Le dernier gardien d’Ellis Island de Gaëlle Josse

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Décidément j’adore tous les livres de Gaëlle Josse.

Aucun ne m’a déçu.

« Les heures silencieuses », « Nos vies désaccordées » et « Noces de neige ».

John Mitchell sera le dernier directeur du Centre d’Immigration d’Ellis Island à New-York dans le quartier de Manhattan à l’embouchure de l’Hudson.

La statue de la Liberté en vue.

John Mitchell va partir à la retraite. Il nous livre ses mémoires de gardien de l’île sous la forme d’un journal.

Ce Centre d’Immigration a fonctionné de 1892 à 1954.

Il a accueilli des millions d’immigrés.

Passeport pour l’Amérique…rêve ou cauchemar.

Rien qu’en 1917 les USA ont vu l’arrivée de 1 004 756 immigrants de toutes nationalités.

John Mitchell va nous raconter un pan de l’histoire des Etats-Unis.

Avec émotion et sensibilité.

Je vous en dis pas plus et je vous laisse découvrir ce bonheur de lecture en vous enviant déjà la première page.

Merci Gaëlle Josse pour ce magnifique roman bouleversant.

Lisez Gaëlle Josse…c’est un ordre !

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Pietra Viva de Léonor de Récondo

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«Ne regardez pas mon visage, il est laid. regardez plutôt mes mains ! Elles sont si puissantes qu’elles façonnent la réalité, qu’elles donnent vie à la pierre.»

1505.
Michelangelo quitte Rome pour le village de Carrare.
Il doit construire un caveau : commande du Pape Jules II.
Trente ans, l’artiste solitaire a déjà sculpté sa Piéta.
Il va vivre, revivre, survivre les souvenirs dans ce village montagneux de Carrare.
Carrare, le village des carrières de marbre, des tailleurs de pierres.

« J’ai vu un ange dans le marbre et j’ai seulement ciselé jusqu’à l’en libérer. » Michelangelo.

Michelangelo vient de découvrir le corps sans vie d’Andrea, un jeune moine.
Une mort mystérieuse.

Cher lecteur, Léonor de Recondo nous plonge dans l’Italie du XVI ème siècle en compagnie du génial Michelangelo.
Rien que ça !
Un cadeau de lecture !
Un voyage lumineux et poétique. Un roman magnifique sur la vie et la mort. Sur l’art éphémère et…éternel.

L’écriture musicale de Léonor de Récondo, touches d’émotions, régale à la lecture. L’auteure n’est pas musicienne pour rien !

«Dans une pierre vive
L’art veut que pour toujours
Y vive le visage de l’aimée.»
Michelangelo Buonarroti.

Clichy de Vincent Jolit

clichy-vincent-jolit-9782732460260« Pour Aimée, le texte qu’elle a sous les yeux n’est pas français. Ou alors, si, du français comme l’écrivent les enfants: ponctuation aléatoire, excitation improbable, enchaînement incohérent.»

1929 à Paris.
«Paris et ses monuments, l’émerveillement des grandes avenues, la majesté de la tour Eiffel, la douceur des parcs, le bruit réconfortant des bistrots.»

1929 à Clichy.
«Clichy, à cette époque, on ne sait pas trop ce que c’est. Plus vraiment la campagne, pas encore Paris. Une ville poisseuse, grise et humide. Déjà l’endroit où la capitale déverse ses déchets et ses indésirables.»

1929. La Grande Guerre se cicatrise…en attendant la prochaine…

Aimée est secrétaire au dispensaire du 10, rue Fanny, à Clichy.
Dispensaire d’hygiène sociale où l’on soigne toute la misère du monde.

Habillé de tricots mangés par les mites, pouilleux comme ses malades, un certain Louis Ferdinand Céline reçoit les tuberculeux et autres syphilitiques. Un médecin des pauvres.

Aimée, fille unique de bretons émigrés à Paris.
Aimée, on pourrait l’oublier.

Céline écrit son «Voyage au bout de la nuit.»
Céline, on ne l’oubliera pas.

L’écrivain propose à Aimée de dactylographier son premier roman.
Céline lui apporte ses brouillons dans une brouette.
Aimée sera donc la première lectrice de ce roman qui va révolutionner la littérature.
Aimée choquée, dégoûtée par ce style anarchique, ces expressions vulgaires, ces personnages lubriques.

Cette Aimée est très attachante. La troublante relation qui, petit à petit, s’installe entre Aimée et Louis est touchante à lire.

J’ai trouvé ce livre vraiment agréable. Un très bon moment de lecture, c’est déjà beaucoup non ?

Vincent Jolit est né en 1978 à Hyères dans le Var. Après l’obtention de son DEA de Lettres modernes consacré à l’intertextualité romanesque, il devient bibliothécaire à la médiathèque de Hyères. Il vit actuellement à Toulon.

«Clichy» est son premier roman. Et là je dis : «Bravo et merci !»

«L’originalité est très peu de chose. C’est plutôt une petite technique, nouvelle, par exemple comme le crawl à la place de la brasse…» (Céline)
Le style de Céline invente un crawl littéraire.

La confrérie des chasseurs de livres de Raphaël Jerusalmy

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Un titre accrocheur, une image de couverture attirante, un héros nommé François Villon, une intrigue rebondissante, des escarmouches «en veux-tu en voilà», des contrées magiques à visiter, voilà de quoi alpaguer le chaland qui hante les librairies à la recherche de dépaysement.

Un livre d’aventures, c’est toujours bon à prendre !

Le poète-brigand auteur de la célèbre «Ballade des pendus», François Villon, se retrouve, en échange de sa liberté, compromis dans un obscur complot qui va nous mener jusqu’à Jérusalem.

Raphaël Jérusalmy invente un chemin romanesque là où se perdent les traces de François Villon.

«Le 5 janvier 1463, le Parlement casse le jugement et le bannit de Paris. Nul ne sait ce qu’il advint de lui par la suite.»
Il a trente-deux ans.

Et nous voilà transportés dans le Paris du XVème siècle, la France de Louis XI.
C’est le temps des premières imprimeries de Mayence, de la sainte Inquisition, des premiers écrits réformistes rédigés par un obscur curé de la Forêt Noire, d’une Jérusalem mystérieuse et ténébreuse dominée par un gouverneur mamelouk.

Amoureux des livres, ce roman est fait pour vous !

Promis, vous allez palpiter au fil des pages dans le monde secret de la Confrérie des chasseurs de livres.
Promis, juré, vous allez vibrer dans le monde tumultueux de l’histoire des idées.
Promis, juré, craché, vous alllez frémir auprès des hérétiques, des alchimistes, des savants, des imprimeurs clandestins, des Coquillards et des moines copistes.

Ce roman a un petit air de «Angélique Marquise des Anges» et de «Au nom de la Rose».
Un très bon moment de lecture, c’est déjà beaucoup, non ?

Je vous conseille de lire ce livre accompagné du superbe «Quattrocento» de Stephen Greenblatt, l’histoire de Le Pogge, un humaniste florentin qui, en 1417, découvre un manuscrit perdu qui changera le cours de l’Histoire.

«Frères humains qui après nous vivez
N’ayez les cœurs contre nous endurcis,
Car, se pitié de nous pauvres avez,
Dieu en aura plus tost de vous merciz.
Vous nous voyez cy attachez cinq, six
Quant de la chair, que trop avons nourrie,
Elle est pieça devoree et pourrie,
Et nous les os, devenons cendre et pouldre.
De nostre mal personne ne s’en rie :
Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre!»

La ballade des pendus de Villon

Au revoir là-haut de Pierre Lemaitre

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« Je te donne rendez-vous au ciel où j’espère que Dieu nous réunira. Au revoir là-haut, ma chère épouse… »

Derniers mots écrits par Jean Blanchard fusillé pour traîtrise le 4 décembre 1914…réhabilité en 1921.

Pierre Lemaitre dédie ce roman aux morts, de toutes nationalités, de la guerre de 14-18 : dix millions de morts.
Ce roman tragique, comique, émouvant, haletant, embarque, engage le lecteur, halluciné, dans une fresque désanchantée d’après-guerre.

Un monument !

Roman historique, politique.
Roman d’amour.
Polar.
Cinq cent pages qui nous prennent au coeur et aux tripes.
A corps et à cri.
Un corps à corps avec la mort.
Une lecture à corps perdu…pour la vie…

L’écriture de Pierre Lemaitre, fluide et sensible, nous colle à la peau.
A fleur de peau.
Chair à canon, chair de poule.

« Ceux qui pensaient que cette guerre finirait bientôt étaient tous morts depuis longtemps. De la guerre, justement. »
Les premières pages dans les tranchées de la mort, stupéfiantes, nous laissent sans voix.

Sonnés !

C’est dans un trou d’obus que les destins d’Albert et d’Edouard vont basculer.
Ame cassée et gueule cassée.

Et puis y’a Cécile déjà partie, Madeleine la soeur d’Edouard, Pauline la jolie servante des Péricourt et la petite Louise.
Et puis l’horrible Lieutenant Pradelle, l’émouvant Monsieur Péricourt, le père de Madeleine et d’Edouard, l’inénarrable Joseph Merlin.
Et bien d’autres personnages encore, plus vrais que nature, cher lecteur, que vous n’êtes pas prêt d’oublier.

En attendant le centenaire du début de la guerre de 14-18, frère lecteur, lisez ce livre !

Un livre à ranger près d’Henri Barbusse, Louis Guilloux et Céline.
Rien que ça !

« Je suis certain que votre patriotisme trouvera dans cette proposition, l’occasion d’exprimer à vos chers morts que leur héroïsme restera éternellement sous le regard de leurs fils comme le modèle de tous les sacrifices. »

Un monument, vous dis-je…

L’accomplissement de l’amour de Eva Almassy

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Savoir aimer…et s’en aller…

«L’accomplissement de l’amour» est un titre emprunté à une nouvelle de Robert Musil paru dans son recueil «Noces».
L’histoire d’une femme mariée en mal d’amour qui va vivre un adultère imprévu…

Béatrice (Béa, Bé ou Bee) et Angel ne s’aiment plus.

«Un conjoint est un contemporain au sens trop fort du terme, il vous prend votre temps, il le prend pour le sien, il vit dans votre temps, il s’y promène, il nage dans votre journée remplie de lumière et c’est vous qui n’avez plus pied, qui vous noyez, qui ne voulez plus vivre avec cet homme-là, cet homme que vous aimez.»

Béa et Angel ne savent plus s’aimer.

«Il disait pas maintenant et c’est devenu jamais.»
Pas d’amour, pas d’enfants.

Bé va rejoindre un inconnu. Ne pas rester, se sauver pour (re)vivre.

«Lui, il a quatre gosses, une femme.»

Bee et l’inconnu «tous les deux éparpillés là sur la moquette d’une chambre d’hôtel.»

Sous le ciel de Paris, le temps qui passe et l’amour, ah l’amour, toujours l’amour, quand tu nous tiens…

L’histoire d’une femme mariée en mal d’amour qui va vivre un adultère imprévu…

«C’est un beau roman, c’est une belle histoire, ils avaient le ciel à portée de main, un cadeau de la providence, alors pourquoi penser au lendemain…» comme dit la chanson…

Eva Almassy, née à Budapest, vit en France depuis 1978.
Depuis 2006, avec Patrick Besnier, Jacques Jouet, Hervé Le Tellier, Lucas Fournier, Gérard Mordillat et d’autres, l’un des « papous » de l’excellente émission de France-Culture «Des papous dans la tête», fondée par Bertrand Jérôme et animée par Françoise Treussard.

Le divan de Staline de Jean-Daniel Baltassat

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Dans l’intimité de l’Homme d’Acier.

«Mais pourquoi avons-nous si mal et si honte de notre abjection ?»
Vassili Grossman auteur du prodigieux chef-d’oeuvre «Vie et Destin».

Automne 1950. Staline se retire dans son palais de Borjomi en Géorgie.
Le Guide, le Petit Père du Monde Nouveau, après 25 ans de règne sanglant sur l’URSS, n’a plus que trente mois à vivre.
Joseph Staline dont le portrait envahit les murs des villes et des gares, des ateliers, des cinémas, des hôpitaux et des écoles, des chambres des amants et des bordels, aime tailler ses rosiers, regarder des westerns américains et lire Pouchkine dans son divan.
Un divan qui aurait appartenu au «Charlatan» viennois, Sigmund Freud.
Il vit là près de sa garde rapprochée, de sa belle Vodieva, sa maîtresse de toujours et du jeune peintre Danilov qui est chargé de concevoir un monument à la gloire du tyran.
«Une arête d’acier d’une centaine de mètres où le peuple pourra voir et revoir les grandes heures de la vie du camarade Staline.»

Le vieillard «au corps malingre, aux épaules étroites, aux flancs flottants dans l’ampleur du manteau» se souvient et rêve, rêve sur le fameux divan : de son enfance, de sa mère, de ses amours…de Lénine…
Et Jean-Daniel Baltassat de s’en donner à coeur joie pour nous plonger dans l’intimité du terrible Staline pour notre plus grand bonheur de lecteur.

Un remarquable et étonnant voyage dans l’inconscient de l’URSS et de son dictateur.
Un véritable roman «docu-fiction» comme si vous y étiez.
Edifiant !
Non, le camarade Staline n’est pas mort, il rêve encore…

«Attention à vos yeux. Vous les baissez trop souvent. Le camarade Staline ne se fie pas aux hommes qui baissent les yeux.»