Bohemian Flats de M R Ellis

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C’est une saga familiale qui couvre plusieurs décennies.
Celle de la famille Kaufmann.
Des allemands qui vont émigrer vers l’Amérique.
Et nous allons les suivre de 1881 à 1968.

Banlieue de Minneapolis au bord du Mississippi : les quartiers de Bohemian Flats. Lieu d’accueil misérable des immigrés tchèques, suédois, irlandais…le Melting pot américain se fabrique sous nos yeux dans des baraques en bois brinquebalantes.

C’est une partie de la mémoire des Etats-Unis que nous conte Ellis.
Je retrouve tout le talent de cet auteur que j’avais déjà beaucoup aimé dans son « Wisconsin ».

Ellis sait magnifiquement nous raconter l’Amérique.

« Et puis il y avait le Mississippi, ses offrandes et ses débordements, fleuve
qui les comblait et les maudissait comme un dieu. Mais un dieu qu’ils comprenaient, un dieu qui était là, à leurs pieds. »

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Un goût de cannelle et d’espoir de Sarah McCoy

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C’est un beau roman, c’est une belle histoire, ils partirent vers l’Amérique…

Nous sommes en Allemagne durant l’hiver 1944.
Le régime nazi, à l’agonie, continue à déporter et à faire le mal.

Au 56 Ludwigstrasse à Garmisch la boulangerie Schmidt, malgré les restrictions, prépare Noël.

La jeune Elsie, 16 ans, va recueillir et cacher en secret un enfant juif en fuite.

Ses parents, sans adhérer au nazisme, restent des patriotes dévoués.
Sa sœur Anzel est partie volontaire au Lebensborn.
Le Lebensborn (Association de l’Allemagne nationale-socialiste, patronnée par l’État et gérée par la SS) une sorte de « crèche-bordel » pour officiers SS qui enfantaient des femmes pour sauvegarder la race aryenne.

Et c’est l’histoire de cette magnifique Elsie que va nous conter Sarah MacCoy.
La vie de cette femme héroïque va défiler au fil des pages sous nos yeux souvent embués d’émotion.
La guerre vue du côté allemand, l’exil en Amérique…

La littérature est «maîtresse des nuances» disait Barthes.
La littérature «s’embarrasse» de nuances.
Ne se sépare de personne.
Elle s’intéresse aux différences, aux subtiles différences, aux sensibles singularités.
Elle veut essayer de comprendre sans chercher à expliquer-démontrer. Juste raconter.

C’est tout simplement, tout magnifiquement ce que nous raconte ce livre.

Frog Music de Emma Donoghue

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« Certains meurtres gagnent à n’être jamais élucidés, peut-être. Comme certaines cicatrices gagnent à rester dissimulées. »

Nous sommes à San Francisco en 1876. Une ville d’à peine trente ans d’âge.
Une ville toute neuve du bout de la conquête de l’ouest.
Une ville du Far West qui se met debout.

« Le rêve californien tourne court, pour la plupart de ceux qui ont réussi à arriver jusqu’ici…Des fortunes restent à bâtir, mais seuls ceux qui possèdent l’énergie nécessaire y parviendront… »

Une ville du bout du monde.

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L’été 1876. San Francisco meurt de chaleur et souffre d’une épidémie de variole.

L’été des lynchages de chinois de Chinatown. La variole c’est eux.

L’été de Blanche la française, danseuse au bordel de Sacramento Street, le « House of Mirrors ».
Et son Arthur…et son Ernest.

Des anciens artistes de cirque qui ont quitté la France pour se refaire une nouvelle vie. Un trio sans foi ni loi.

« Blanche est experte dans l’art d’aguicher. C’est une allumeuse, qui s’y entend comme personne pour faire naître une flamme, la moucher, la rallumer, la souffler à nouveau. »

Et les michetons sont prêts à payer très cher : le jeu en vaut la chandelle.

Le bonheur, presque, parfait.

Un enfant P’tit. L’enfant d’Arthur, le mac-aimé, et de Blanche. Abandonné dans une sorte de « ferme à bébés ».
Pourquoi s’encombrer d’un enfant ?
Le jeu, la danse, l’amour, la liberté n’a pas besoin d’un enfant dans les pattes.

Le bonheur…ou le semblant d’un bonheur.
Après tout ici à San Francisco rien n’est encore vraiment vrai.

Jusqu’au jour où Blanche va rencontrer Jenny la chasseuse de grenouilles habillée en pantalon.
Une sacrée originale celle-là. Une joyeuse emmerdeuse qui roule en Grand-bi un Colt dans la poche.
Sans foi ni toit.

Blanche et Jenny vont se lier d’amitié pour le meilleur et…le pire.

Qui a tué Jenny cette nuit au Eight Mile House près de la gare de San Miguel là où la ville de San Francisco « rend son dernier râle. »

Emma Donoghue va nous chanter une aventure romanesque envoûtante.
Nous plonger au cœur de la ville, aux chœurs des rues.

Et, chers lecteurs, pour notre plus grand plaisir.
Superbe !

« Oh, California,
That’s the land for me !
I’m bound for San Francisco
With my washbowl on my knee. »

Il était une rivière de Bonnie Jo Campbell

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Quel livre !
Un roman qui vous prend au corps et au cœur.
Qui vous tient sans jamais vous lâcher, sans jamais vous lasser.

« La Stark affluait dans le méandre à Murrayville comme le sang dans le cœur de Margo Crane. »

Difficile de critiquer ce livre tant l’émotion demeure intacte. Longtemps après encore.

Nous voilà dans le Michigan des années soixante-dix.
Murrayville est une cité ouvrière qui vivote près du lac Michigan.
Ici la famille Murray domine son petit monde de père en fils.

La jeune adolescente Margo aime chasser, pêcher, se baigner dans la rivière Stark et sait tirer à la carabine comme personne.
Comme Annie Oakley, figure légendaire de l’ouest américain.

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Margo sait vivre avec la rivière comme son grand-père lui a appris.

Sa mère a abandonné mari et fille pour fuir la rivière et ses secrets.
Margo est élevée par son père.
Quand son père est abattu par un Murray…

Margo va devoir survivre sur le fil de la vie…au fil de l’eau.
A la rencontre de grands hommes et de salauds.

La vie comme un voyage.

Margo va grandir en suivant la rivière.
Une rivière où se noyer, une rivière où renaître.

Ce livre est époustouflant de paysages, gonflé d’émotions et baigné de sagesse et d’espoir.

Un hymne à la liberté.
Inoubliable Margo.

A lire d’urgence !
C’est un ordre !

La dernière frontière de Howard Fast

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1878.

Les Indiens cheyennes, chassés de leurs Grandes Plaines, sont parqués dans l’Oklahoma.

Loin de leurs bisons ils vivotent dans cette région aride.

Vont-ils survivre encore longtemps ?

Mais en juillet 1878 c’est l’incident de Darlington.

Trois cents cheyennes, hommes, femmes et enfants décident de s’enfuir pour rejoindre leur terre sacrée des Black Hills.

Soldats et milice civile vont les poursuivre jusqu’à la frontière du Wyoming.

Un sacré bout de chemin.

Ce livre est émouvant à pleurer.

Un livre-hommage à cette nation qui veut vivre debout ou mourir debout.

Vous n’êtes pas prêts d’oublier les admirables Dog Soldiers.

Retour à Little Wing de Nickolas Butler

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Little Wing. Petite ville du Wisconsin dans le Midwest américain.

Une rue principale, le bar des VFW, une fabrique abandonnée, des prairies à perte de vue et des fermiers.

Ici tout le monde connaît tout le monde.

C’est ici que sont nés Hank, Lee, Ronny et Kip.

Quatre copains pour la vie.

Hank le fermier, Lee la star du rock’n’roll, Ronny le roi du rodéo et Kip le courtier.

A l’occasion du mariage de Kip les quatre copains vont se retrouver. Retrouver leurs enfances complices, leurs beaux souvenirs.

Sans aucun relent nostalgique Nickolas Butler nous offre là un premier roman d’une sensibilité surprenante qui nous prend au cœur.

Il nous raconte une Amérique méconnue : tendre et fragile.

Un coup de cœur.

Au fil des pages nous allons vivre au jour le jour au rythme de Litlle Wing. Revivre le passé, les regrets, les amours enfouis et inavoués, les espoirs inassouvis. Rêver demain.

Un gros coup de cœur.

Et puis il y a Beth. La magnifique Beth.

« J’avais envie de l’embrasser et de tout arrêter : la musique, la danse, le flot de champagne. De dire à tout le monde, à toute l’assistance, que Beth et moi partagions quelque chose d’extraordinaire et de réel et que peut-être, peut-être, j’étais encore amoureux d’elle et elle de moi. »

Un gros, gros coup de cœur, vous dis-je.

Un chien dans le moteur de Charles Portis

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« Norma, ma femme, s’était fait la malle avec Guy Dupree et je guettais l’arrivée des relevés de cartes de crédit qui me permettraient de savoir où ils étaient allés. »
Ray Midge, vingt-six ans d’âge, « glandeur » invétéré, son Colt Cobra planqué au fond de la glacière, part récupérer sa Ford Torino (à tout prix) et sa femme (éventuellement).

« Qu’est-ce que tout le monde cherche ? il a dit. Norma n’a pas hésité : elle a dit que tout le monde cherchait l’amour. »

Et c’est parti pour un « road-movie » rocambolesque et hilarant.

Charles Pontis, l’auteur, ancien journaliste à l’Herald Tribune, va nous bringuebaler sur des routes défoncées de l’Arkansas au Belize en passant par le Texas et le Mexique.

De crades motels en parcs à caravanes désertiques en passant par des bars plus que louches, Ray, dans une Buick déglinguée – la véritable héroïne du livre – part vers le Sud à la recherche du temps perdu.

« Les deux phares droits étaient pétés et la direction encore plus endommagée : il y avait maintenant presque un demi-tour de jeu dans le volant. La position de la barre transversale du volant était modifiée elle aussi, de l’horizontale elle était passée à la verticale, et ce nouvel alignement ne me permettait pas de positionner mes mains correctement. »

Ray, « looser » généreux, va rencontrer, pour notre plus grand bonheur de lecteur, des hippies débraillés, des évangélistes illuminés, un Docteur fou-dingue et j’en passe et des bien pires.

Ce roman nous trimbale à travers une Amérique cahotante, déboussolée en quête d’illusions perdues.
L’humour désabusé et pathétique de Pontis nous tient collés sur la banquette cramoisie par la chaleur du Sud jusqu’au bout de la route.
Pied au plancher, cœur soulevé-chahuté par les bosses de la vie.

« La glace avait fondu depuis belle lurette et le fromage et le salami étaient foutus. L’eau était marron à cause des languettes des canettes de bière qui avaient rouillé. Au fond de ce marécage, mon Colt Cobra ballottait dans son sac en plastique. »

Chaudement recommandé !
Bon voyage à vous…