Mon cabinet de culture de Guy Solenn

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Vous voulez vous muscler le cerveau pour pouvoir rouler des méninges, gonfler vos neurones au salon où l’on cause et ainsi briller, jusqu’à l’aveuglement, d’intelligence comme un luisant culturiste ?

«En matière de culture, je fais mon marché tout seul. Je suis le terrain, je sais ce qui pousse.» disait le cher et regretté Topor.

Alors moi aussi j’ai fait mon petit marché et j’ai trouvé ce petit livre qui m’a fait de l’oeil sur les étals de ma librairie préférée.

Ce livre s’inspire des cabinets de curiosités chers à la Renaissance : un incroyable bric-à-brac de savoirs, d’extraits de textes classiques et d’informations insolites, plus ou moins utiles.

Un livre à feuilleter dans tous les sens, à lire au gré des pages.

Découpé en chapitres : curiosités du monde et de la nature, constructions et architecture, médecine et anatomie, grands procés et grandes lois, hauts personnages, monde animal, ce livre parle de tout et de rien.

Encore un livre pour les curieux. Les curieux de tout et de rien.

Cher lecteur, savez-vous que le réalisateur et cinéaste David Lynch collectionne les chewing-gums mâchés par ses amis ?

Ami lecteur, savez-vous qu’Aristarque de Samos avait inventé l’héliocentrisme dix-huit siècles avant Copernic ?

Frère lecteur, savez-vous d’où vient l’expression «jeudi noir» ?

Camarade lecteur, connaissez-vous les dix commandements sur le bout des doigts ?

Curieux lecteur, savez-vous qu’une chevelure humaine compte 250 cheveux par cm2 ?

Bien aimé lecteur, savez-vous que Rimbaud avait laissé un graffiti sur les ruines du temple de Louxor ?

Compère lecteur, connaissez-vous l’origine du mot «jean» ?

Voilà, voilà.
Je vous avais prévenus, fidèles lecteurs, ce livre est un réjouissant capharnaüm !

De quoi combler vos moments perdus…

Un livre à offrir peut-être ?

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Secrets d’Histoire de Stéphane Bern

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J’ai testé pour vous, rien que pour vous, frères lecteurs, un Stéphane Bern. Oui vous m’avez bien lu : un Bern !
Non, ne me dites pas merci, ça m’a fait plaisir.

Jamais vu l’énergumène à la télé. Je ne regarde jamais la télé. Et puis tiens tant que j’y suis j’en profite pour en rajouter une couche, vous marteler encore et encore : éteignez votre télé et allumez vos lampes de chevet pour lire, lire et encore lire, ça vaudra mieux !
Bon ça c’est dit !

Revenons-en à notre mouton frisé de Stéphane Bern.
Ses «Secrets d’Histoire» (titre d’une émission hebdomadaire sur France 2 animée par l’animal lui-même, oui bon, je l’ai déjà dit, éteignez votre télé) contient quatre tomes.
J’ai donc commencé par le premier.
J’aime bien qu’on me raconte des histoires. Les petites histoires de la grande Histoire.

«Il y a deux histoires : l’histoire officielle, menteuse, puis l’histoire secrète, où étaient les véritables causes des événements.» écrivait Balzac.

Et bien j’avoue, devant vous, oui j’avoue sans honte aucune, ce Stéphane Bern sait bien raconter les histoires.
Dans un beau livre, richement illustré, impeccablement mis en page, il nous mène en bateau sur les flots passionnants de l’Histoire sans jamais nous noyer dans l’ennui.

Un beau voyage, ma foi.

Et puis je signe des deux mains sa préface : «Certes l’Histoire, si elle ne se répète pas toujours, éclaire le présent et l’avenir. Elle constitue le socle de notre nation, un trésor et un patrimoine communs qui confèrent à chacun d’entre nous, quelle que soit son origine sociale, religieuse ou ethnique, ce sentiment d’appartenance à un même peuple. Mes ancêtres n’étaient pas gaulois, loin s’en faut, mais l’étude passionnée de l’Histoire de France m’a permis d’aimer ce pays qui m’a vu naître et que mes grands-parents avaient choisi : l’histoire comme le langue et la culture sont de merveilleux vecteurs d’intégration.»
Bien dit !

Un peuple qui ne sait pas d’où il vient ne sait pas où il va.

C’est ce que soutient aussi Finkielkraut dans son nouvel essai
«L’identité malheureuse». Un Finkielkraut incompris, survolé, traité de réactionnaire et de raciste par la nouvelle Inquisition des médias autorisés, lynché par les gardes-chiourme du «bien penser», un Finkielkraut, dis-je, qui ne dit que ça.
Oui, un peuple qui ne sait pas d’où il vient ne sait pas où il va.
Bon passons et revenons à notre mouton bouclé.

Stéphane Bern, sous l’égide d’éminents historiens (tout de même, ses histoires ne sont pas des bobards), nous conte Marie-Antoinette et Cléopâtre, Charlotte Corday et Marie Stuart, Henri VIII et Louis II de Bavière, Robin des Bois et le chevalier d’Eon.
Entre autres.
Chaque personnage historique est esquissé d’anecdotes de quelques trois ou quatre pages, ni plus, ni moins, juste le temps de nous donner envie d’en savoir davantage.

Un livre qui rend curieux est forcément un bon livre !

Je crois bien que je vais commander les trois tomes suivants au Père Noël.

Testé et approuvé donc.

(la mise en plis de Stéphane Bern sur la photo de couverutre est-elle authentique ? bon d’accord, c’est juste que je suis jaloux de sa coiffure, c’est tout)

Comment vivre ? de Sarah Bakewell

 

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« A quel point je le fais mien…il me semble que c’est moi-même. » écrivait André Gide à propos de Montaigne.
Cet été Montaigne me tient compagnie et me suit partout…sur le sable brûlant de l’Atlantique, sur les pentes arrondies des monts d’Auvergne ou sur les verts chemins qui serpentent la campagne de la Haute-Loire (voilà, vous savez tout de mes vacances !).
Partout Montaigne m’accompagne…à sauts et à gambades…
« C’est ici un livre de bonne foi, lecteur. Il t’avertit dès l’entrée que je ne me suis proposé aucune fin, que domestique et privée. Je n’y ai eu aucune considération de ton service ni de ma gloire. » précise Montaigne en introduction de ses « Essais ».

Au programme :  » Un Eté avec Montaigne » d’Antoine Compagnon, « Montaigne à cheval » de Jean Lacouture, « Comment vivre ? » de Sarah Bakewell et enfin et surtout une relecture de morceaux choisis des « Essais », version Folio Classique dirigée par Pierre Michel avec une magnifique préface d’André Gide (version sincèrement recommandée !).

Montaigne est un compagnon de vie très agréable à vivre.
Un ami idéal : jamais démonstratif, jamais donneur de leçons, toujours présent, toujours attentif.

Montaigne nous raconte comment affronter la peur de la mort, comment tirer le meilleur de chaque instant de notre vie, comment lire…comment vivre…

Ici, Sarah Bakewell nous propose une éclairante et passionnante biographie de Montaigne.

Au menu du compagnonnage : de nombreux extraits des « Essais », des anecdotes savoureuses, une remarquable mise en contexte historique et un instructif défilement de la vie de Montaigne.

Je conseille vivement la lecture de ce livre à tous ceux qui n’ont pas le temps (vive les 35 heures !), le courage (oui, il en faut parfois pour lire les 3 tomes en vieux français !) de lire les « Essais ».

« Je mets tout lecteur de Montaigne au défi de ne pas poser le livre à un moment ou à un autre pour s’écrier, incrédule : Comment a-t-il su tout cela de moi ? » écrit le journaliste Bernard Levin à propos des « Essais ».

Les Stones de Philip Norman

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« En 1984, on pensait généralement que peu de fans des Rolling Stones aiment les livres. Je suis heureux que celui-ci ait fait exception à cette règle, puisqu’il est constamment réimprimé depuis vingt-huit ans, et toujours présent pour marquer aujourd’hui le demi-siècle d’existence des Stones. »

Des biographies sur les légendaires Stones il y en a des tonnes et des tonnes…trop, trop…

Celle de François Bon, celle de Nick Kent, celle de François Jouffa, celle de François Plassat et celle de…et puis celle de…
Trop c’est trop.
Ne perdez pas votre temps allez tout droit lire celle de Philip Norman qui reste une référence avec celle de Stanley Booth.
Faites moi confiance…

Si vous avez écouté, si vous écoutez et si vous écouterez « Sympathy For The Devil » en boucle, vous voilà servis.
Ces diables de Stones on fait coulé beaucoup d’encre, de sang et de dollars…trop, trop…
De la naissance du groupe adepte du Rythm and Blues, à la noyade de Brian Jones (fondateur du groupe), du terrible et cauchemardesque concert d’Altamont aux démélés financiers autour des droits d’auteurs, des orgies alcoolisées aux matins brumeux aux goûts de LSD…vous saurez tout (ou presque) sur ces sacrés musicos que sont les Stones.

C’est aussi un voyage (psychédélique !) au pays des sixties.
« Dans cette rue grise, ils rayonnaient comme des dieux solaires. Ce n’étaient pas des humains, mais bien plutôt des créatures venues d’une autre planète… » écrit Nik Cohn en 1965 à Liverpool.

Suivez mes précieux conseils, enfilez votre casque et écoutez ces albums (Aftermath, Let It Bleed, Stikies Fingers, Exil On Main Street, pas plus…après le reste c’est comment dire, trop, trop…) en lisant « Dance With The Devil » de Stanley Booth et « Les Stones » de Philip Norman et vous m’en direz des nouvelles…
Non, ne me dites pas merci c’est vraiment parce que je vous aime bien !

« Let me please introduce myself
I’m a man of wealth and taste
And I lay traps for troubadors… »

Pornographie du temps présent de Alain Badiou

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« Un présent fait défaut. » Mallarmé

Le philosophe Alain Badiou, guidé-inspiré par la pièce de théâtre « Le Balcon » de Jean Genet, nous propose ici une critique radicale de la démocratie.
Comme souvent (très souvent à mon goût) Alain Badiou nous bouscule, nous interpelle, nous provoque, nous chatouille là où ça fait mal…pour notre plus grand bien !

Ce court texte d’une quarantaine de pages est la reprise intégrale d’une conférence intitulée « Images du temps présent » donnée en janvier 2013 à la Sorbonne.

De la démocratie considérée comme notre fétiche, un bordel, le Phallus de notre présent.
Rien que ça !

Le pouvoir démocratique cacherait sa « férocité » derrière une (pro)fusion d’images obscènes, sophistiquées et marchandes.
Son but : nous pousser à consommer dans l’illusion d’un monde connecté…le fameux-fumeux « Village Global » d’Internet.

« Le bordel, c’est le lieu où s’évalue et se fixe le prix moyen du désir. C’est le marché des images. » nous prévient Badiou.

En dehors de ce bordel savamment organisé survivrait la fureur de ceux qui résistent, qui rêvent…comme un désir de révolution.
Nous devons nous « désencombrer », « désimager », « désimaniger ».
Nous devons oser les utopies.

« Il est aujourd’hui sentimentalement obligatoire d’être démocrate. Le féroce pouvoir nu qui nous détruit se fait reconnaitre et même aimer par tous, dès lors qu’il se couvre du mot démocratie…Nous devons avant tout traiter méthodiquement cette obligation et cet amour. » scande Badiou tel un Léo Ferré au plus grand de sa forme.

Critiquer le capitalisme ne suffit pas, ne suffit plus. Il faut aller plus loin, penser plus loin.
Oser fustiger la démocratie, un système politique encore trop inégalitaire.

Oui mais pour aller où ?
Comment ?
Avec qui ?

Là, Badiou reste (trop souvent à mon goût) imprécis.
Vers un monde qui ferait advenir l’égalité réelle de l’humanité toute entière.
Mais encore ?
Certes Badiou a toujours eu l’honnêteté voire le courage de refuser de porter le drapeau, le chapeau des dictatures communistes.
Il ne donne pas de leçons contrairement aux Alain Minc et autres Jacques Séguéla et leurs discours moralisateurs, contrairement aux nouveaux et envahissants économistes-gourous qui prétendent nous apprendre à vivre.

Un livre remuant pour éviter de ronronner, de s’assoupir !

« Nos poètes tuent ce qu’ils voudraient faire vivre. » Jean Genet.

Un été avec Montaigne de Antoine Compagnon

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« Quand je danse, je danse… » Montaigne.

Antoine Compagnon, écrivain et professeur au Collège de France, est un spécialiste de Montaigne (« Nous, Michel de Montaigne », « Chat en poche : Montaigne et l’allégorie »).

Ici il nous accompagne, le temps d’un été, à (re)découvrir Montaigne.
Réduire les Essais de Montaigne à quelques extraits, sentences ou autres maximes est un exercice à haut risque. Beaucoup s’y sont aventurés…beaucoup trop se sont enlisés dans une glose vaseuse et évasive.

Là, Antoine Compagnon réussit le défi.
En quarante petits chapitres judicieusement colorés de nombreux passages des Essais, il nous offre un Montaigne vivifiant, fortifiant, présent et moderne.
De son engagement politique à sa vision de la mort, de l’éducation au temps qui passe, que sais-je…
Montaigne est encore bien vivant. BHL peut aller se rhabiller…

De quoi (re)donner envie de (re)lire les Essais…été comme hiver !

« Le livre me console en la vieillesse et en la solitude, il me décharge du poids d’une oisiveté ennuyeuse et me défait à toute heure des compagnies qui me fâchent, il émousse les pointures de la douleur… » Montaigne

A propos des chefs-d’oeuvre de Charles Dantzig

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«Quel ennui serait la vie sans chefs-d’oeuvre. Seuls la plupart des hommes pourraient y vivre.»

Charles Dantzig est un auteur qui aime écrire sur la lecture.
Une très bonne habitude, ma foi. Foi de lecteur, cela va de soi.
Auteur talentueux du «Dictionnaire égoïste de la littérature française», de «l’Encyclopédie capricieuse du tout et du rien» et du (très plébiscité) «Pourquoi lire ?»
Auteur un peu cabot (m’as-tu vu bon chic, bon genre ?), une sorte de Jean d’Ormesson du futur.

C’est aussi un amoureux de Rémy de Gourmont, chef de file de l’école symboliste, fondateur du Mercure de France, un auteur mordant et irrespectueux, un auteur d’audacieux chefs-d’oeuvre («Le joujou patriotisme» ou «Sixtine»), un auteur oublié dans les fosses «sceptiques» de l’autorisée doxa bien pensante, un auteur abandonné dans les caves poussièreuses des librairies aseptisées.
Bon ça c’était l’encart publicitaire pour un auteur que j’adore.
Ma propagande. Ma campagne. Ma bataille.

Dantzig, donc, nous parle ici, des chefs-d’oeuvre.
C’est quoi un chef-d’oeuvre ?
Rassurez-vous, cher curieux lecteur impatient, vous ne le saurez pas à la fin de votre lecture, peut-être un peu plus, peut-être un peu moins et c’est tant mieux.
Un chef-d’oeuvre restera toujours un mystère inexpliqué, inexplicable.

Charles Dantzig, au fil des pages, nous livre «ses» chefs-d’oeuvre.
«A la recherche du temps perdu» de Proust, «Les chants de Maldoror» de Lautréamont, «Le Rouge et le Noir» de Stendhal, «Méandres» de Léon-Paul Fargue…entre nombreux autres plus ou moins connus, reconnus.

A chacun «ses» chefs-d’oeuvre.
Et puis qui, oui qui, «décide» de l’appellation (contrôlée ? incontrôlée ? ) du chef-d’oeuvre ?
L’Université ? La critique ? L’Histoire ? Les lecteurs ?
Les chiffres de vente ? Un anonyme «consensus omnium» conspirateur et manipulateur ?

Au-delà d’une verbigération parfois nébuleuse, cet essai nous pousse dans les douces orties impénétrables de la littérature.
Charles Dantzig (avec nous) cherche les critères du chef-d’oeuvre.
Une rupture de la médiocrité ? Un fracas ?
Un pamphlet contre le morne ? Contre la norme ?
Un abandon ? De l’inimaginable ?
Un morceau de présent immortel ? Eternisé ?
Une illusion ?
Un enjeu économique ?
Un jugement de valeur ?
Un sceau subjectif abusivement, définitivement imposé, pour le meilleur, pour le pire…

Dantzig discourt (bavarde, chahute) sur la littérature.
La littérature n’explique pas, ne démontre pas, n’aide pas à vivre.
Elle montre. C’est tout !
La philosophie enseigne (moralise et vend), la publicité vend (et moralise), la religion moralise (et vend).
La littérature (nous) livre.
La littérature (nous) délivre.
C’est beaucoup !

Finissons-en avec cette tentative de définition du chef-d’oeuvre d’après Dantzig.
«Chef-d’oeuvre : n.m.. Le chef-d’oeuvre littéraire est un livre exceptionnel qui crée son propre critère et que l’on ne peut estimer que selon lui. Expression la plus audacieuse d’une personnalité, chaque chef-d’oeuvre est unique. Il n’y a pas de sujet au chef-d’oeuvre que la forme même de ce chef-d’oeuvre.
Le chef-d’oeuvre est la création la plus exaltante de l’humanité. On peut remplacer ce mot par «grande oeuvre».

Le Littré écrivait «Oeuvre parfaite et très belle en son genre».
Le Robert 2013 écrit «Oeuvre très remarquable, parfaite.»
Le Dictionnaire de l’Académie propose «Œuvre d’art, littéraire ou non, qui touche à la perfection.»

Nobody is perfect, non ?

«Un chef-d’œuvre existe une fois pour toutes.» nous dit Hugo.
Une fois pour tous…les lecteurs ?
Hemingway s’amuse à déclarer qu’un «chef-d’œuvre est un livre dont tout le monde parle et que personne ne lit.»
Bien dit.

En tant qu’ancien «compagnon» du Devoir (ben oui, j’ai fait ça, un temps, avant les devoirs du tableau noir), j’apprécie (avec liesse) cette définition du compagnonnage.
Avant de devenir «compagnon», il faut commencer par être apprenti, puis aspirant.
Un compagnon est un aspirant qui a réalisé son travail de réception, et achevé son Tour de France.
Par le «chef-d’œuvre de réception», il démontre ses capacités professionnelles, et l’accomplissement de sa formation. Il doit s’agir d’une prouesse technique de plusieurs centaines d’heures de travail, selon le corps de métier concerné.
Être compagnon, c’est mériter un titre et la reconnaissance de ses pairs. Cela suppose d’abord d’être un ouvrier compétent dans son métier. Le candidat doit donc le prouver en fabriquant un chef-d’œuvre ou travail de réception.
Et puis, il existe aussi des chefs-d’œuvre confectionnés par des compagnons pour le seul plaisir de vaincre les difficultés, en guise de passe-temps.
Il y aurait donc des écrivains «apprentis-écrivains», des écrivains «aspirants-écrivains» et des «écrivains-compagnons».
Alors Balzac et Baudelaire, compagnons du Devoir de la littérature, de simples ouvriers de la littérature, nos compagnons ?

Le mot chef-d’oeuvre apparaît au XIIIe siècle dans le langage des métiers et des corporations. Il désigne un objet difficile à réaliser qu’un compagnon artisan doit produire pour être reçu compagnon.
Reçu dans la cour des Grands.
Il y aurait donc de grands écrivains, de très grands écrivains, des géants, des écrivains moyens, des petits écrivains, des petits petits, tout petits écrivains.
Question de vision.
Il y aurait peut-être des lecteurs visionnaires, d’autres aveugles.
Question de points de vue.

L’étymologie ça peut servir.
Le mot «chef» vient de «caput» qui signifie «tête».
Un chef-d’oeuvre serait donc une oeuvre en tête.
En tête de quoi ?
En tête de gondole ?
En tête du Top 20 ?
L’oeuvre d’un écrivain qui aurait la grosse tête ?
Une oeuvre qui tient tête ?
Une voix de tête ?
Un tête couronnée par la critique autoproclamée ?
Un pavillon à tête de vie ?

Ben nous voilà bien avancés…

Lecteurs, nous sommes les sentinelles du chef-d’oeuvre, des veilleurs (de nuit, souvent)…au chevet de la littérature…
Alors, c’est quoi un chef-d’oeuvre ?
Hein, c’est quoi ?
Dites-moi tout, rassurez-moi, éclairez ma lanterne, cher compagnon lecteur…
Hein, c’est quoi un chef-d’oeuvre ?

«Un chef-d’oeuvre fait mieux que rajeunir qui le lit, il lui donne, un instant, l’immortalité.»