RFA.
Mitterrand est Président de notre République.
Le mur de Berlin n’est pas encore tombé.

Ce sera le match du siècle. Et son terrible « attentat » contre Patrick Battiston.

Michaël Mention nous en livre la retranscription romancée. Minute par minute. A la seconde près.
A travers le récit d’un joueur fictif nous (re)jouons le match.
Son personnage perd la boule au fil de ce match dramatique et se met à chercher un « collabo » parmi les onze joueurs français. Il va jusqu’à barrer des noms au fur et à mesure de leurs actions sur le terrain.
Soupçonner ses propres coéquipiers. Lui-même ne va t-il pas les trahir, changer de camp ?

Plus vivant que le direct télévisuel de Thierry Roland et Jean-Michel Larqué, les deux compères commentateurs sportifs furieusement énervés et vulgairement chauvins ce jour-là.

Impensable. J’étais sceptique. Je suis rentré sur la pelouse à reculons. Pas envie de rechausser mes crampons.
Pas envie de revivre le cauchemar. Pas envie de mouiller le maillot à lire un semblant de polar footballistique.
Et pourtant.
L’auteur a réussi à m’embarquer, sans me lâcher la main, page à page, mot à mot, jusqu’au coup de sifflet final.

Et pourtant j’avais déjà vu et revu ce fameux match.

Mais je vous avertis, chers lecteurs, ce livre est bien loin d’un mièvre article du célèbre journal sportif jaune, L’Equipe.
L’auteur nous parle, aussi (et surtout) de Lino Ventura, de la Bande à Baader, de la montée du Front National, de Patrick Dewaere…

Patrick Dewaere qui se suicidera 8 jours après cette demi-finale.

Comme pour un polar ne comptez pas sur moi pour vous divulguer la chute de l’intrigue…le score final.

Platini, Rocheteau, Giresse, Rummenigge, Breitner, Schumacher, Corver…qui sera le coupable ?

Ou le football comme une allégorie…à la vie…à la mort…
Une belle prolongation.

« Nous sommes devenus des bêtes…Plus jamais je n’ai retrouvé sur un terrain cette cruauté dont nous avons fait preuve. » Alain Giresse, milieu de terrain.

Voici le temps des assassins de Gilles Verdet

Mise en page 1

« La poésie me volera ma mort. » René Char

Un bouquin qui commence par un citation du grand poète René Char ne peut pas être mauvais.
Impossible.

Et ce polar de Gilles Verdet n’est pas mauvais…loin de là. Surtout pas.
Il est même excellent.
Encore une belle récolte de chez JIGAL. Merci !
Un nouveau régal de JIGAL (slogan publicitaire).

Bon sang que ce Gilles Verdet aime les mots.
Villon, Ferré, Verlaine et Rimbaud sont à la fête et ça tourne comme un beau manège à chaque ligne.
Vertiges de l’amour.
Cher futur heureux lecteur, vous allez en prendre plein les mirettes.

Et le pompon c’est que le bouquin tient ses promesses jusqu’au dernier mot.
J’en redemande. Prêt pour un nouveau tour. Allez Verdet mets toi au boulot pour une nouvelle attraction. Je réserve déjà mon ticket.

« Le ciel de mai avait la couleur du plomb fondu. Le jour était sale. Et si bas qu’il avalait à demi le clocher de Saint-Germain-des-Près. »

Un braquage de bijouterie qui finit pas comme prévu.
Paul et Simon sont dans un bateau. Simon tombe à l’eau. Qui restera ?
Paul et ses fantômes d’amours perdus. Et sa Lyse bien aimée.

« Simon s’écroula en jurant. Il portait la main à son ventre. Là où coulait son sang frais. Une des ombres tenta de s’emparer du sac de joaillerie. Lui n’en finissait plus de jurer. Ca a dû énerver la flingueuse. Elle a fourré son arme dans la visière ouverte et tiré encore une fois, à bout portant, pour être sûre. »

Simon tombe.

Et Paul va se retrouver seul contre tous dans un Paris magnifié par Verdet.
Un régal vous dis-je.
Bienvenu au club des Vilains Bonshommes. Voici venu le temps des assassins.

«  Avant que le sommeil m’attrape, j’ai lorgné une dernière fois sur le mur pissotière. Mes arabesques humides avaient déjà séché comme des larmes inutiles. Sur le travers, à hauteur d’homme, un graffiti m’attira l’œil. Est-ce que c’était moi qui l’avais écrit ? J’avais beau lire et relire, je ne me souvenais plus de rien. Voici le temps des assassins. J’ai fermé les rideaux. »

La Commune de 1870 ressuscitée.
Rappelée au désordre.
Comme une revanche.
Une vengeance.
Les années soixante-dix et ses illusions libertaires. La révolution des esprits des simples d’esprit, « sincères, idéalistes mais cons, quoi ! »

Georges, Guillaume, Bernard, Pierrot, Simon et Paul.
Tous enfants rescapés d’un rêve perdu d’avance. Tous pères d’un cauchemar « aux yeux rieurs, aux cheveux noirs et longs… »

La Commune n’est pas morte. Elle revient comme un mauvais souvenir.

Et puis l’ombre de Mikhail Kalachnikov. Et puis le soleil de Jeannette.

Y’a tout ça dans le livre de Verdet et c’est beau.

«Sous le pont Mirabeau coule la Seine
Et nos amours
Faut-il qu’il m’en souvienne
La joie venait toujours après la peine

Vienne la nuit sonne l’heure
Les jours s’en vont je demeure »
(Guillaume Apollinaire)

Verdet nous montre le monde à l’envers.
« Le contrechamp des apparences ».

Et bien loin des faciles et factices clichés Verdet nous embarque dans son blues aux mots cadencés, fignolés au plaisir, ciselés au crochet.

Une sacrée belle partition aux noires inoubliables !