La baronne meurt à cinq heures de Frédéric Lenormand

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Voltaire mène l’enquête.

Dans ce polar historique et néanmoins jubilatoire, Frédéric Lenormand réussit à entremêler réalité et fiction.
L’écriture de Lenormand, conforme au XVIIIème siècle, colorée d’un humour irrésistible ravira le lecteur surpris par un Voltaire inattendu et dispensateur de savoureuses sentences.

Imaginez un Voltaire détective privé secondée par une jeune marquise du Châtelet, «enceinte jusqu’au cou», à la recherche (mouvementée, très mouvementée) d’une vérité judiciaire aussi inaccessible qu’une vérité philosophique.

De faux en vrais testaments qui passent de mains en mains voire (tré)passent de cadavres en cadavres, des crimes aux codes mystérieux, un abbé aussi bête que vorace, une comtesse adoratrice de fessées jansénistes (si, si ça doit exister), une demoiselle de compagnie très (trop) sainte-nitouche, une semblant d’ingénue adepte de confitures vénéneuses, une baronne débauchée (ça doit exister aussi), un lieutenant général de police obsédé par la Bastille.
Et un Voltaire rocambolesque qui n’aspire qu’au repos pour, enfin, achever ses Lettres Philosophiques entamées durant son exil en Angleterre.

«Je ne peux pas aller en prison ! J’ai mon Eriphyle !
– L’apothicaire du gouverneur vous soignera ça, il a des pommades contre toutes sortes d’eczéma.
– Ce n’est pas une sorte d’eczéma, c’est une sorte de tragédie !»

Ce roman a obtenu le prix Arsène Lupin et le prix Historia du roman policier historique.
C’est bien mérité.
Un très bon moment de lecture, c’est déjà beaucoup, non ?

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Le canapé rouge de Michèle Lesbre

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Oui, encore oui et toujours oui, il faut lire tous les livres de Michèle Lesbre.
Un de mes auteurs contemporains préférés.
«Un lac immense et blanc», «La petite trotteuse», «Le canapé rouge» et tous les autres…tous !

Les livres de Michèle Lesbre sont beaux à pleurer.

«Nous avions toute la vie devant nous…C’était quoi toute la vie ?»

Dans un transsibérien qui glisse doucement vers le lac Baïkal, «un train qui n’en finissait pas de m’emmener toujours plus loin», Anne part rejoindre un ancien amour, chercher des traces de sentiments chez Gyl…perdu d’avance…

En voyage, elle pense à Clémence Barrot, sa vieille voisine parisienne, ancienne modiste à l’immense talent pour le bonheur.

Sur son canapé rouge, toutes les deux aiment revivre les aventures d’Olympe de Gouges, de Marion de Faouët et de Milena Jesenska.

Reverra t-elle Clémence à son retour à Paris ?
Reverra t-elle Gyl à son arrivée sur les bords de l’Angara ?

L’écriture troublante de Michèle Lesbre illumine le lecteur jusqu’à l’éblouissement.

Magnifique auteure.
Trop émouvant pour vous en dire plus…

Guillaume Apollinaire de Laurence Campa

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«Hommes de l’avenir souvenez-vous de moi
Je vivais à l’époque où finissaient les rois.» (G. A.)

800 pages de bonheur de lecture en compagnie d’Apollinaire.
Ce n’est pas rien, ça ne se refuse pas.

Wilhelm de Kostrowitzky, né de père inconnu et d’Angelica de Kostrowitzky, sombre et vénéneuse, poursuivie par ses rêves et ses créanciers.
Une belle errante qui travaillait «à la mue des jeunes gens en les dispensant de promesses en mariage ou épargnait aux hommes respectables les risques du jupon fangeux.»

«Ton père fut un sphynx et ta mère une nuit.» (G. A.)

Le poète dut s’inventer comme il inventa la poésie.
Apollinaire, l’enchanteur du réel, né à la poésie dans le symbolisme finissant, héritier de Villon et Nerval.

«Je voudrais qu’aimassent mes vers un boxeur nègre américain, une impératrice de Chine, un journaliste boche, un peintre espagnol, une jeune femme de bonne race française, une jeune paysanne italienne et un officier anglais des Indes.»

Apollinaire, français depuis huit jours, quand un obus lui troua la tête en mars 1916 dans les tranchées de Champagne.

Des amours : Annie l’inaccessible anglaise, l’excentrique Marie, la perverse Lou, la prude Madeleine, la dévouée Jacqueline.

«Je me croyais mal aimé, tandis que c’est moi qui aimais mal.»
(G. A.)

Des amis : Alfred Jarry et Arthur Cravan, deux fous à lier, le fidèle Max Jacob, Cendrars le vagabond…

Des petits boulots alimentaires comme celui, éloquent, de rédacteur anonyme au «Guide du rentier pour la défense des petits capitalistes». Tout un programme pour Guillaume le poète libertaire.

«Non au lieu de travailler, j’ai fait des vers, j’ai eu des rêves, je me suis occupé de littérature, merde, merde.» (G. A.)

Apollinaire, l’ami des peintres : Picasso, Braque, le Douanier Rousseau, Delaunay, Picabia…

Montmartre, Montparnasse, la vie de bohème avec plumes et pinceaux, caprices de Fortunes, ateliers et soupantes, scandales et soucoupes volantes, gros rouge qui tache et noir opium qui fâche.
Le Paris des fauvistes, cubistes, futuristes et autres…fumistes !

Puis vint la guerre.
Obus-Roi plus tragique qu’un Ubu-Roi.

«Le soleil est là c’est un cou tranché.» écrit le poète poilu.

Puis le trou dans la tête…vision du peintre De Chirico.
L’éclat d’obus le laissera affaibli pour toujours.
Trépané, en convalescence, il reçoit une lettre d’un certain Hugo Ball, signée Dada.
La page se tourne, déjà…
Breton, Soupault, Char trinquent leurs vers automatiques en buvant les oracles d’Apollinaire.
Les nouveaux insolents.
Ils sentent déjà la prochaine guerre…
Tout près couve la révolution russe.

Le 9 novembre 1918, le Kaiser vient d’abdiquer.
Tête blessée, poumons gazés, grippe espagnole.
Il est cinq heures du soir.
Dehors le peuple français chante la victoire.
L’entend-il ?
Max Jacob, Cocteau et Jacqueline veillent.
Le poète va mourir.

Quand Cendrars arriva au Père-Lachaise, la cérémonie était terminée.
«Regardez, dit-il à Raymonde et Léger, regardez, c’est prodigieux ! On dirait la tête d’Apollinaire.»
Une motte de terre «avait exactement la forme de la tête d’Appollinaire. C’est bien lui. Nou l’avons vu. Apollinaire n’est pas mort. Bientôt il va se manifester. N’oubliez pas ce que je vous annonce.»

Ce livre est remarquable.
Ce livre est aussi notre mémoire.
Ne l’oublions pas.

«Sous le pont Mirabeau coule la Seine
Et nos amours, faut-il qu’il m’en souvienne ?
La joie venait toujours après la peine. (G. A.)

Ne l’oublions pas.

La disparition soudaine des ouvrières de Serge Quadruppani

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« Toujours le même processus. On détruit un processus naturel gratuit et on le remplace par une prothèse artificielle payante. »

Après « Saturne » (2011, Prix des lecteurs Quais du Polar), « La disparition soudaine des ouvrières » est la deuxième enquête de la commissaire Simona Tavianello.

Simona et son époux Marco coulent des vacances amoureuses dans les Alpes piémontaises.
Oui mais voilà, dans la vallée, un cadavre est découvert chez un militant écolo défenseur des abeilles, « un emmerdeur de première », membre actif du Comité de Défense des Apiculteurs des Vallées Alpines.
Près du tué par balle, sur une feuille en gros caractères hâtivement tracés au feutre rouge s’étalent les mots : « Révolution des abeilles ».
Oui mais voilà, la balle qui a été tirée dans la tête de la victime provient du revolver de service de Simona.

Finies les vacances langoureuses !

Ce polar, rapide et efficace, avec ses journalistes véreux, ses Services Secrets, en veux-tu, en voilà, ses écolos farfelus, ses industriels, sans foi ni loi, manipulateurs d’OGM, d’insecticides et autres bombes à retardement, se lit avec plaisir, grand plaisir même.

Les abeilles disparaissent…
Quand on sait que 35% du tonnage de ce que nous mangeons dépend de la pollinisation, y’a de quoi s’inquiéter, non ?

Un très bon moment de lecture alertante donc.
C’est déjà pas mal, non ?

Et puis la Simona, je l’aime bien.
Toujours aussi séduisante, fonceuse et frondeuse.
Surtout quand elle dit : « Dans une salle de spectacle quand un chanteur voulait faire reprendre un refrain en choeur, dans une réunion de travail quand un supérieur posait une question à la cantonade, dans une assemblée politique ou syndicale quand l’orateur lançait un slogan qu’on était censé répéter, elle réagissait toujours de la même manière : elle rentrait la tête dans les épaules et attendait que ça passe. »

Propos hors du troupeau, j’adore !