Apathy for the Devil de Nick Kent

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Huit années qui ont marqué l’histoire du rock.
De 1970 à 1978.
Des Beatles et des Stones jusqu’au punk en passant par le progressif, le glam et le pub rock.
Les meilleures années ?
A mon humble avis : OUI !

Nick Kent, jeune journaliste au New Musical Express, nous raconte l’épopée du rock.

Sex, Drugs and Rock’n’Roll.

Si cette époque nous a légué des joyaux musicaux c’est au prix de vies humaines : Janis Joplin, Jim Morrison, Jimy Hendrix et de nombreux autres musicos plus ou moins connus.
Cette période est celle des abus et à la lecture des témoignages et des anecdotes de Kent on se demande encore comment un Keith Richards, guitariste des Stones, a survécu.

Ce livre est incontournable pour revivre et comprendre le Swingin London, la naissance du punk.

C’est avec un plaisir non dissimulé que je lis la « réhabilitation » de groupes trop méconnus comme Roxy Music ou Can.

L’écriture de Nick Kent, teintée d’un humour corrosif et d’une auto-dérision émouvante contribue à rendre ce livre indispensable.

L’auteur lui-même se déclare comme un rescapé des seventies.

« Quand je me lève, je sais de nouveau qui je suis. Il fut un temps où je n’étais qu’un figurant de la nuit des morts élégants… »

A lire avec la bande son qui va avec proposée en annexe.

Une vie entre deux océans de M.L. Stedman

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«Les océans n’ont pas de limites. Ils ne connaissent ni début ni fin. Le vent ne s’arrête jamais. Il lui arrive de disparaître, mais uniquement pour reprendre des forces ailleurs, et il revient se jeter contre l’île, comme pour signifier quelque chose…»

«Une vie entre deux océans» est le premier roman de l’australienne M.L. Stedman.
Et là, livre fini, fermé, encore tout chaud entre mes mains tremblantes d’exaltation, les bras ballants d’émotion, les yeux embués de larmes, je dis bravo et merci pour ce grand, très grand moment de lecture.

Quelle histoire ! Mais quelle histoire !
Tom Sherbourne est de retour de la guerre des tranchées. La tête encore envahie de cauchemars.
Il rentre en Australie.
Tom est gardien de phare sur l’île sauvage de Janus.
Loin de tout.
Il vit des jours paisibles, rythmés par les marées et les tempêtes, avec sa femme Isabel.
Isabel subit, coup sur coup, deux interruptions de grossesse.
Puis accouche d’un enfant mort-né.

Quand échoue sur une plage de l’île de Janus une petite barque…
A son bord un homme mort et un bébé sain et sauf.
Une petite fille.

Voilà le début de l’histoire.
De quoi imaginer le meilleur…comme le pire…
«Ici, l’existence se déroule sur une échelle de géants; les rochers, qui, de loin, ressemblent à des dés jetés contre les côtes, sont des blocs larges de plusieurs dizaines de mètres, léchés par les vagues depuis des millénaires, projetés les uns contre les autres jusqu’à s’entasser en une pile verticale.»

Frère lecteur, je ne vais pas aller plus loin.
Je vous abandonne ici. Et je vous souhaite un bon voyage en Australie.

Ce livre me rappelle le magnifique et envoûtant (et trop méconnu) «Le gardien du feu» de Anatole Le Braz.
« Lorsqu’on la contemple en toute sécurité de la chambre d’un phare ou de la maisonnette blanche d’un sémaphore, comme cela, oui, je comprends la mer. Autrement, non ! Paradis des hommes, mais enfer des femmes !….» écrivait Le Braz.

Préparez vos mouchoirs…
Un gros coup de coeur pour moi !

«Bientôt, les jours se refermeront sur leurs existences, l’herbe poussera sur leurs tombes, jusqu’à ce que leur histoire se résume à quelques mots gravés sur une stèle que l’on ne vient jamais voir.»

Torre del Mar de Norman Lewis

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« Norman Lewis ?…Un des meilleurs écrivains de ce siècle. » écrivait Graham Greene.

Torre del Mar, petit village de pêcheurs en Espagne.
La Catalogne encore rouge de sang de l’après-guerre.

Sebastian Costa, pauvre pêcheur, tombé (poussé) du mauvais côté franquiste pendant la guerre civile.
Marta sa vieille mère, petite silhouette noire et hésitante.
Elena la fiancée d’illusion de Costa.
Molina le révolutionnaire fatigué.
Paquita la belle gitane ensorceleuse d’hommes.
Federico Vilanova le vieil aristocrate grincheux.
Alfonso Valls le mafieux du village.
Calles le lieutenant de police très sadique.
Un colonel phalangiste très peu poète.
Et quelques menus fretins de trafiquants et autres contrebandiers.

Une galerie généreuse et ironique : celle des gens d’en bas.
Ni militant, ni prêcheur, Norman Lewis ne démontre pas : il montre.

Et c’est poignant, émouvant.

Un très beau moment de lecture, c’est déjà beaucoup, non ?

« J’ai toujours jugé plus important de décrire ce que je voyais que d’encombrer le lecteur en lui faisant part de mes réactions. » Norman Lewis.

Cet été-là de Trevor William


«Il ne se passait rien à Rathmoye, disaient ses habitants, mais la plupart d’entre eux continuaient à y vivre. C’étaient les jeunes qui partaient, pour Dublin ou pour Cork ou pour Limerick, en Angleterre, parfois pour l’Amérique. Beaucoup revenaient. Il était également exagéré d’affirmer qu’il ne s’y passait rien.»

C’est l’histoire de Ellie, de Florian Kilderry, de Dillahan, de Miss Connulty, de Orpen Wren. C’est l’histoire d’un village en Irlande en 1950. C’est l’histoire d’un été. L’histoire d’un amour.
Une histoire, belle et triste, à en pleurer.
Ce roman de William Trevor («Love and Summer» pour le titre original) est, comment dire, magnifique.
Des mots en or, de l’or en mots.

Ellie est mariée à Dillahan un fermier.
«Ils n’avaient pas souvent de visiteurs à la maison, hormis pour les oeufs ou le babeurre,et, une fois par an, la belle-famille de Dillahan qui venait de Shinrone un dimanche après-midi. Le facteur et l’employé de l’assurance ne comptaient pas. L’homme qui s’occupait de l’insémination artificielle ou celui qui relevait le compteur ne comptaient pas. Rien ne passait sur la route, en dehors du tracteur des Corrigan ou de Gahagan quand il recherchait un animal qui s’était égaré.»

Dillahan porte un lourd passé qui lui colle aux bottes comme une terre obsédante.

Ellie vient de nulle part. Sans famille. Elevée chez les «bonnes soeurs». Née sans rien, n’attendant rien. Placée-mariée à Dillahan.
Les soeurs l’avait prévenue : «Attention à ce que tu pourrais faire sans être consciente que tu le fais; quoi que ce puisse être, c’est toi qui le fais.»

Florian lit «Les Heureux et les Damnés» de Scott Fitzgerald, «Les Frères Karamazov» de Dostoïevski. Fils de bonne famille.
Il est de passage. Vient vendre sa maison familiale. En partance pour la Scandinavie. En attendant il traîne dans le village comme un oiseau de mauvais augure.
Ellie et Florian vont se rencontrer.
«La première chose qu’il avait remarquée était ses yeux gris-bleu et, alors qu’ils bavardaient, il s’était surpris à être de plus en plus séduit par sa beauté sans fard.»

Je vous souhaite bien du plaisir de lecture…
Magnifique vous dis-je !

De grandes espérances de Charles Dickens

« Le nom de famille de mon père étant Pirrip, et mon nom de baptême Philip, ma langue enfantine ne put jamais former de ces deux mots rien de plus long et de plus explicite que Pip. C’est ainsi que je m’appelai moi-même Pip, et que tout le monde m’appela Pip. »

« De Grandes Espérances » peut être à juste titre envisagé à part dans l’ensemble de l’oeuvre de Dickens. Il se distingue aussi bien des longs romans, par son format et sa relative concision, que des autres livres parus en magazine hebdomadaire, dont il évite la sécheresse excessive. Dans les années 1950, un jury d’homme de lettres français l’a élu meilleur roman étranger du XIXème siècle devant « Guerre et Paix » et « Crime et Châtiment », et aujourd’hui encore on le cite fréquemment comme le meilleur livre de son auteur. Fait significatif : même les critiques peu favorables à Dickens lui concédent des qualités particulières, un peu comme ceux qui, n’aimant ni
« L’Education sentimentale », « Ni Salammbô », ni « Bouvard et Pécuchet », reconnaissent les mérites de « Madame Bovary ». En somme, le « classicisme », la maîtrise formelle des « Grandes Espérances », s’ils ne déchaînent pas toujours l’enthousiasme, forcent au moins le respect. »
Ce passage est extrait de la passionnante biographie de Jean-Pierre Ohl, « Charles Dickens » qui vient de paraître dans la collection Folio-biographies (déjà chroniqué par votre serviteur sur MyBoox).
Charles Dickens finit d’écrire « Les Grandes Espérances » en 1861.
C’est l’un des derniers romans de l’auteur. Il meurt en 1870.
L’œuvre est publiée pour la première fois sous forme de feuilleton de décembre 1860 à août 1861, dans le magazine créé et dirigé par Dickens « All the Year Round », et paraît ensuite en trois volumes chez l’éditeur londonien Chapman and Hall, en 1861.
Non, Dickens n’est pas un auteur réservé aux enfants !
Dickens c’est Kafka, Dostoïevski ou Beckett avant l’heure. C’est une « substance fluide et composée » (Chesterton), un romancier de génie, un « transmutant » du réel.
C’est l’histoire du petit Pip, élevé « à la main » par sa soeur. Une sorte de biographie fictionnelle de cet enfant qui va grandir avec nous.
Ce roman fourmille de personnages hauts en couleur comme souvent chez Dickens : Abel Magwitch le forçat, l’étrange Miss Havisham et sa fille Estella. Dickens sera malheureux en amour (malgré 11 enfants !) tout comme son héros Pip qui dit à propos d’Estella : « Je n’ai jamais connu une seule heure de bonheur en sa compagnie, et pourtant, je ne cessais d’espérer le bonheur de vivre avec elle jusqu’à sa mort. » Le gentil et le méchant, le sage et le fou, le riche et le pauvre, la belle et le laid. Les archétypes à la Dickens sont là.
L’héritage mystérieux d’une immense fortune (l’expression  » grandes espérances  » désigne une promesse d’héritage) va bouleverser sa vie…jusqu’aux plus belles espérances…jusqu’aux plus cruelles désillusions…Des manoirs lugubres, une campagne anglaise magique, un Londres sombre : « Londres. Le Grand Four. Le Coin des fièvres. Babylone. La Grande Verrue. La lanterne magique…remplie de plus de merveilles et de plus de crimes que toutes les cités de la terre. » Si vous voulez visiter le Londres industriel et miséreux de cette fin du 19ème siècle, n’allez pas vous perdre dans un savant, démonstratif et ennuyeux livre d’Histoire, suivez le guide romanesque, suivez Dickens.
Des dialogues hilarants et cinglants…La misère et l’hypocrisie. Aventures et trahisons. Des larmes et des rires…
Ah ! L’humour féroce de Dickens : inimitable !
Tout Dickens : magnifique !
Dickens, c’est la vie…dure et tendre, triste et joyeuse !
A lire absolument !
John Irving écrit : « D’ailleurs c’est le propre des grands romanciers, qu’il s’agisse de Dickens, de Hardy, de Tolstoï ou de Hawthorne et Melville. On parle toujours de leur style, mais en fait, ils exploitent tous les styles, n’en refusent aucun. Pour eux, l’originalité de l’expression est un phénomène de mode qui passera. Les questions plus vastes et plus importantes, celles qui les préoccupent, leurs obsessions, resteront au contraire: l’histoire, les personnages, le rire, les larmes. »