Swan Peak de James Lee Burke

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Autant vous prévenir j’ai adoré lire ce livre.
L’écriture de Burke et sa traduction ont tout pour nous plaire.
La description des paysages lumineux du Montana et des sombres personnages est un plaisir à lire.
L’intrigue angoissante nous tient aux aguets jusqu’au bout.

Et dire que Dave Robicheaux, en congé de ses fonctions de shérif adjoint de New Iberia, venait pêcher, tranquille, avec sa femme, Molly, et son ami Clete Purcel.

Et voilà que les ennuis ne font que commencer.
Deux jeunes étudiants sont retrouvés morts atrocement mutilés.
Et l’auteur va nous défiler le fil d’histoires hantées de passés, de survies et de rédemption.

Et c’est parti pour un polar (teinté au thriller) palpitant, difficile à lâcher.

Je n’avais pas trop accroché ses précédents romans mais celui-là m’a bien tenu en laisse pendant plusieurs nuits de lecture.

Chaudement recommandé !

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Les ailes du sphinx et L’âge du doute d’Andréa Camilleri

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Deux Camilleri lus de suite.

Deux enquêtes du commissaire Montalbano dit le « dottori ».

« Les ailes du sphinx » et « L’âge du doute ».

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Le commissaire Montalbano est en Italie aussi vénéré que l’inspecteur Rébus de Ian Rankin en Ecosse.

Dans « Les ailes du sphinx » le « dottori » enquête sur une affaire de trafic de femmes en provenance de l’Est qui va jusqu’à viser les grands pontes de l’Eglise et de la politique.

Dans « L’âge du doute », le « dottori » accuse le coup : il se sent vieilli. Quand apparaît Laura Belladonna et ses illusions prometteuses. Une affaire de trafic de diamants à bord d’un yacht de luxe.

La langue de Camilleri, mélange d’italien et de sicilien traditionnel, accompagné de plats sicilien, est succulente à lire.
Un régal !
L’humour de Camilleri nous fait tordre de rire et l’on se voit au fil des pages rire à haute voix.

Les personnages, dits secondaires, le dottor Lactes, le questeur Bonetti-Alderrighi, Catarella, Mimi Auggello, Fazio, Enzo, Livia et bien d’autres vont revenir dans toutes les enquêtes de Montalbano et c’est avec un plaisir non dissimulé que nous allons les retrouver.

Des petits polars légers et ensoleillés à lire à l’ombre d’un été.
A déguster sans modération.
Vivement le prochain…

Jeudi noir de Michaël Mention

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Un exercice de style réussi. Une sacrée performance.
L’auteur a gagné son pari. J’applaudis haut et fort.

Je préviens d’emblée. Suis un (ancien) footeux et un (encore et toujours) amoureux du rock anglais. Et je me suis régalé.

Pour l’anecdote chaque chapitre est accompagné d’un titre de rock de circonstance : Brian Eno, Deep Purple, The Who, etc.
De quoi se mettre dans l’ambiance.

Alors faut-il avoir chaussé des crampons pour goûter ce livre ?
Faut-il avoir poussé du cuir sur le rectangle vert pour apprécier cette (presque) banale et insignifiante histoire de match de foot ?

Je ne crois pas. Et c’est là l’incroyable tour de force de l’auteur.

Nous y voilà. Nous sommes le jeudi 8 juillet 1982.
A Séville en Espagne. Demi-finale de la Coupe du Monde de football.
France-RFA.
Mitterrand est Président de notre République.
Le mur de Berlin n’est pas encore tombé.

Ce sera le match du siècle. Et son terrible « attentat » contre Patrick Battiston.

Michaël Mention nous en livre la retranscription romancée. Minute par minute. A la seconde près.
A travers le récit d’un joueur fictif nous (re)jouons le match.
Son personnage perd la boule au fil de ce match dramatique et se met à chercher un « collabo » parmi les onze joueurs français. Il va jusqu’à barrer des noms au fur et à mesure de leurs actions sur le terrain.
Soupçonner ses propres coéquipiers. Lui-même ne va t-il pas les trahir, changer de camp ?

Plus vivant que le direct télévisuel de Thierry Roland et Jean-Michel Larqué, les deux compères commentateurs sportifs furieusement énervés et vulgairement chauvins ce jour-là.

Impensable. J’étais sceptique. Je suis rentré sur la pelouse à reculons. Pas envie de rechausser mes crampons.
Pas envie de revivre le cauchemar. Pas envie de mouiller le maillot à lire un semblant de polar footballistique.
Et pourtant.
L’auteur a réussi à m’embarquer, sans me lâcher la main, page à page, mot à mot, jusqu’au coup de sifflet final.

Et pourtant j’avais déjà vu et revu ce fameux match.

Mais je vous avertis, chers lecteurs, ce livre est bien loin d’un mièvre article du célèbre journal sportif jaune, L’Equipe.
L’auteur nous parle, aussi (et surtout) de Lino Ventura, de la Bande à Baader, de la montée du Front National, de Patrick Dewaere…

Patrick Dewaere qui se suicidera 8 jours après cette demi-finale.

Comme pour un polar ne comptez pas sur moi pour vous divulguer la chute de l’intrigue…le score final.

Platini, Rocheteau, Giresse, Rummenigge, Breitner, Schumacher, Corver…qui sera le coupable ?

Ou le football comme une allégorie…à la vie…à la mort…
Une belle prolongation.

« Nous sommes devenus des bêtes…Plus jamais je n’ai retrouvé sur un terrain cette cruauté dont nous avons fait preuve. » Alain Giresse, milieu de terrain.

Voici le temps des assassins de Gilles Verdet

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« La poésie me volera ma mort. » René Char

Un bouquin qui commence par un citation du grand poète René Char ne peut pas être mauvais.
Impossible.

Et ce polar de Gilles Verdet n’est pas mauvais…loin de là. Surtout pas.
Il est même excellent.
Encore une belle récolte de chez JIGAL. Merci !
Un nouveau régal de JIGAL (slogan publicitaire).

Bon sang que ce Gilles Verdet aime les mots.
Villon, Ferré, Verlaine et Rimbaud sont à la fête et ça tourne comme un beau manège à chaque ligne.
Vertiges de l’amour.
Cher futur heureux lecteur, vous allez en prendre plein les mirettes.

Et le pompon c’est que le bouquin tient ses promesses jusqu’au dernier mot.
J’en redemande. Prêt pour un nouveau tour. Allez Verdet mets toi au boulot pour une nouvelle attraction. Je réserve déjà mon ticket.

« Le ciel de mai avait la couleur du plomb fondu. Le jour était sale. Et si bas qu’il avalait à demi le clocher de Saint-Germain-des-Près. »

Un braquage de bijouterie qui finit pas comme prévu.
Paul et Simon sont dans un bateau. Simon tombe à l’eau. Qui restera ?
Paul et ses fantômes d’amours perdus. Et sa Lyse bien aimée.

« Simon s’écroula en jurant. Il portait la main à son ventre. Là où coulait son sang frais. Une des ombres tenta de s’emparer du sac de joaillerie. Lui n’en finissait plus de jurer. Ca a dû énerver la flingueuse. Elle a fourré son arme dans la visière ouverte et tiré encore une fois, à bout portant, pour être sûre. »

Simon tombe.

Et Paul va se retrouver seul contre tous dans un Paris magnifié par Verdet.
Un régal vous dis-je.
Bienvenu au club des Vilains Bonshommes. Voici venu le temps des assassins.

«  Avant que le sommeil m’attrape, j’ai lorgné une dernière fois sur le mur pissotière. Mes arabesques humides avaient déjà séché comme des larmes inutiles. Sur le travers, à hauteur d’homme, un graffiti m’attira l’œil. Est-ce que c’était moi qui l’avais écrit ? J’avais beau lire et relire, je ne me souvenais plus de rien. Voici le temps des assassins. J’ai fermé les rideaux. »

La Commune de 1870 ressuscitée.
Rappelée au désordre.
Comme une revanche.
Une vengeance.
Les années soixante-dix et ses illusions libertaires. La révolution des esprits des simples d’esprit, « sincères, idéalistes mais cons, quoi ! »

Georges, Guillaume, Bernard, Pierrot, Simon et Paul.
Tous enfants rescapés d’un rêve perdu d’avance. Tous pères d’un cauchemar « aux yeux rieurs, aux cheveux noirs et longs… »

La Commune n’est pas morte. Elle revient comme un mauvais souvenir.

Et puis l’ombre de Mikhail Kalachnikov. Et puis le soleil de Jeannette.

Y’a tout ça dans le livre de Verdet et c’est beau.

«Sous le pont Mirabeau coule la Seine
Et nos amours
Faut-il qu’il m’en souvienne
La joie venait toujours après la peine

Vienne la nuit sonne l’heure
Les jours s’en vont je demeure »
(Guillaume Apollinaire)

Verdet nous montre le monde à l’envers.
« Le contrechamp des apparences ».

Et bien loin des faciles et factices clichés Verdet nous embarque dans son blues aux mots cadencés, fignolés au plaisir, ciselés au crochet.

Une sacrée belle partition aux noires inoubliables !

Deep Winter de Samuel W Gailey

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Danny c’est un peu le benêt du village de Wyalusing en Pennsylvanie.

Tout le monde l’ignore ou le moque.

Seule Mindy serveuse dans un bar est gentille avec lui.

Pour l’anniversaire de Mindy, Danny a sculpté un petit oiseau en bois. Il a du talent pour ça et pour la gentillesse aussi.

Le soir où il va lui offrir son petit cadeau pour l’anniversaire de Mindy…tout va dérailler.

Il découvre le corps de Mindy sans vie atrocement mutilé.

L’adjoint du shérif Sokowski et son compère des mauvais coups, le soumis Carl rodent dans les parages.

Danny sera le coupable idéal.

Et c’est parti pour une chasse à l’homme palpitante et angoissante.

Le pauvre Danny se voit poursuivi par Sokowski, Carl, Lester le shérif, Taggart le policier d’Etat, les frères de Mindy.

Dans la forêt où Danny se réfugie, il va rencontrer une biche à trois pattes…

Superbe moment de lecture, traduction impeccable, ce thriller de Samuel W. Gailey fait mouche.

Un premier roman remarquable !

 

Le paradoxe du cerf-volant de Philippe Georget

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« On ne devient pas champion dans un gymnase. On devient champion grâce à ce qu’on ressent ; un désir, un rêve, une vision. » Mohammed Ali.

Pierre, 27 ans, boxeur, ancien champion de France et numéro 5 européen est dans une mauvaise passe.

« Enfant je m’endormais
Sur des K.O. de rêve
Et c’est moi qu’on soutient
Et c’est moi qu’on soulève » chante Nougaro.

Il sort d’un KO sur le ring, se met à boire et à fumer et surtout se retrouve mêlé dans une sombre histoire de meurtres.

Son vieux coach Emile voudrait bien le voir (dé)poser les gants, une sorte de retraite anticipée.

« Le Vieux ressemble à un père de famille veillant sur sa progéniture. Un père qui n’aurait eu que des fils. Ici, tout le monde se ressemble. Une dent cassée, un nez large et de guingois, des pommettes saillantes, des arcades gonflées : notre air de famille, on se l’est taillé nous-même, à grands coups de poings dans la gueule. »

Son pote de comptoir Sergueï va lui proposer un contrat ni catholique, ni orthodoxe.
Jouer les gros bras pour un certain Lazlo, croate plus que louche réfugié à Paris.
Le petit peu d’argent gagné comme barman chez ses amis Josy et René ne suffit plus. Alors oui pourquoi pas aller jouer le dur si c’est bien payé.

Sergeï, Lazlo, nous voilà plongés dans l’histoire sanguinaire et encore toute fraîche de l’ex- Yougoslavie.

Et quand Pierre apprend que son père, ambassadeur à Zagreb, décédé il y a plus d’une quinzaine d’années, serait impliqué dans cette zone d’ombres malfaisantes, il commence à sérieusement s’inquiéter.

Des légionnaires en cavale, des flics énigmatiques, des femmes mystérieuses : voilà de quoi vous tenir accrochés aux pages.

Le style généreux, chaleureux et émotif de Philippe Georget vous prend par la main et le cœur pour ne plus vous lâcher.

Ce Philipp Georget est un sentimental.

Pierre est un personnage attachant qui vous tient dans les cordes sensibles jusqu’à la fin du combat.
Les secondaires vont dévoiler leurs jeux de jambes, de poings et de cœur au fil des rounds. Des seconds couteaux…pas des jeunes premiers. Pas nés de la dernière pluie…à couteaux tirés.

« Je m’approche du grand mas perdu dans les vignes. Mes jambes tremblent.
Ce n’est pas la fatigue.
Ce n’est pas le froid.
Ce n’est pas le vent. »

Ce sont les terribles fantômes du passé…

Un polar prenant, emballant. Une belle découverte.
En 12 rounds passionnants.

 

 

L’hiver des enfants volés de Maurice Gouiran

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« Même s’il fait référence à des événements historiques, ce roman est une fiction. »

Gouiran nous plonge dans le scandale des bébés volés du franquisme.

“Veiller sur toutes les femmes qui ont fait un faux pas et souhaitent retrouver leur dignité”, qu’ils disaient les fachos de Franco avec la complicité de l’Eglise espagnole. Quand le sabre et le goupillon se donne la main.
Purifier la race, rééduquer la mauvaise graine, le fameux gène « rouge » et confier les bébés volés à des familles proches du régime, à l’aristocratie espagnole.

« Les relations intimes existant entre le marxisme et l’infériorité mentale sont évidentes et concluent, sur base de ce postulat, que la mise à l’écart des sujets, dès l’enfance, pourrait affranchir la société de cette idéologie… »
Dr Antonio Vallejo Nágera, médecin psychiatre et franquiste.

Franco et ses sbires, l’Eglise, ses soeurs et ses curés mains dans la main, copains-copains comme « cochons ».
Retenez bien ça, cher lecteur, la glaive et la croix complices de crimes contre l’humanité.
L’Inquisition, Les Croisades, la Guerre d’Espagne, les massacres au Liban, la dictature en Argentine, les tueries du Rwanda, j’en passe et des bien pires…

Clovis, journaliste sans frontière, coule une retraite paisible.
Quand Samia frappe à sa porte : son ami François a disparu.

« Elle avait défait son manteau et pris place sur le canapé de cuir défoncé, là même où j’avais fait l’amour à des filles que je n’avais jamais vraiment aimées. Tandis qu’elle…Elle avait hanté mes nuits et attisé mon désir sans que j’ose effleurer, ne serait-ce qu’une fois, son cou de mes lèvres. »

Samia et François, lui aussi un ancien journaliste, ami de Clovis. Samia et François, ça dure depuis plus de trente ans. Eux aussi se la coulent douce dans le marais poitevin près de Niort.

Clovis et François, deux amis rebelles à l’information officielle , à la recherche de la vérité à travers le monde.
Samia, rescapée des massacres de Sabra et Chatilla, a choisi François.

François a disparu. Il enquêtait en Espagne sur ces enlèvements. Une horreur où se mêlent, se mouillent gynécologues, avocats, médecins, prêtres et religieuses.

Carmen a été internée en 1981. Elle n’a pas oublié l’infirmerie où étaient emmenés les bébés malades. “Certains ne redescendaient jamais. Je me souviens qu’on disait aux mères qu’ils étaient morts, mais une rumeur circulait selon laquelle des familles d’adoption les avaient emmenés. Je ne laissais pas ma fille seule une minute, j’étais paniquée à l’idée qu’elle tombe malade et que je la perde.”
On estime aujourd’hui le nombre d’enfants volés à plus de 300 000.

Clovis va reprendre du service et partir à Barcelone à la recherche de François.
Et il va mettre les pieds dans un plat pas très, hum, comment dire, pas très catholique.

Le trio, Samia, François, Clovis, peint par Gouiran est un régal nourri d’amitié, de blessures et de regrets.
Le dessin de Barcelone esquissé par Gouiran est un modèle d’amour pour cette ville qui fleure bon l’anarchisme.

« Y’en a pas un sur cent et pourtant ils existent
La plupart Espagnols allez savoir pourquoi
Faut croire qu’en Espagne on ne les comprend pas » chantait Léo Ferré.

La très recommandable maison d’Edition Jigal nous offre là, encore, un polar frappant fort au cœur et au corps qui sait avec habileté mêler des destins personnels et la Grande Histoire, celle qui tue dans la plus honteuse des légalités, celle que l’on ne devrait jamais oublié, celle qui devrait nous servir de leçon.
Frère lecteur, n’oublions pas notre sombre passé pour éviter le noir à venir, le terrible avenir.

« Tu sais, on sera jugé non pas sur ce que nous avons fait, non pas sur ce que nous n’avons pas fait, mais bien sur ce que nous aurions dû faire. »

Eteignez votre télé, nom de Dieu et lisez ce bon, ce très bon Gouiran !