Apathy for the Devil de Nick Kent

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Huit années qui ont marqué l’histoire du rock.
De 1970 à 1978.
Des Beatles et des Stones jusqu’au punk en passant par le progressif, le glam et le pub rock.
Les meilleures années ?
A mon humble avis : OUI !

Nick Kent, jeune journaliste au New Musical Express, nous raconte l’épopée du rock.

Sex, Drugs and Rock’n’Roll.

Si cette époque nous a légué des joyaux musicaux c’est au prix de vies humaines : Janis Joplin, Jim Morrison, Jimy Hendrix et de nombreux autres musicos plus ou moins connus.
Cette période est celle des abus et à la lecture des témoignages et des anecdotes de Kent on se demande encore comment un Keith Richards, guitariste des Stones, a survécu.

Ce livre est incontournable pour revivre et comprendre le Swingin London, la naissance du punk.

C’est avec un plaisir non dissimulé que je lis la « réhabilitation » de groupes trop méconnus comme Roxy Music ou Can.

L’écriture de Nick Kent, teintée d’un humour corrosif et d’une auto-dérision émouvante contribue à rendre ce livre indispensable.

L’auteur lui-même se déclare comme un rescapé des seventies.

« Quand je me lève, je sais de nouveau qui je suis. Il fut un temps où je n’étais qu’un figurant de la nuit des morts élégants… »

A lire avec la bande son qui va avec proposée en annexe.

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Jeudi noir de Michaël Mention

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Un exercice de style réussi. Une sacrée performance.
L’auteur a gagné son pari. J’applaudis haut et fort.

Je préviens d’emblée. Suis un (ancien) footeux et un (encore et toujours) amoureux du rock anglais. Et je me suis régalé.

Pour l’anecdote chaque chapitre est accompagné d’un titre de rock de circonstance : Brian Eno, Deep Purple, The Who, etc.
De quoi se mettre dans l’ambiance.

Alors faut-il avoir chaussé des crampons pour goûter ce livre ?
Faut-il avoir poussé du cuir sur le rectangle vert pour apprécier cette (presque) banale et insignifiante histoire de match de foot ?

Je ne crois pas. Et c’est là l’incroyable tour de force de l’auteur.

Nous y voilà. Nous sommes le jeudi 8 juillet 1982.
A Séville en Espagne. Demi-finale de la Coupe du Monde de football.
France-RFA.
Mitterrand est Président de notre République.
Le mur de Berlin n’est pas encore tombé.

Ce sera le match du siècle. Et son terrible « attentat » contre Patrick Battiston.

Michaël Mention nous en livre la retranscription romancée. Minute par minute. A la seconde près.
A travers le récit d’un joueur fictif nous (re)jouons le match.
Son personnage perd la boule au fil de ce match dramatique et se met à chercher un « collabo » parmi les onze joueurs français. Il va jusqu’à barrer des noms au fur et à mesure de leurs actions sur le terrain.
Soupçonner ses propres coéquipiers. Lui-même ne va t-il pas les trahir, changer de camp ?

Plus vivant que le direct télévisuel de Thierry Roland et Jean-Michel Larqué, les deux compères commentateurs sportifs furieusement énervés et vulgairement chauvins ce jour-là.

Impensable. J’étais sceptique. Je suis rentré sur la pelouse à reculons. Pas envie de rechausser mes crampons.
Pas envie de revivre le cauchemar. Pas envie de mouiller le maillot à lire un semblant de polar footballistique.
Et pourtant.
L’auteur a réussi à m’embarquer, sans me lâcher la main, page à page, mot à mot, jusqu’au coup de sifflet final.

Et pourtant j’avais déjà vu et revu ce fameux match.

Mais je vous avertis, chers lecteurs, ce livre est bien loin d’un mièvre article du célèbre journal sportif jaune, L’Equipe.
L’auteur nous parle, aussi (et surtout) de Lino Ventura, de la Bande à Baader, de la montée du Front National, de Patrick Dewaere…

Patrick Dewaere qui se suicidera 8 jours après cette demi-finale.

Comme pour un polar ne comptez pas sur moi pour vous divulguer la chute de l’intrigue…le score final.

Platini, Rocheteau, Giresse, Rummenigge, Breitner, Schumacher, Corver…qui sera le coupable ?

Ou le football comme une allégorie…à la vie…à la mort…
Une belle prolongation.

« Nous sommes devenus des bêtes…Plus jamais je n’ai retrouvé sur un terrain cette cruauté dont nous avons fait preuve. » Alain Giresse, milieu de terrain.

Voici le temps des assassins de Gilles Verdet

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« La poésie me volera ma mort. » René Char

Un bouquin qui commence par un citation du grand poète René Char ne peut pas être mauvais.
Impossible.

Et ce polar de Gilles Verdet n’est pas mauvais…loin de là. Surtout pas.
Il est même excellent.
Encore une belle récolte de chez JIGAL. Merci !
Un nouveau régal de JIGAL (slogan publicitaire).

Bon sang que ce Gilles Verdet aime les mots.
Villon, Ferré, Verlaine et Rimbaud sont à la fête et ça tourne comme un beau manège à chaque ligne.
Vertiges de l’amour.
Cher futur heureux lecteur, vous allez en prendre plein les mirettes.

Et le pompon c’est que le bouquin tient ses promesses jusqu’au dernier mot.
J’en redemande. Prêt pour un nouveau tour. Allez Verdet mets toi au boulot pour une nouvelle attraction. Je réserve déjà mon ticket.

« Le ciel de mai avait la couleur du plomb fondu. Le jour était sale. Et si bas qu’il avalait à demi le clocher de Saint-Germain-des-Près. »

Un braquage de bijouterie qui finit pas comme prévu.
Paul et Simon sont dans un bateau. Simon tombe à l’eau. Qui restera ?
Paul et ses fantômes d’amours perdus. Et sa Lyse bien aimée.

« Simon s’écroula en jurant. Il portait la main à son ventre. Là où coulait son sang frais. Une des ombres tenta de s’emparer du sac de joaillerie. Lui n’en finissait plus de jurer. Ca a dû énerver la flingueuse. Elle a fourré son arme dans la visière ouverte et tiré encore une fois, à bout portant, pour être sûre. »

Simon tombe.

Et Paul va se retrouver seul contre tous dans un Paris magnifié par Verdet.
Un régal vous dis-je.
Bienvenu au club des Vilains Bonshommes. Voici venu le temps des assassins.

«  Avant que le sommeil m’attrape, j’ai lorgné une dernière fois sur le mur pissotière. Mes arabesques humides avaient déjà séché comme des larmes inutiles. Sur le travers, à hauteur d’homme, un graffiti m’attira l’œil. Est-ce que c’était moi qui l’avais écrit ? J’avais beau lire et relire, je ne me souvenais plus de rien. Voici le temps des assassins. J’ai fermé les rideaux. »

La Commune de 1870 ressuscitée.
Rappelée au désordre.
Comme une revanche.
Une vengeance.
Les années soixante-dix et ses illusions libertaires. La révolution des esprits des simples d’esprit, « sincères, idéalistes mais cons, quoi ! »

Georges, Guillaume, Bernard, Pierrot, Simon et Paul.
Tous enfants rescapés d’un rêve perdu d’avance. Tous pères d’un cauchemar « aux yeux rieurs, aux cheveux noirs et longs… »

La Commune n’est pas morte. Elle revient comme un mauvais souvenir.

Et puis l’ombre de Mikhail Kalachnikov. Et puis le soleil de Jeannette.

Y’a tout ça dans le livre de Verdet et c’est beau.

«Sous le pont Mirabeau coule la Seine
Et nos amours
Faut-il qu’il m’en souvienne
La joie venait toujours après la peine

Vienne la nuit sonne l’heure
Les jours s’en vont je demeure »
(Guillaume Apollinaire)

Verdet nous montre le monde à l’envers.
« Le contrechamp des apparences ».

Et bien loin des faciles et factices clichés Verdet nous embarque dans son blues aux mots cadencés, fignolés au plaisir, ciselés au crochet.

Une sacrée belle partition aux noires inoubliables !

La dernière frontière de Howard Fast

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1878.

Les Indiens cheyennes, chassés de leurs Grandes Plaines, sont parqués dans l’Oklahoma.

Loin de leurs bisons ils vivotent dans cette région aride.

Vont-ils survivre encore longtemps ?

Mais en juillet 1878 c’est l’incident de Darlington.

Trois cents cheyennes, hommes, femmes et enfants décident de s’enfuir pour rejoindre leur terre sacrée des Black Hills.

Soldats et milice civile vont les poursuivre jusqu’à la frontière du Wyoming.

Un sacré bout de chemin.

Ce livre est émouvant à pleurer.

Un livre-hommage à cette nation qui veut vivre debout ou mourir debout.

Vous n’êtes pas prêts d’oublier les admirables Dog Soldiers.

Le dernier gardien d’Ellis Island de Gaëlle Josse

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Décidément j’adore tous les livres de Gaëlle Josse.

Aucun ne m’a déçu.

« Les heures silencieuses », « Nos vies désaccordées » et « Noces de neige ».

John Mitchell sera le dernier directeur du Centre d’Immigration d’Ellis Island à New-York dans le quartier de Manhattan à l’embouchure de l’Hudson.

La statue de la Liberté en vue.

John Mitchell va partir à la retraite. Il nous livre ses mémoires de gardien de l’île sous la forme d’un journal.

Ce Centre d’Immigration a fonctionné de 1892 à 1954.

Il a accueilli des millions d’immigrés.

Passeport pour l’Amérique…rêve ou cauchemar.

Rien qu’en 1917 les USA ont vu l’arrivée de 1 004 756 immigrants de toutes nationalités.

John Mitchell va nous raconter un pan de l’histoire des Etats-Unis.

Avec émotion et sensibilité.

Je vous en dis pas plus et je vous laisse découvrir ce bonheur de lecture en vous enviant déjà la première page.

Merci Gaëlle Josse pour ce magnifique roman bouleversant.

Lisez Gaëlle Josse…c’est un ordre !

Les lois de la frontière de Javier Cercas

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« Ecrire est plus facile que parler, parce que ce qu’on dit ne peut pas être corrigé, contrairement à ce qu’on écrit. »

Décidément j’aime de plus en plus cet auteur.

J’avais déjà adoré « A la vitesse de la lumière ».

Cet écrivain, Javier Cercas, est vraiment particulier, originaire de Gérone et fervent lecteur-admirateur de Jorge Luis Borges, son écriture singulière est reconnaissable entre toutes.

Nous sommes l’été 1978 dans un quartier populaire malfamé de Gérone.

Le fantôme de Franco hante encore et toujours l’Espagne.

Zarco et sa bande de petits loubards encore adolescents s’initient aux vols à la tire et autres méfaits minables.

Zarco. né dans une baraque, en maison de redressement à sept ans et en prison à quinze.

Un dur à cuire.

Zarco et son amie Tere comme des Bonnie and Clyde en devenir…

Tere, un tee-shirt blanc, un jean et son sac en bandoulière mais toujours très belle.

Canas, seize ans, lui vient de l’autre côté de la rivière : le quartier de la classe moyenne.

Surnommé le binoclard, mal dans sa peau, en mal de reconnaissance, il va faire la rencontre qui va changer sa vie pour…toujours.


Embrigadé par Zarco et amoureux de Tere.

Il devient un membre, à part, de cette bande de petites frappes.

De braquages en braquages, Zarco commence à faire parler de lui.

C’est l’escalade.

Il finira par se faire coincer.

« Ce que nous appelons le bien n’était pas le mal et ce que nous appelons le mal n’était pas le bien ? Êtes-vous sûr que le bien et le mal signifient les mêmes choses pour tout le monde ? »

Vingt ans plus tard le binoclard est un avocat célèbre à la réputation établie.

Personne, encore, ne sait qu’il était un voyou de la bande de Zarco.

« Dans ma jeunesse j’avais appartenu à la bande à Zarco, Tere et moi avions manipulé Maria pour qu’elle épouse Zarco afin qu’il puisse obtenir sa remise de peine en liberté… »

Il va défendre Zarco qui en a pris pour trente ans.

Pour racheter le grand délinquant, symbole de sa génération ?

Pour retrouver Tere qu’il n’a jamais oubliée ?

Une entreprise d’admiration ?

La légende de Zarco l’incorrigible est née. Un nouveau de Robin des Bois ?

Presqu’un mythe avec ses reportages sur Zarco, ses films sur Zarco, ses livres sur Zarco.

« Il est donc naturel que Zarco se soit transformé en hors-la-loi héroïque qui, pour les journalistes et même pour certains historiens, incarne la soif de liberté et les espoirs déçus des années héroïques du passage de la dictature à la démocratie en Espagne. »

Ce livre est triste et désespérant mais il est beau.

Le trio Zarco, Tere et le binoclard ne vous lâchera pas de sitôt.

Je les ai quittés avec regret.

Superbe roman !

(la couverture du livre est magnifique…à l’image du livre)

Retour à Little Wing de Nickolas Butler

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Little Wing. Petite ville du Wisconsin dans le Midwest américain.

Une rue principale, le bar des VFW, une fabrique abandonnée, des prairies à perte de vue et des fermiers.

Ici tout le monde connaît tout le monde.

C’est ici que sont nés Hank, Lee, Ronny et Kip.

Quatre copains pour la vie.

Hank le fermier, Lee la star du rock’n’roll, Ronny le roi du rodéo et Kip le courtier.

A l’occasion du mariage de Kip les quatre copains vont se retrouver. Retrouver leurs enfances complices, leurs beaux souvenirs.

Sans aucun relent nostalgique Nickolas Butler nous offre là un premier roman d’une sensibilité surprenante qui nous prend au cœur.

Il nous raconte une Amérique méconnue : tendre et fragile.

Un coup de cœur.

Au fil des pages nous allons vivre au jour le jour au rythme de Litlle Wing. Revivre le passé, les regrets, les amours enfouis et inavoués, les espoirs inassouvis. Rêver demain.

Un gros coup de cœur.

Et puis il y a Beth. La magnifique Beth.

« J’avais envie de l’embrasser et de tout arrêter : la musique, la danse, le flot de champagne. De dire à tout le monde, à toute l’assistance, que Beth et moi partagions quelque chose d’extraordinaire et de réel et que peut-être, peut-être, j’étais encore amoureux d’elle et elle de moi. »

Un gros, gros coup de cœur, vous dis-je.